Critique d’Album: Gris – « À l’Âme Enflammée, l’Âme Constellée »

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Gris

 « À l’Âme Enflammée, l’Äme Constellée »

(2013)

Les courants d’Avant-garde ont toujours été très importants pour l’avancement des arts. Que ce soit en musique, en peinture, en littérature, en sculpture, en théâtre, en danse ou en cinéma, les avant-gardistes, de par leur penchant à sortir des sentiers battus et à force d’audace dénuée de tout conformisme, sont effectivement responsables de maintes percées artistiques qui ont parfois complètement révolutionné le rapport que les gens avaient avec l’art, quel qu’il soit. C’est précisément ce que Gris vient de faire cette année, après six ans d’attente, avec la sortie d’une œuvre musicale d’une immensité et d’une beauté qui outrepasse les frontières connues d’un courant s’auto condamnant souvent à une orthodoxie stérile, soit le Black Metal. À l’Âme Enflammée, l’Äme Constellée est donc une œuvre d’exception, à laquelle je tenterai humblement de rendre justice au cours des prochaines lignes.

Contenant plus de quatre-vingts minutes de musique à la production léchée réparties sur deux disques, le nouvel opus de Gris étonne d’abord par son dépouillement de la plupart des caractéristiques inhérentes au Black Metal ambiant typique, hormis certains passages plus agressifs et l’utilisation de voix criées. Neptune et Icare optent donc pour une instrumentation, des arrangements et une interprétation qui a quelque chose de révolutionnaire pour le genre en se concentrant sur la création d’atmosphères sombres, spirituelles et d’une grande mélancolie, à l’aide d’influences clairement néo-classiques, acoustiques et parfois même folkloriques, voire exotiques. On notera à cet effet la quasi-omniprésence des instruments à cordes; violons et violoncelles utilisés de façon exemplaire, de percussions aérées et parcimonieuses et de nombreux passages acoustiques atmosphériques d’une profondeur impressionnante. Tous ces éléments se combinent pour entraîner l’auditeur dans un univers enveloppant et d’une puissance émotive rare.

En outre, les deux membres du groupe n’hésitent pas à varier les structures en proposant des pièces longues et progressives (« Les Forges », « Igneus », « Seizième Prière », « Une Épitaphe de Suie » et « Nadir ») entremêlées d’intermèdes et de pièces plus courtes aux sonorités exploratoires nous amenant dans un monde spirituel teinté d’influences folkloriques orientales (« Samsara », « Dil », « Moksha », « Sem »). La musique est donc très liée aux thématiques lyriques qui se penchent sur la spiritualité de la bête humaine.

Inévitablement, une œuvre aussi immense et audacieuse réclamera toute l’attention de l’auditeur et de nombreuses écoutes avant d’être appréciée à sa juste valeur. Effectivement, compte tenu de la grande richesse des compositions, des structures variées et de la continuité thématique entre les pièces, l’auditeur aura peut-être tendance à être quelque peu pris de vertige lors de la première écoute qui lui donnera l’impression d’écouter une seule et immense pièce musicale. Après quelques écoutes attentives, toutefois, le mélomane ouvert d’esprit appréciera les subtilités et la qualité incomparable d’un opus qui transcende les genres métalliques établis et ouvre un monde de possibilité pour l’avenir du métal noir atmosphérique. Enfin, cette œuvre musicale s’appréciera beaucoup mieux dans son entière magnificence que prise pièce par pièce, en raison de l’enchaînement parfait entre les morceaux et du sentiment de plénitude découlant de l’écoute entière de cet album constituant un tout plus grand que la somme de ces parties.

En somme, avec À l’Âme Enflammée, l’Äme Constellée, Neptune et Icare ont poussé le raffinement de leur art au-delà de toutes les frontières stylistiques connues pour nous offrir un opus d’une qualité devant laquelle le plus sévère des critiques ne peut que s’incliner. Immense, riche et d’une infinie beauté, cet album constitue un achat obligatoire pour tous les mélomanes, aussi blasés soient-ils, qui se disent ouverts d’esprit et à la recherche de nourriture pour leurs âmes égarées. Seuls les puristes les plus fermés seront effrayés par une œuvre aussi peu touchée par l’orthodoxie. Cet effort m’aillant littéralement soufflé, je ne peux que lui accorder une note parfaite, ce que je ne fais pratiquement jamais.

 

10/10

 

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas

Critique d’Album: Dichotomy –  »Paradigms »

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Dichotomy

 »Paradigms »

2013

 

 

1 Empyrean

2 The Sentient Oppressed

3 All-Seeing Eye

4 Polarity

5 No Catharsis

6 Covenant of the Forsworn 

7 Alea lacta Est

8 Of Strife Of Discord 

Dichotomy, groupe irlandais de Dublin, nous offre un mélange de Death Métal mélodique et technique qui fût fort intéressant à découvrir pour mes oreilles.  Le groupe tire ses influences de groupes variés tels que Death, Decapitated et Gojira.  Le groupe s’étant formé en 2010, nous offre, cet été, leur tout premier album, Paradigms, qui décapera les oreilles de plus d’un amateur de Death Métal.

La première pièce, Empyrean, avec son ‘picking’ lent et simpliste, nous plonge dans une ambiance méditative et sombre qui ne présage rien de moins que le calme avant la tempête.  Après 1 minute de détente auditive, la seconde pièce, The Sentient Oppressed débute avec une passe de guitare qui nous rappelle vite la signification du nom du groupe!  Dichotomie, provenant du grec, signifie une division entre deux choses et prête très bien son nom au groupe.  Dans cet album, on peut constater une dichotomie entre certains moments calmes et mélodiques proposés par une guitare clean et d’autres moments techniques qui rentrent au poste bien fermement.  Les guitares sont un drôle de mélange entre des parties techniques, des riffs répétitifs et  »groovys »’ et des solos typiquement mélodiques.

Les 2 prochaines pièces, All-Seeing Eyes et Polarity enchaînent avec la même ardeur que la précédente.  Le chanteur alterne régulièrement entre du ‘growl’ et des cris plus aigus.  Personnellement, après les trois premières pièces, j’avais la net impression que le vocal n’était pas à la juste valeur de l’ensemble du groupe.  Heureusement, les pièces suivantes m’ont fait revenir sur ma position puisque la voix semble être meilleure d’une pièce à l’autre.  L’enchainement des pièces m’a donné la perception que l’album s’améliore à chaque pièce.  No Catharsis marque le début de mon intérêt marqué pour cet album.  À la fin, un discours récité par dessus la musique contribue à instaurer une ambiance propre à ‘‘Paradigms ».  La pièce Covenant of the Forsworn vient mettre un terme au moment atmosphérique pour nous faire entendre une des meilleures pièces de l’album avec un solo très bien construit.  Ensuite, Alea lacta Est est une pièce substantielle de  »Paradigms » qui nous ramène directement au préambule de l’album avec du picking et une ambiance calme et puissante.  Pour finir, le silence que laisse la fin de Alea lacta Est est complètement désintégré par le cri dément du chanteur qui marque le début de  Of Strife Of Discord qui termine l’album violemment, nous donnant ainsi envie de recommencer l’album du début.   »Paradigms » est un album qui regorge de rebondissements et qui te plonge complètement dans un univers qui appartient aux membres du groupe .  Sa date de sortie est prévue pour le 18 août!

 

Bonne écoute!

 

\m/ CaWo0o0 \m/

Critique d’Album: Erimha – « Reign Through Immortality »

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Erimha

« Reign Through Immortality »

(2013)

 

À une époque jugée immémoriale de nos jours, Sumer (signifiant approximativement « pays des rois civilisés ») était une civilisation florissante comprenant de nombreux États multiethniques établis dans la bande de terre fertile appelée Mésopotamie (qui en grec signifie au milieu des eaux) située entre le Tigre et l’Euphrate, dans l’actuel Irak. Les sumériens utilisaient le mot « erimha » pour désigner une armée ou une légion. Aujourd’hui ce mot est toujours utilisé pour désigner une armée de guerriers provenant de Valleyfield au Québec et qui utilise le Death/Black Metal symphonique comme arme pour conquérir la planète et faire revivre la gloire de l’Empire sumérien. Forte d’un excellent premier album intitulé Irkalla (2010), de la signature d’un contrat de disque avec Victory Records et d’une association avec Galy Booking, la formation nous présentait cet été son second album en carrière qui sera certainement à classer parmi les meilleurs disques métalliques québécois de l’année.

S’amorçant de façon assez classique pour le genre avec une introduction orchestrale («Enlightenment») nous donnant l’impression de passer à travers une porte spatio-temporelle qui nous ramène dans l’antique Sumer, superbement illustrée dans notre esprit par une mélodie épique et des tambours guerriers à saveur orientale, l’album se poursuit ensuite de façon impitoyable avec « Ascetic » et ses motifs hautement accrocheurs qui laisseront assurément votre cou meurtri. D’une constance honorable, Erimha enchaîne ensuite avec la tout aussi efficace « Condemned To Desolation » et l’auditeur averti sait maintenant à quoi s’attendre pour le reste de l’opus : des pièces magnifiquement bien composées, des motifs de guitare épique accrocheurs qui ne sacrifient jamais l’efficacité pour la virtuosité, des claviers rehaussant le côté épique et atmosphérique des compositions, une batterie puissante et précise, les voix râpeuses variées et efficaces de Gore et une production grandiose de Chris Donaldson (Mythosis, Cryptopsy).

Ne contenant aucun moment faible et aucun relâchement, Reign Through Immortality poursuit sur sa lancée à un rythme effréné interrompu seulement par un superbe intermède atmosphérique (« Saunter To Extinction ») et maintient l’intérêt grâce à des variations de structures bienvenues. On aura ainsi droit à des pièces courtes et agressives, comme : « Ascetic », « Condemned To Desolation », «The Ritual of Internicion », « Verdict of The Soul » et « Cataclysmic Tides ». Erimha nous présentera aussi une pièce au tempo plus modérée, comme « Metaphysic Countenance » qui me rappelle des pièces plus contemplatives de Keep of Kalessin. Enfin, le tout s’achèvera sur une pièce monumentale et épique de plus de dix minutes, la superbe « Metempsychosis ». Ne réinventant pas la roue et ne cherchant pas forcément à sortir des sentiers battus, Erimha nous présente tout de même un Death /Black symphonique qui brille par son efficacité, la qualité de son interprétation et la puissance de sa production. Les admirateurs du genre seront donc conquis dès la première écoute et l’efficacité des compositions en fera un album qui jouera assurément sur « repeat «  dans votre lecteur.

En somme, forts de trois années d’expérience marquées par de nombreux spectacles, une forte dévotion à leur musique et la consolidation de leur formation, les gars d’Erimha nous présentent cette année un deuxième opus de grande qualité. En effet, si Reign Through Immortality ne réinvente pas la roue, il présente cependant des compositions superbement efficaces, produites de façon experte qui placera inévitablement le groupe parmi les incontournables du genre. Surveillez l’arrivée des légions sumériennes!

9/10

 

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas

 

Critique d’Album: Obsek – « Traumatic Experiment »

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Obsek

 « Traumatic Experiment »

(2010)

Il y a déjà trois ans, en juillet 2010, un jeune groupe prometteur de l’Abitibi sortait son premier album enregistré chez Chris Donaldson (Mythosis, Cryptopsy). Pourquoi en faire une critique trois ans plus tard? Tout d’abord, parce qu’Ondes Chocs n’existait pas il y a trois ans et ne pouvait donc pas examiner cette sortie québécoise! En second lieu, parce que Simon Turcotte, l’un des deux vocalistes de la formation, est un mec très sympathique qui m’a demandé une critique de son album pour deux raisons : très peu de critiques francophones se sont penchées sur son album et se sont surtout des critiques spécialisées dans le Metalcore/Deathcore qui s’y sont attardées. Ce qui m’amène à la troisième raison, j’adore sortir de ma zone de confort et explorer des styles métalliques avec lesquels je suis moins familier, afin de voir si je suis en mesure d’en saisir la substance de façon adéquate. Penchons-nous donc sur cette offrande d’un passé somme toute récent.

Pour commencer, parlons du style musical exploré par Obsek sur cet album. Dès la première écoute de Traumatic Experiment, on reconnaîtra immédiatement une combinaison d’éléments Metalcore/Deathcore; un mélange de voix gutturales, de voix porcines et de hurlements plus aigus  que s’échangent deux vocalistes, des breakdowns très bien utilisés, une rythmique sautillante et des voix claires occasionnelles; avec des éléments issus d’un Death Metal à tendance très mélodique qui rappellent les efforts de groupes scandinaves comme Scar Symmetry et Solution .45, par exemple. Passée cette première constatation, on remarquera le travail formidable de Chris Donaldson du côté de la réalisation et de la production, qui donne au travail d’Obsek un son puissant, propre (mais pas trop) et très bien équilibré qui rend justice à l’interprétation précise et professionnelle des membres du groupe. Ensuite, on remarquera la grande qualité de plusieurs des pièces choisies pour l’album qui oscillent presque toutes entre deux minutes et demie et quatre minutes, mais présentent tout de même une variété de structures et d’éléments assez grande pour garder l’intérêt de l’auditeur éveillé. On notera ainsi que la force et l’originalité du groupe se situe dans son mariage judicieux de mélodies entraînantes, d’influences variées de virtuosité bien utilisée et d’une économie de breakdowns judicieuse qui permet une meilleure différenciation des morceaux, dans un style où l’abus d’un tel procédé est parfois la règle. Par exemple, une pièce comme « The Missing Element » nous fera passer par une introduction aux accents de Death Mélodique avant de nous entraîner dans des passages plus Grindcore, puis nous entraînera dans un passage marqué par des voix chantées, puis hurlées sous fond de breakdown pour ensuite nous présenter un motif plus Black de transition avant de terminer sur une sortie plutôt Grindcore qui rappelle Anaal Nathrakh. Malgré ce caractère déjanté et hétéroclite, les pièces de l’album se tiennent très bien de par un évident travail de composition de la part des membres du groupe. De plus, comme je l’ai souligné plus haut, tous les membres du groupe offrent des performances exemplaires avec leurs instruments respectifs, notamment Benoît Breton à la batterie et les deux vocalistes (Simon Turcotte et Nicholas Dubé) avec leurs voix variées et toujours exécutées parfaitement. Je me dois aussi de souligner la très belle présentation visuelle de l’album en format DVD avec, comme devanture, la peinture d’un champignon magique qui s’autocannibalise dans une ruelle.

Malheureusement, Traumatic Experiment comporte aussi deux lacunes principales : sa très courte durée (largement en dessous des trente minutes) et la dernière pièce qui se veut probablement humoristique, mais qui laisse un arrière-goût de remplissage à l’auditeur sévère que je suis. En effet, après la fermeture de l’album à proprement parler sur l’excellente pièce ambiante « Temptacles » le groupe nous offre une pièce supplémentaire intitulée « This One Doesn’t Start With A T (Jean Coutu) » qui consiste en fait en la même phrase (« Tu devrais aller chez Jean Coutu ») répétée sur une rythmique répétitive pour deux minutes. Je me questionne donc grandement sur l’utilité de cette pièce qui est nettement moins intéressante que les autres et qui fait en sorte, combinée à la très courte durée de l’opus, qu’on a l’impression que le groupe manquait d’inspiration et a rajouté cette pièce brouillonne dans l’intention de rallonger un peu sa durée. Enfin, le reste de l’album étant très intéressant, j’aurais apprécié qu’ Obsek nous offre quelques autres pièces de qualité comparable aux excellentes huit premières pièces, pour nous montrer encore plus l’étendue de son savoir-faire, mais cela sera pour le prochain opus, je suppose.

En conclusion, en 2010, Obsek nous offrait un premier effort qui se distinguait de la masse du Metalcore/Deathcore par son penchant mélodique, sa variété et son utilisation judicieusement calculée des breakdowns. Malgré une durée réduite et une pièce finale à l’utilité discutable, le groupe a donc présenté un album digne de mention et peut aisément se loger parmi les groupes les plus prometteurs du genre dans la Belle Province. Il reste maintenant à voir jusqu’où la formation nous emmènera la prochaine fois!

 

7,5/10

 

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas

 

Critique d’Album: Locktender – « Kafka »

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Locktender 

« Kafka »

 

Aujourd’hui je vais vous entretenir d’un band et d’un album qui, à mon avis, mériterait votre attention. Il s’agît d’un groupe qui fait dans le post-hardcore en ajoutant un petit côté post-rock. Donc, si vous êtes un amateur de Downfall of Gaia, Light Bearer, Rosetta et à la limite Vestiges, Locktender et son très intense album Kafka vous plaira sans aucun doute.

Après un petit hiatus de deux ans pour diverses raisons personnelles, ce quatuor de Cleveland, OH, d’abord connu sous le  nom de Men as trees, s’est reformé sous le nom de Locktender et sortiront leur  premier LP le 25 juillet prochain. Pour être honnête avec vous, on ne trouve vraiment rien de nouveau sous le soleil ici. Par contre, c’est extrêmement bien fait et d’une très bonne qualité. C’est très prenant et, comme à l’accoutumé avec ce genre musical, nous avons droit à de larges et lourds riffs qui s’installent tranquillement et qui finissent par exploser avec une énorme intensité. La voix est gutturale et est constamment screamée avec les tripes. Les arrangements sont subtils et apportent un côté un peu plus mélancolique et posé qu’enragé et destructeur ce qui, encore une fois à mon humble avis, est préférable avec ce genre de composition. Nous avons aussi droit à de superbes harmonies vocales clean qui ne gâchent en rien la sauce en devenant justement trop cheesy et pleurnicharde. Elles se juxtaposent plutôt parfaitement avec le coté harsh et apportent avec elles une émotion bien placée jamais trop dosée. En fait, la partie vocale entière est une très belle réussite en soi.

Aussi, à certains (et à mon goût personnel) un peu trop rares et courts moments, la batterie abandonne son tempo lent et nous envoie à la figure un peu plus de rapidité. Ces transitions sont franchement bien exécutées et arrivent sans vraiment qu’on s’y en attende.  Sans aussi être là par simple besoin inutile de l’être (pour combler un trou dans la forme de la structure par exemple), elles donnent un peu de vigueur et de tonus à une mouture qui, comme je viens de mentionner, pourrait peut-être utiliser davantage de vitesse. Le tout reste tout de même très solide dans son ensemble.

Hormis ce léger détail qui n’agace pas plus qu’il ne le faut même si j’ai pris la peine de le mentionner, un des aspects hypers intéressants de Kafka est son concept comme tel. En effet, Kafka est un de ces albums avec une idée derrière la tête et je trouve que la sienne est bien intéressante.

Chacun des 5 titres qui le compose se nomme tout simplement Aphorism avec un numéro qui le suit. Dans ce cas ci, il s’agit des Aphorismes numéro 17, 16, 87, 83 et 103 dans l’ordre qu’ils nous sont présentés sur l’album. À prime abord, on ne peut absolument rien y comprendre. Cependant, lorsque qu’on s’interroge sur ceci en tenant compte du nom de l’album soit Kafka, on est automatiquement obligé de se retourner sur l’écrivain Allemand du siècle dernier, Franz Kafka et c’est là que tout s’éclaircit. Auteur des célèbres romans Le procès (1925), Le château (1926) et de la nouvelle, La métamorphose (1915), pour ne nommer que ceux là, il est aussi responsable d’une petite plaquette contenant quelques centaines d’aphorismes publiée à titre posthume en 1931.  Avec ceci en tête, on comprend alors que chaque pièces qui compose Kakfa se rapporte en fait à l’aphorisme de la plaquette qui correspond à son numéro. Bien qu’elle constitue un tout homogène, individuellement, chaque pièces est une interprétation et une extrapolation sur l’aphorisme auquel il se rapporte. Une idée bien ingénieuse pour donner le ton à un album concept sans se restreindre inutilement dans une écriture statique confinée dans un credo rigide qui ne peut s’éloigner d’une zone bien définie.

Malheureusement, je n’ai pas en ma possession cette fameuse plaquette de Franz Kafka à la maison et je suis beaucoup trop paresseux pour aller fouiller à la bibliothèque pour mettre la main sur cette dernière. Je ne peux donc pas vraiment discuter avec vous des textes comme tels et encore moins quelle est la nature des aphorismes dont il est question et, de ce fait, je me tairai donc à ce sujet. Par contre, si l’album vous plaît, je crois que cela pourrait être un exercice fort intéressant pour apprécier toute la profondeur de celui-ci.

Voilà donc ce qui conclu cette mini revue de l’album Kafka de Locktender. Si vous êtes curieux, je vous invite à aller surfer sur leur Bandcamp puisque la totalité de l’album est disponible en streaming. Vous trouverez aussi le lien pour un téléchargement gratuit ainsi que plusieurs autres pour acheter une copie physique de ce petit bijou, entre autre , via Désordre ordonné de Montréal. Cependant, si tout comme moi vous pratiquez la procrastination, voici les différents liens pour votre plaisir.

 

Enjoy,

Cheers.

 

FREE DOWNLOAD: locktender.wordpress.com
BUY USA:
www.replenishrecords.com
BUY EUROPE:
icorruptrecords.wordpress.com
BUY CANADA:
desordreordonne.tumblr.com
BUY TAPE:
www.skeletallightning.net 
 
 

Critique d’Album: Hagl – « In The Heart »

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Hagl

« In The Heart »

(2013)

Depuis le début des années 2000, un foisonnement assez impressionnant sévit dans le monde des hybrides entre métal et musique folklorique de diverse catégorie (Viking, celtique, Slave, polka…etc.). De plus, longtemps presque entièrement exclus de l’univers du métal connu en Occident en raison du totalitarisme soviétique, les pays de l’ancien bloc communiste connaissent une vague déferlante d’excellents groupes métalliques depuis le milieu des années 1990. Profitant de ces deux lames de fond, Hagl, un groupe de Pagan Black Metal russe fondé en 1999 sous le nom Darkomen, nous présentait, le 30 avril dernier, son troisième album complet en carrière intitulé In The Heart. La question était maintenant de savoir; si le groupe, qui a évolué au fil de ses sorties du Black Metal pur vers le Pagan, allait parvenir à se démarquer dans un sous-genre maintenant très saturé ou s’il allait se contenter de surfer sur la vague en employant les codes bien établis dudit sous-genre? Manifestement, après de nombreuses écoutes, il s’agit plutôt de la deuxième option.

En effet, ce qui frappe dès l’introduction, qui consiste en un monologue en russe sur un fond sonore de pluie et de claviers atmosphérique, est l’étonnante ressemblance avec la musique de leurs compatriotes d’Arkona. On a donc droit à des motifs de guitare typiquement Black Metal intercalés avec d’autres motifs à saveur païenne, parfois acoustiques, et qui s’approchent parfois bien près d’une tendance Death mélodique ou même Powermetal qui rappelle Ensiferum. L’approche vocale du chanteur-guitariste Swarm est quant à elle beaucoup moins variée, se concentrant uniquement sur des hurlements râpeux caractéristiques du Black Metal, dans sa langue natale, qui sont toutefois très bien exécutés. Le jeu de batterie d’Alarm utilise les blastbeats de façon plutôt modérée en préférant se concentrer sur une approche plus organique qui accentue le côté épique des motifs de guitare. Les claviers d’Arian se font très discrets et subtils et se contentent d’un rôle de soutien atmosphérique et d’introduction. La basse d’Isulv est aussi plutôt enterrée dans le collage sonore et est utilisée presque uniquement pour élargir le son d’ensemble. Du côté de la production, Hagl a opté pour un son moderne, travaillé et propre plutôt que pour un son crasseux, ce qui fait ressortir le caractère mélodique et épique de leur musique.

Tout est donc très bien exécuté, le tout s’écoute très bien et la production convient bien à leur style, mais Hagl ratte complètement la cible au point de vue de l’originalité. En effet, leur musique n’amène strictement rien de nouveau ou d’unique sur la table et elle se contente de reproduire les caractéristiques communes du Pagan Black Metal/ Folk Metal. Les motifs de guitare, les claviers et les passages atmosphériques ont tous un air familier de déjà entendu, qui rappelle les gros noms du genre. Si vous avez déjà écouté du Ensiferum et du Arkona, cet album ne vous impressionnera en rien. On y retrouve exactement la même combinaison de voix Black Metal, de motifs mélodiques et Folk avec des claviers pour le côté épique, les voix chantées en moins. Le tout donne donc une impression de manque d’inspiration et de recherche musicale, malgré le fait que la musique est par ailleurs très bien interprétée et que les compositions fonctionnent très bien. Cela est un manque que je considère toutefois majeur étant donné que le groupe officie dans un sous-genre déjà passablement saturé, où il faut absolument se démarquer d’une façon ou d’une autre pour perdurer. Après plusieurs écoutes, l’album peine donc à se faire mémorable malgré le côté accrocheur de certaines mélodies et donnera plutôt envie à l’auditeur d’aller réécouter les groupes séminaux du genre que de revenir à Hagl.

En somme, avec In The Heart, Hagl nous offre un troisième album aux compositions bien montées, bien exécutées et très bien produites qui peinent cependant à se démarquer de ses pairs et influences par leur manque flagrant d’originalité. Cet album sera donc à ne suggérer qu’aux plus fervents amateurs de Pagan/Folk Black Metal, ceux qui ne peuvent tolérer de ne pas connaître un des milliers de groupes du genre. Pour ceux qui recherchent quelque chose de plus unique ou poussé, cet album vous laissera malheureusement cruellement sur votre faim.

6/10

 

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas