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Sight of Emptiness

« Instincts »

(2014)

Débutons par une petite devinette. Nommez­-moi un point en commun entre la Suède et le Costa Rica. Bien sûr, vous pouvez tout de suite laisser tomber le climat, la flore et la faune ou encore la langue officielle. On se doute bien qu’un pays d’Amérique Centrale, important exportateur de bananes et d’ananas se retrouve complètement à l’opposé d’un pays scandinave en tout point. Exact, sauf peut-­être pour une chose: le Costa Rica a désormais sa place sur la carte du death metal mélodique, principalement dominée par la Suède. Néanmoins, les groupes de melodeath originaires de Göteborg et des environs, tels que Dark Tranquillity, In Flames ou encore At The Gates, ont su inspirer de belle façon les membres de la formation Sight Of Emptiness. En activité depuis 2005, le vocaliste Eduardo et sa bande nous présente en 2014, leur troisième accomplissement intitulé Instincts, disponible depuis le 21 janvier dernier.

La pochette présentée dans les tons de violet, affichant un homme en position fœtale qui semble être carrément déraciné, est d’une simplicité remplie de subtilité. J’adore! Composé de onze titres ainsi que d’une piste bonus, l’album jouit d’une qualité de production exemplaire pour un groupe qui n’est toujours pas, à l’heure où j’écris ces lignes, signé sous aucun label. Cette qualité n’est pas étrangère au fait que ce soit le producteur suédois Thomas « Plec » Johansson qui s’est chargé de la production, celui qui a travaillé entre autre avec Watain, Onslaught et Scar Symmetry. Je mettrais ma main au feu que cet album ne saurait tarder à leur permettre d’entrer dans la cours des grands, malgré le fait qu’ils sont vraisemblablement en train d’y entrer par la porte d’en arrière.

Dès les premières notes, tout amateur du genre proposé se sent immédiatement réconforté. Les rythmes de guitare sont graves et lourds. Les mélodies appuyées par synthétiseur sont présentes sans jamais prendre trop de place. On se permet même quelques passages de bongo qui, normalement associés à la musique latine, nous rappellent les origines de ces talentueux musiciens. Pour les puristes, n’ayez crainte, tout est fait avec bon goût. Par contre, le vocal n’a rien de bien original, allant de growls jusqu’aux cris plus aigus en passant par certains passages clairs, Eduardo livre tout de même la marchandise. De toute façon, Sight Of Emptiness ne réinvente pas la roue du death mélodique, mais offre aux fans de ce genre, un produit bien au­-delà de la moyenne, surpassant même quelques albums de groupes plus connus sortis ces dernières années.

Ces gars auraient pu se satisfaire de leur propre expertise afin de nous offrir un opus digne de ce nom, mais ils ne se sont pas arrêtés là. Ils ont poussé la note encore plus loin et se sont entourés de noms bien connus dans le milieu. En passant par Ralph Santolla (Obituary, Deicide, Iced Earth), Glen Drover (Megadeth, King Diamond), Christian Älvestam (Scar Symmetry, Solution .45, Misaration) et même un certain Manuel Obregón (pianiste, compositeur, producteur et nul autre que ministre de la culture du Costa Rica), ces artistes invités ajoutent leur saveur aux pièces et il n’y a vraiment pas de quoi s’en plaindre. Mention spéciale aux titres Fearless, Deception et Hostility qui, avec la voix de Christian Älvestam, nous ramènent tout droit à l’époque des trois premiers albums de Scar Symmetry. De quoi réjouir entre autre, l’auteur de ce texte. Quelques chansons m’ont semblé passer un peu plus inaperçu que d’autres, mais dans l’ensemble tout est cohérent et on ne pense jamais à passer à la suivante. À l’exception peut­-être de la onzième intitulée Departure qui se trouve à être la dernière juste avant la pièce « bonus ». Celle­-ci se compose uniquement de matériel électronique et est découpée inutilement, à mon humble avis, en deux sections séparées par un silence d’une durée de quatre minutes portant le total à neuf minutes trente­ cinq. Je dois par contre avouer que l’air m’est resté en tête pendant un certain temps. Si tel était le but, on peut dire « mission accomplie ».

Pour finir, je dirais que Sight Of Emptiness est une belle surprise en soit, en tenant compte que cette formation m’était totalement inconnue jusqu’à il y a environ une semaine. N’ayant pas encore eu l’occasion de me prêter à l’écoute de leurs deux précédentes réalisations, je ne peux témoigner de l’évolution du groupe ni même comparer. Par ailleurs, j’affirme que cet album peut être considéré comme un incontournable pour tout fan de death metal mélodique à saveur suédoise. C’est consistant, réconfortant et surprenant à la fois. C’est un album qui ne manquera pas d’être déposé sur la même tablette que des classiques tels que Pitch Black Progress de Scar Symmetry, Stabbing The Drama de Soilwork ou encore Clayman de In Flames. Leur progression est à suivre de près dans les mois qui viennent.

8.5/10

Daniel Tremblay