Pour souligner et promouvoir le Cabaret of Death organisé par Rope Dancer Productions et Le D’Auteuil le 11 septembre prochain, nous avons fait quelques entrevues. Aujourd’hui, nous vous présentons un retour sur la carrière du groupe Agony, qui fête le 25e anniversaire de l’album Apocalyptic Dawning, ainsi qu’une entrevue avec le bassiste, Augustin Savard alias Gus.

Agony

Formé officiellement en 1993, Agony nous offre un death metal des années 90′ brutal et mélodique. Le groupe a vécu quelques changements au niveau de sa formation au courant des années, mais cela n’empêchera pas la sortie d’un EP ainsi que deux albums entre 1993 et 1998.
1993 EP “Eve of Destruction”
1995 Album “Apocalyptic Dawning”
1998 Album “L.I.F.E”

Le nom “Agony” est très représentatif de certains drames que le groupe a vécus. Que ce soit le meurtre du premier guitariste, Rémy Labelle en 1992, ou le suicide en 1997 du drummeur Éric “Beaudeath”, Agony a vécu son lot d’épreuves qui donne à leur musique un aspect plus profond et qui pogne aux tripes.

En 2007, le groupe fait un petit retour sur scène et participe au 25 ans du Métal Québécois en tant que représentant des années 90. Lors de cette soirée, tous les membres ayant fait parti d‘Agony étaient présents. Après plusieurs années de silence, en 2017, le groupe crée une page Facebook sur laquelle leurs pièces sont partagées et plusieurs photos souvenirs. Les fans ont répondus présents et depuis, le groupe et leurs fans interagissent sur la page fréquemment. Un retour semblait se dessiner à l’horizon et c’est avec le spectacle du 11 septembre prochain que le tout s’officialisera. Agony partagera la scène avec Spirit of Rebellion et The Flaying. Ne manquez pas ça!

Line-up actuel
Stéphane Gauvreau (Stef) : guitariste/voix
Augustin Savard (Gus) : Bassiste
Martin Héroux : Guitariste
Samuel Santiago : Drummeur

Avec un line-up composé de trois anciens membres et l’ajout de l’excellent Samuel Santiago au drum, nous sommes porter à croire que ce retour apportera du nouveau chez Agony.

 

Entrevue

L’entrevue a été réalisée par écrit, et par souci de garder l’authenticité des réponses, quelques fautes seront corrigées et des précisions seront ajoutées, mais en général, le texte restera comme il a été écrit. Pour ma part, mes premiers contacts avec Augustin Savard sont très positifs. Facile d’approche et très humain. Avant de lui envoyer les questions d’entrevue, j’ai discuté avec lui pour savoir s’il y avait des sujets qu’il préférait plus ou moins aborder. Je tiens à remercier d’ambler Augustin d’avoir accepter de répondre et de s’être replonger dans des souvenirs plus sombres pour cette entrevue.

Pourquoi avoir choisi le nom Agony en 1993?
Gus : On a eu quelques incarnations avant d’en arriver à ce nom. Quand j’ai rencontré Stef à la polyvalente je venais d’avoir 15 ans, c’était l’automne 89 et il voulait monter un band, il avait déjà son nom, Brain Damage… Y’a que lui qui savait jouer mais on voulait. En quelques semaines on s’est équipé et on pratiquait régulièrement.
Après six mois on s’est scindé en deux groupe, je voulais jouer de la basse, car la guitare j’y arrivais juste pas, lol, mais mon chum Rémi oui et un autre année plus tard on a fusionné pour donner ce qui est devenu Oprobrium
C’est au moment de notre premier vrai spectacle dans un bar qu’on a décidé de changer de nom. Le drame de Rémi Labelle avait eu lieu, on allait présenter Homicide pour la première fois, on se préparait à enregistrer avec Pierre Rémillard, c’était le moment ou jamais! Donc sur l’affiche à la porte du Jailhouse Rock le soir même, y’avait un p’tit papier écrit Agony par-dessus Oprobrium
C’est Richard Hudon qui était arrivé au local avec une petite liste de noms… y’avait Agony avec un autre mot, mais on a dit juste Agony. C’était simple, ça sonnait bien et ça nous représentait… Par contre, avec la quantité d’Agony qu’il y a eu (on avait pas l’Internet), on aurait probablement dû opter pour le nom composé lol…

Dans vos débuts quels étaient les influences principales du groupe?
Gus : C’est certain que notre génération on était pas mal thrash metal avec le Big4 et tout ce que ça englobe, c’est certainement une grande part de nos racines. Mais quand tu as 16-17 ans, ça bouge vite, comme la drogue tu veux quelque chose de plus fort… Sepultura arrivait, quand tu commence à écouter des groupes comme Death, Obituary, Carcass, Morbid Angel, le mood change naturellement! Quand on a loué notre premier local sous une boulangerie à St-Léonard, nos voisin était Kataklysm et Cryptopsy (alors Necrosis), quand même, on avait déjà commencé à sonner plus pesant.

Quels sont les faits saillants/marquants d’Agony depuis 1993? (Spectacle, rencontres, etc.)
Gus : On a bien sûr eu nos drames, Rémi en 92 et Beaudeath en 97, mais on a aussi eu la chance de jouer avec pleins de bons bands, autant locaux qu’internationaux. Le dernier en liste était les 25 ans de Métal québécois qu’on a eu l’honneur d’ouvrir en 2007. Et cette même année, Stéphane Paré qui sort Apocalyptic Dawning avec Eve of Destruction en bonus. Il a fait du beau boulot et on lui en est très reconnaissant. À l’époque, on s’auto-produisait alors nos deux premiers albums n’étaient plus disponible, en plus de n’avoir existé qu’en K7.
Pour ma part y’a aussi eu Requiem pour un Beaudeath, le 1er novembre 97, suite au décès d’Éric. Une soirée hommage marquante pour ceux qui y étaient, ils s’en souviennent!
Et maintenant c’est notre rencontre avec The Flaying qui nous mène au 11 septembre prochain à Québec et qui scellera notre retour… Les mêmes trois chums qu’il y a 25 ans avec nul autre que Samuel Santiago aux percussions, pour moi c’est aussi un fait des plus marquant!

Sur Apocalyptic Dawning avec la pièce « Homicide », et encore aujourd’hui, vous soulignez annuellement la mémoire de Rémy Labelle. Le lien qui vous unissait semblait très fort pour Agony, est-ce possible de nous parler de cette époque avec Rémy?
Gus : Je vais commencer par résumer les faits. Le 10 mai 92, le jour de la fête des mères, notre guitariste et ami Rémi Labelle a été tué par son frère âgé alors de 14 ans. Le jeune voulait en finir avec ses parents et notre chum, aurait pu l’en empêcher, alors il y est passé en premier… Trois coups de feu, trois morts! La pièce Homicide en son honneur est d’abord paru sur Eve of Destruction, notre premier effort produit pratiquement un an jour pour jour après le drame et on a fait une nouvelle version avec Martin et Beaudeath sur Apocalyptic Dawning.

Rémi, personnellement, c’était mon ami depuis nos quatre ans, on a grandi dans la même ruelle dans Rosemont, on avait même fait frères de sang! Là on jouait du métal ensemble, c’était clair pour nous qu’on allait un jour radoter nos trips de jeunesse su’l’perron rendu vieux… Alors j’ai été littéralement fendu en deux quand le drame s’est produit!
Pour tout le monde ç’a été un choc, tellement injuste et frustrant. Pour le band, ça nous a donné une gravité… C’est Richard Hudon, un ami qu’il nous avait présenté qui a pris sa place. Sébastien Boucher, notre chanteur depuis les débuts a quitté alors Stef a pris le micro, un peu par la force des chose. J’oserais dire que c’est à ce moment qu’Agony est né, car Eve of Destruction s’ensuivit…

Avec Agony, quel était le processus pour la composition? De quelle façon est-ce que vous choisissez les sujets abordés?
Je peux parler de mon époque, car j’ai quitté après Apocalyptic Dawning et je crois que c’était un peu différent pour L.I.F.E comme pour maintenant… Au début tout était fait ensemble et on partait de la musique, c’était collectif et démocratique. C’est plus long et ça demande du jus, mais c’est l’fun! J’aime qu’AD (Apocalyptic Dawning) soit varié en mood, plein de contraste… c’était aussi un album-bilan à ce moment, y’avait quelques pièces qui dataient d’EOD (Eve of Destruction) et même avant. Après ça, Agony est allé explorer des nouveaux territoires… lol
Au début, à 17-18 ans, mis à part Homicide… on savait pas trop quoi dire! Pour les paroles, tout le monde pouvait contribuer alors au fil des époque ça été dans toute sorte de mood, de fiction pure, horreur, science fiction autant que la dure réalité, très brute et crue… Des plans très larges autant que des plans rapprochés… très serrés! (relol)
y’a aussi le fait français! Dès nos premières compos, on en a fait une qui s’appelait Le Chien. Moi, j’ai triper fort sur BARF à l’époque pour ça, en québécois ça peut sonner en ta! Je suis fils de felquiste alors quand Homicide est sorti, c’était juste naturel qu’elle soit dans notre langue maternel. J’ai juste écrit un autre texte, Silence, aussi en français et j’en suis toujours fier, j’ai fait ça alors que je savais même pas que j’aimais écrire! Maintenant, j’en ai quelques unes en banque… (Vicky : La pièce Silence est une pièce qui m’a grandement marqué à ma première écoute. Les premières secondes sont dérangeantes et voir même malaisantes.)

Quelles sont vos pièces préférées sur l’album Apocalyptic Dawning et pourquoi ?
Martin: Post-Cataclysm : C’est la plus complète. Elle est violente, complexe et mélodique. Je penses que cette toune c’est l’apogée de ce qu’on a pu faire ensemble. Je n’ai rien contre les autres, mais c’est ma préférée! Sinon Cyber (Cyberpsychosis), ça a été un toune prophétique. Orbital (Orbital Hide-Out), pour l’ambiance. C’est pas facile de choisir, c’est comme demander quel enfant tu aime le plus, lol
Silence, est tellement puissante. C’est comme une montagne russe, cette toune là a pas de break.

Stef: Silence et Vociferation pour le marathon de violence, Vision (Visions Cadavériques) pour l’aspect vrai et on your face.

Samuel: Pour moi c’est Post-Cataclysm et Silence. Post-Cataclysm pour les mêmes raisons que Martin. Silence parce qu’elle est selon moi une synthèse de mélodie/brutalité/profondeur, une des pièces maîtresses de l’album. Étonnamment je la trouve émotionnelle, après plusieurs écoutes j’ai capté les subtilités. Et elle est ultra fun à jouer, très catchy! Assez avant-gardiste pour l’époque je pense, j’avais 13 ans, mais j’imagine que j’aurais pensé la même chose si j’avais 20 ans en 1995 haha

Gus: Moi je vais être plate et me rallier derrière l’ensemble, l’album est cool à écouter d’un bout à l’autre!

L’album L.I.F.E se veut le testament musical de votre drummer Éric Beaudeath qui est décédé quelques mois après l’enregistrement en 1997. Étant un album plus méconnu d’Agony, mais très intéressant, est-ce que vous pouvez nous en parler?
Un album maintenant culte, 300 copies, ça vaut son pesant de metal pour les collectionneurs, lol! Pour le partager, j’ai dû demander à not’ pote Michel Monette de me shipper sa copie car aucun de nous l’a… Moi j’ai quitté juste avant, en même temps que Martin Héroux, Michel Brisebois venait de s’ajouter au vocal et on sentait déjà que le groupe allait vers quelque chose de plus sombre, de plus extrême… et ce fût le cas! Damn, Beaudeath est à son top là-dessus et c’est crissement intense! Eric (Beaudeath) louait un loft à St-Henri qui servait aussi de local…
Je vais faire un parenthèse ici pour dire que répondre à ces questions fût plus prenant que je ne l’aurait cru. Ç’a beau faire des années, oui, le temps adoucit les cicatrices, mais l’exercice demande de replonger… J’ai d’abord écrit une version plutôt explicite des derniers temps d’Éric Beaudet mais là je back off… Rémi a été une victime totalement innocente mais Éric s’est suicidé… alors je skip trois pages de détails peut-être un peu trop intimes et résumerai ainsi : Quand il a mis fin à ces jours, c’était un enchaînement de marde dans le pire timing possible… Ça reste qu’ils ont tous les deux été nos amis, des membres du groupe et moi je vais toujours honorer leur mémoire! Éric était un batteur exceptionnel, un être entier, hypersensible et attachant, ceux qui l’ont connu peuvent en témoigner… Je l’ai adoré et on est une gang à qui il va toujours manquer!
Pour revenir à l’album, je crois qu’Agony est allé au bout de quelque chose là, c’était sans compromis et je vous invite à vivre l’expérience… Comme j’ai déjà dit ailleurs, prévoyez au moins une veilleuse! lol

En décembre 2017, Agony a créé une page Facebook, et vous avez présenté chacune de vos pièces. Les fans ont répondu présent rapidement à votre page, comment vous sentiez-vous à ce moment? Est-ce qu’un retour était déjà envisagé à l’époque?
Oui, en fait c’est au mariage de Stef qu’on s’est retrouvé, l’été d’avant. Moi tout ceux qui me connaisse bien le savent, Agony est toujours resté dans mon coeur. (comme beaucoup d’ancien membres d’ailleurs). J’ai quitté en même temps que Martin à l’époque, mais on a répondu présent à chaque occasion! Stef, lui, a tenu bon jusqu’en 2002 mais l’a pas eu facile. Bref, on avait tous le sentiment d’inachevé qui va bien avec notre nom, entre la vie et la mort… Ça faisait longtemps, on s’était manqué et Agony nous manquait…
FB (Facebook) & YT (YouTube), qu’on reparte ou pas, je voulais partager ce qui avait été fait, comme les anniversaires de nos morts, c’est très humain tout ça!
Alors oui, un retour était envisagé, mais c’était plus un désir, une émotion et ça répondait à un besoin. Disons le step 1! Mais on a chacun nos vies et ce fût pas si évident de trouver le temps, en plus qu’on habite maintenant des villes différentes… Vive la vie moderne, le futur, on est dedans et la société des loisirs n’est clairement pas celle que nos parents imaginaient!
Finalement, sur les deux ans qui ont suivi, on a réussi à se voir quelques fois, avec ou sans guitare, toujours agréable, mais y manquait quelque chose pour que ça se passe…
Pour ce qui est des réactions externes, on a toujours été un secret bien gardé. Alors même si on était out depuis longtemps, on a quand même quelques ami(e)s de longue date toujours actifs et quelques irréductibles mélomanes pour qui on comptait… ça, les années qui passent n’y changent rien, sauf pour les cheveux et les rides dans certains cas (j’ai pas parlé des bedaines).

Pourquoi un retour officiel en 2020? Qu’est-ce qui à enclencher ce retour?
C’est un drôle d’enchaînement qui nous a donné le kick au cul qu’on avait besoin. Y’a presque un an, Blood Incantation, un groupe du Colorado annonce son nouvel album avec le même visuel que notre album de 95, Apocalyptic Dawning. Le premier à m’en informer est Mathieu Marcotte d’Augury. Il me dit avoir aussitôt contacté le groupe pour savoir s’ils étaient au courant qu’on existait et il s’est fait répondre que oui, mais nous n’avions pas les droits pour l’oeuvre et qu’eux les avaient acquis… J’avoue que mon sentiment alors, était plutôt négatif!
Le second contact, genre une heure plus tard, vient d’un fan qui comme moi est offusqué, il est prêt à se battre pour nous, on n’a qu’à donner le go! Ce fameux fan c’est révélé être Didier Samson, guitariste de The Flaying, avec qui j’ai sympathisé après coup et qui apprenant qu’on pensait remettre ça, nous a offert d’être des festivités entourant leur dixième anniversaire qu’il prévoyait alors…
C’est à partir de là qu’on a tous les trois dis oui, on le veut… lol! Et qu’on est passé à l’autre niveau, avec tout ce que cela implique.

De quelle façon est-ce que vous avez rencontrez Samuel Santiago votre nouveau drummer?
On était les mêmes qu’à l’époque moins Beaudeath, fallait un batteur! On a fait le tour de la famille sans succès. Didier m’a sorti son nom, j’avais déjà vu son jeu sur vidéo avec First Fragment, mais j’étais sceptique. J’imaginais un freelance et on a jamais fonctionné ainsi, mais je veux, alors je commence par lui faire une demande d’ami Facebook… premièrement!
Quelques semaines passent et Samuel partage qu’il prend une pause des gros projets studio-tournées pour se concentrer à obtenir sa citoyenneté, alors il ne prendra que des projets locaux… Mon coeur a fait boum, c’était notre chance! Stef m’a dit qu’en plus il était ami avec Filip Ivanovic, un de nos frère alors ça regardait bien pour un vrai premier contact…

Le 11 septembre prochain, vous serez en spectacle avec Spirit of Rebellion et The Flaying. Comment vous vous sentez et qu’est-ce qu’Agony nous offrira sur scène ?
On est tous fébrile. On va souligner les 25 ans d’AD (Apocalyptic Dawning) et comme on ouvre, on a opter pour un show coup-de-poing! Y’aura pas de temps mort!

Et pour finir, avec un line-up aussi performant, que nous réserve le retour 20-20 d’Agony? (Album, show, etc.)
Pour nous, 20-20 marque notre retour! Sans la pandémie, vous pouvez croire qu’il y aurait eu quelques autres dates, mais c’est ainsi et on va pas s’asseoir sur notre passé, on se relève! Alors peut-être une petite surprise d’ici la fin de l’année, mais ensuite on regarde vers l’avenir, sombre ou pas avec oui, certainement du nouveau matériel… On a pas hurlé not’ dernier maux!

Un grand merci aux membres d’Agony et surtout à Gus d’avoir pris le temps de répondre et d’y mettre son âme.

Ne manquez pas le Cabaret of Death du 11 septembre prochain au D’Auteuil de Québec. Agony, The Flaying et Spirit of Rebellion nous réserve une soirée brutale et inoubliable.

 

Article et entrevue réalisés par Vicky Fillion.