Critique d’Album: Eclipse Prophecy – « Days of Judgement »

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Eclipse Prophecy

“Days Of Judgement”

Maple Metal Records

(2013)

La liste des groupes de power metal au Québec est plutôt courte comparée à certains autres genres, mais on peut quand même y compter certains joueurs respectables dont Forgotten Tales, Thalion et nos intéressés, Eclipse Prophecy. Formé en 2003 sous le nom Eclipse, la formation qui prendra son nom actuel en 2009, nous a offert en mars 2013 leur premier album complet « Days Of Judgement« . Ils sont signés sous l’étiquette Maple Metal Records tout comme Thalion ci­-haut mentionné. Je ne suis pas un grand fan de power par contre, je sais en reconnaître les éléments essentiels ainsi qu’apprécier la musique si elle est bien exécutée, tâche que les gars de Eclipse Prophecy ont accomplie de façon plutôt convaincante malgré quelques faiblesses.

La formation se compose de David McGregor au chant et à la guitare, de Martin Machado comme guitariste soliste, de Danny McGregor à la basse et de Lucas Biron (Kälter & Nordheim) à la batterie. Le point fort de « Days Of Judgement » est à mon avis, l’exécution des deux guitaristes. Passant de riffs rapides et puissants vers des solos très mélodiques et de bon niveau, la guitare constitue une base solide pour la musicalité de cet opus. Là où le bât blesse, c’est selon moi au niveau du chant. Bien qu’il ait une voix consistante et agréable à niveau régulier, David semble manquer de contrôle dans les passages plus aigus. Ce qui me refroidit un peu également, c’est la batterie qui transpire la programmation ce qui donne un effet beaucoup trop machinal à l’ensemble de l’oeuvre. Ça vient un peu ternir le travail qui a été fait sur les autres instruments. Toutefois, la production est de bonne facture et ça s’écoute très bien.

L’album comprend dix titres dont une intro instrumentale, « Animus Ara« , qui précède la pièce « Under Shadow’s Veil » qui viendra donner le ton pour la suite. Chacune des chansons est bâtie un peu dans le même moule et évolue de façon relativement linéaire. Ce n’est pas nécessairement un défaut, ça manque seulement un peu de rebondissements. Certaines pièces ont su retenir mon attention, tel que « Through The Storm » et « Legions of The Cross« .

Les amateurs de power metal ne seront pas chamboulés ni choqués par cet album. Le groupe montréalais Eclipse Prophecy respecte le genre et y plonge à fond. Rien de nouveau non plus au niveau des paroles où les thèmes classiques sont abordés tels que dragons, guerriers, magie, champs de bataille et j’en passe. L’important c’est que ça sonne bien, la musique est bonne, c’est lourd, épique, ça donne le goût d’aller au combat. Bref, c’est un bon achat pour les amateurs du genre!

7.5/10

Daniel

 

Critique d’Album: Periphery – « Clear »

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Periphery

“Clear”

(2014)

 

Le groupe de métal progressif américain Periphery, souvent considérés comme les pionniers du mouvement djent nous offre en ce début d’année, un mini album ayant pour titre Clear. D’une durée de 29:12, à la limite trop long pour être considéré comme un EP, celui­-ci est un projet concept comprenant sept pièces. Misha Mansoor et ses acolytes ont joué d’audace en nous présentant cet oeuvre qui devrait nous faire patienter en attendant leur troisième album officiel Juggernaut planifié pour une sortie d’ici la fin de 2014.

L’idée derrière Clear était que tous les membres allaient devoir jouer le rôle de compositeur et de directeur à la création pour une chanson chacun, portant le total à six. La pièce d’introduction, Overture, quant à elle, a été composée par le groupe en entier et devait servir de thème à suivre pour la création des six autres. Le résultat est plus ou moins homogène, mais non moins intéressant et c’est tout à fait normal puisque six esprits différents ont tous leur propre vision artistique.

Voici la liste des chansons et leur compositeur:

  1. « Overture » (Periphery) 2:12
  2. « The Summer Jam » (Jake Bowen) 4:17
  3. « Feed the Ground » (Matt Halpern) 4:38
  4. « Zero » (Misha Mansoor) 5:31
  5. « The Parade of Ashes » (Spencer Sotelo) 5:13
  6. « Extraneous » (Adam « Nolly » Getgood) 3:21
  7. « Pale Aura » (Mark Holcomb) 4:40

« Overture » ouvre le bal de belle façon avec des mélodies au piano et un rythme changeant qui nous donnent le goût de s’avancer sur le bout de notre siège en préparation de la suite. Celle­-ci ne se laisse pas désirer et enchaîne immédiatement avec « The Summer Jam« . Une pièce aux accents punk rock un peu à la pop, qui porte bien son nom avec un air léger que l’on pourrait dire plus accessible pour les non­-initiés au genre. « Feed the Ground » reste un peu dans la même lignée que la précédente mais devient plus lourde dans sa deuxième moitié et on l’apprécie. Misha Mansoor nous offre quant à lui « Zero« , le premier de deux titres instrumentaux se retrouvant sur cet opus. Les fans du talentueux guitariste reconnaîtront à l’instant un condensé de ce qu’il a fait jusqu’à ses débuts avec son premier projet Haunted Shores. Il n’y a rien de nouveau, aucune innovation donc pas de dépaysement en vue pour les amateurs qui apprécieront certainement. Parlant de dépaysement, on nous emmène maintenant dans l’univers du métal industriel avec « The Parade of Ashes » qui me rappelle drôlement Nine Inch Nails par moment, mais dans l’ensemble ça sonne bien. Si une pièce m’a un peu déçu sur cet ouvrage c’est bien la suivante « Extraneous ». Je dois avouer que je m’attendais à plus venant de la part du bassiste Adam “Nolly” Getgood que je respecte beaucoup en tant que musicien. Cette deuxième pièce instrumentale n’est selon moi qu’un simple essai un peu raté de se la jouer « Meshuggah« . Vous n’avez qu’à aller comparer avec le morceau « Shed » de ces géants suédois pour comprendre à quel point ça tourne dans les mêmes notes et la même ambiance. L’aventure musicale se termine toutefois de très belle façon avec « Pale Aura« , le bébé du guitariste Mark Holcomb. Celle­-ci est définitivement ma préférée puisqu’elle représente exactement ce à quoi on s’attend de la part de Periphery: des lignes de vocal accrocheuses, un bon rythme, des séquences électroniques qui appuient bien la mélodie et un solo digne de ce nom.

Pour conclure, Clear est loin d’être un mauvais investissement pour les fans du groupe. Malgré certains passages que j’ai moins aimés, c’est audacieux, varié, rafraîchissant et une belle démonstration de ce que ces gars sont capable de faire. Ils n’ont pas fini de nous surprendre, c’est certain!

7/10

Daniel

Critique d’Album: Sight of Emptiness – « Instincts »

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Sight of Emptiness

« Instincts »

(2014)

Débutons par une petite devinette. Nommez­-moi un point en commun entre la Suède et le Costa Rica. Bien sûr, vous pouvez tout de suite laisser tomber le climat, la flore et la faune ou encore la langue officielle. On se doute bien qu’un pays d’Amérique Centrale, important exportateur de bananes et d’ananas se retrouve complètement à l’opposé d’un pays scandinave en tout point. Exact, sauf peut-­être pour une chose: le Costa Rica a désormais sa place sur la carte du death metal mélodique, principalement dominée par la Suède. Néanmoins, les groupes de melodeath originaires de Göteborg et des environs, tels que Dark Tranquillity, In Flames ou encore At The Gates, ont su inspirer de belle façon les membres de la formation Sight Of Emptiness. En activité depuis 2005, le vocaliste Eduardo et sa bande nous présente en 2014, leur troisième accomplissement intitulé Instincts, disponible depuis le 21 janvier dernier.

La pochette présentée dans les tons de violet, affichant un homme en position fœtale qui semble être carrément déraciné, est d’une simplicité remplie de subtilité. J’adore! Composé de onze titres ainsi que d’une piste bonus, l’album jouit d’une qualité de production exemplaire pour un groupe qui n’est toujours pas, à l’heure où j’écris ces lignes, signé sous aucun label. Cette qualité n’est pas étrangère au fait que ce soit le producteur suédois Thomas « Plec » Johansson qui s’est chargé de la production, celui qui a travaillé entre autre avec Watain, Onslaught et Scar Symmetry. Je mettrais ma main au feu que cet album ne saurait tarder à leur permettre d’entrer dans la cours des grands, malgré le fait qu’ils sont vraisemblablement en train d’y entrer par la porte d’en arrière.

Dès les premières notes, tout amateur du genre proposé se sent immédiatement réconforté. Les rythmes de guitare sont graves et lourds. Les mélodies appuyées par synthétiseur sont présentes sans jamais prendre trop de place. On se permet même quelques passages de bongo qui, normalement associés à la musique latine, nous rappellent les origines de ces talentueux musiciens. Pour les puristes, n’ayez crainte, tout est fait avec bon goût. Par contre, le vocal n’a rien de bien original, allant de growls jusqu’aux cris plus aigus en passant par certains passages clairs, Eduardo livre tout de même la marchandise. De toute façon, Sight Of Emptiness ne réinvente pas la roue du death mélodique, mais offre aux fans de ce genre, un produit bien au­-delà de la moyenne, surpassant même quelques albums de groupes plus connus sortis ces dernières années.

Ces gars auraient pu se satisfaire de leur propre expertise afin de nous offrir un opus digne de ce nom, mais ils ne se sont pas arrêtés là. Ils ont poussé la note encore plus loin et se sont entourés de noms bien connus dans le milieu. En passant par Ralph Santolla (Obituary, Deicide, Iced Earth), Glen Drover (Megadeth, King Diamond), Christian Älvestam (Scar Symmetry, Solution .45, Misaration) et même un certain Manuel Obregón (pianiste, compositeur, producteur et nul autre que ministre de la culture du Costa Rica), ces artistes invités ajoutent leur saveur aux pièces et il n’y a vraiment pas de quoi s’en plaindre. Mention spéciale aux titres Fearless, Deception et Hostility qui, avec la voix de Christian Älvestam, nous ramènent tout droit à l’époque des trois premiers albums de Scar Symmetry. De quoi réjouir entre autre, l’auteur de ce texte. Quelques chansons m’ont semblé passer un peu plus inaperçu que d’autres, mais dans l’ensemble tout est cohérent et on ne pense jamais à passer à la suivante. À l’exception peut­-être de la onzième intitulée Departure qui se trouve à être la dernière juste avant la pièce « bonus ». Celle­-ci se compose uniquement de matériel électronique et est découpée inutilement, à mon humble avis, en deux sections séparées par un silence d’une durée de quatre minutes portant le total à neuf minutes trente­ cinq. Je dois par contre avouer que l’air m’est resté en tête pendant un certain temps. Si tel était le but, on peut dire « mission accomplie ».

Pour finir, je dirais que Sight Of Emptiness est une belle surprise en soit, en tenant compte que cette formation m’était totalement inconnue jusqu’à il y a environ une semaine. N’ayant pas encore eu l’occasion de me prêter à l’écoute de leurs deux précédentes réalisations, je ne peux témoigner de l’évolution du groupe ni même comparer. Par ailleurs, j’affirme que cet album peut être considéré comme un incontournable pour tout fan de death metal mélodique à saveur suédoise. C’est consistant, réconfortant et surprenant à la fois. C’est un album qui ne manquera pas d’être déposé sur la même tablette que des classiques tels que Pitch Black Progress de Scar Symmetry, Stabbing The Drama de Soilwork ou encore Clayman de In Flames. Leur progression est à suivre de près dans les mois qui viennent.

8.5/10

Daniel Tremblay