Voici les photos prises par France Hatin lors du spectacle Extrêmes Vocaux à L’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus de Montréal le 18 juin 2021.

Extrêmes Vocaux

Critique

Vendredi le 18 juin 2021, avait lieu l’événement Extrêmes Vocaux à l’Église du Très-Saint-Nom-de-Jésus à Montréal. 

Pour la première fois dans l’histoire de la musique, un chœur de chanteurs métal (growlers) faisait équipe avec un chœur de chanteurs classiques. L’événement réunissait le Growlers Choir, constitué de 14 growlers métal, et le chœur Temps Fort, constitué de 24 choristes classiques.

Pierre-Luc Senécal est le fondateur et chef du Growlers Choir. Il est compositeur et concepteur sonore. Il est diplômé d’une maîtrise en composition électroacoustique à l’Université de Montréal. 

Pascal Germain-Berardi est le fondateur, chef et directeur artistique du chœur Temps Fort. Il est compositeur, baryton et growler métal. Il est aussi chef de l’ensemble Forestare (orchestre de guitares) et assistant-chef du chœur Voces Boreales. Il termine un doctorat en direction d’orchestre à l’Université de Montréal.

La soirée débuta avec le chœur Temps Fort qui a interprété trois œuvres du répertoire choral.

La première, Song for Athene de John Tavener (1993). La deuxième, trois extraits de Quatres motets pour un temps de pénitence de Francis Poulenc (1939) (Timor et tremor, Vinea mea electa et Tenebrae factae sunt). La troisième, Os Justi d’Anton Bruckner (1879).

L’interprétation des œuvres par les choristes de Temps Fort était chargée d’émotions. Les voix des choristes étaient empreintes d’une pureté déconcertante. Le silence qui régnait parmi les spectateurs nous permettait d’entendre chaque note, chaque respiration. Je ne pouvais m’empêcher d’observer le chef Pascal Germain-Berardi diriger les chanteurs avec une gestuelle qui laissait transparaître ses émotions dans les moindres détails.

J’ai déjà assisté à des concerts de chœurs classiques dans une église auparavant, mais il y a de cela plusieurs années. J’avais oublié à quel point l’expérience pouvait être viscérale.

Entre les trois premières œuvres chantées par le chœur Temps fort, nous avons eu droit à des interludes composés par Pierre-Luc Senécal, et interprétés par le Growlers Choir qui était placé en haut derrière nous, au jubé de l’église. Les spectateurs se retournaient pour les observer et pour apprécier la voix des growlers, si grave et puissante, qui résonnait dans le haut de l’église et qui faisait contraste avec celle des chanteurs classiques. 

La quatrième pièce de la soirée, Lux Aeterna, interprétée par le chœur Temps Fort, m’a beaucoup impressionnée. Pierre-Luc Senécal l’a composée dans une démarche axée sur la recherche du son. Il a réussi à nous faire découvrir l’étendue des différentes textures sonores à travers la voix des chanteurs, tels que des chuchotements, des sifflements, des »sssss », des »hhhhh ». Le tout s’harmonisant parfaitement ensemble. J’ai trouvé cette pièce fascinante.

Les deux dernières pièces de la soirée furent des créations pour le double chœur classique et growlers. Les growlers ont rejoint les choristes du chœur Temps Fort et pris place derrière eux, pour nous interpréter tout d’abord The Dayking. Pierre-Luc Senécal a composé The Dayking sur un texte du poète Fortner Anderson.

La pièce originale présentée par le Growlers Choir en 2019 à la salle du Gesù incluait une partition électroacoustique. Elle a été réarrangée pour le double chœur classique/growlers pour produire une œuvre totalement acoustique. La prestation de The Dayking m’a bouleversée. Fortner Anderson présent à l’avant-scène comme narrateur a récité son texte racontant l’histoire d’un homme seul au sommet d’une montagne devant surveiller l’arrivée de l’ennemi pour prévenir les habitants d’un village. 

Les chanteurs ne faisaient pas qu’accompagner le récit mais faisaient partie intrinsèque de l’histoire pour lui permettre de prendre forme, de construire des images, lui donner une couleur, une intensité, bref pour la faire vivre. Cette œuvre est sombre et puissante. L’amalgame des voix des growlers et du chœur classique créait une ambiance terrifiante pour nous permettre de ressentir la détresse de cet homme.

Comme dernière pièce, le double chœur classique/growlers a interprété Le Ultimatum, créé par Pascal Germain-Berardi sur un texte de Sébastien Johnson. Cette œuvre parle du conflit entre l’expansion et la liberté. La prestation a duré près de 30 minutes. Les lignes mélodiques exécutées en canon entre les growlers et les chanteurs classiques créaient une superposition de mélodies particulièrement intéressante. La force brute du chant guttural des growlers ne faisait pas opposition à la finesse des voix classiques, mais s’harmonisait parfaitement dans l’acoustique magistrale de l’église. J’ai trouvé cette œuvre riche et complexe.

Pour conclure, deux univers se sont fusionnés lors de cette soirée pour nous faire vivre une expérience unique. Selon moi, l’union des deux chœurs fut une réussite. Et cet événement m’a permis de constater, une fois de plus, à quel point la musique peut nous rassembler, peu importe le milieu d’où l’on vient.

– France Hatin