Critique d’Album: Alcest – « Shelter »

Alcest-Shelter

 

Alcest

« Shelter »

Prophecy Productions

2014

 

D’entrée de jeu, je dois dire que je n’arrivais pas à me décider à savoir si j’allais écrire un truc ou non sur le petit dernier de Alcest. De prime abord, j’avoue, qu’aux premières lueurs, j’ai été agréablement surpris et je dois dire que je m’attendais à bien pire. Sachant que la totalité des éléments qui nous laissaient encore la possibilité d’associer ce groupe à un quelconque genre ou sous-genre de metal avait volontairement été retirée de la structure musicale de Alcest, je m’attendais à quelque chose d’absolument désastreux et, d’un ennui mortel. Or, ce ne fut pas tout à fait le cas, mais je reviendrai plus loin sur ce sujet.

Mais si le metal a été soustrait à l’univers Alcestien, à quoi doit-on s’attendre, alors? À un album de post-rock? De shoegaze? À un nouveau Alcest complètement revivifié? Eh bien, après plusieurs écoutes et après réflexion, j’en suis venu à la banale conclusion que c’est un peu tout ça et en même temps, non. Aussi plate que cela puisse l’être comme commentaire, Shelter est un album de Alcest comme tous les autres. Les éléments d’une musique metal en moins. Il ne reste que le côté fleuri et rêveur avec, en plus, un énorme côté pop. Très pop. Une sorte de dreamgaze très rose bonbon et excessivement accessible à la masse.

Mais attention, je ne dis pas que c’est mauvais pour autant, non. Simplement qu’il faille peut-être se dire que ce duo avait envie d’aller voir ailleurs et que les années où Alcest dominaient la scène post-black sont bel et bien terminé. Ou, encore, que Alcest en est exactement là où Stéphane (Neige) Paut le voulait au départ. Quoiqu’il en soit, on ne peut regarder Shelter avec une optique métallique et, pour se la jouer franc-jeu, on ne peut se permettre son écoute et sa critique avec des attentes de la sorte. Ce serait de la triche et de la mauvaise foi. Pour apprécier Shelter, il faut faire abstraction du passé et juger avec un regard neuf.

Alors voilà, ceci étant dit, faute est d’avouer qu’après si peu de temps (je n’ai même pas reçu ma version physique encore), je m’en suis déjà lassé. Et croyez-moi, ce n’est pas parce que je ne suis pas un amateur de ce type de musique. D’ordinaire, j’apprécie la musique comme celle qui nous est offerte sur Shelter. J’aime le shoegaze rêveur, le post-rock, la musique ambiante et je n’ai aucun problème à dire que je suis un grand admirateur de Cold Play, Radiohead, Placebo et que, récemment, je tends à redécouvrir les Smashing Pumkins. Or, en ce qui me concerne et contrairement à plusieurs albums des groupes ci-haut mentionnés, Shelter est vite tombé à plat. Comme je mentionnais en introduction, aux premières écoutes, j’ai d’abord été surpris et enthousiaste face à ce disque de huit titres, mais aussitôt l’engouement évaporé, ce sentiment a vite été remplacé par de l’ennui et du désintérêt.

Les mélodies de Shelter s’engouffrent dans une dynamique qui semble tourner en rond et la pâte ne lève tout simplement pas. Rien n’explose, il n’y a rien d’extravagant, il n’y a pas de moments où les frissons vous parcourent l’échine et c’est tout bonnement sans substance.

C’est dommage puisque, dans ce type de musique, je crois bien que ce sont ces petits instants de lumières aveuglantes que les amateurs recherchent. Ces petits instants où la grandeur des pièces apporte un caractère épique à l’album et vous donne le goût de réécouter la platine encore et encore. Sur Shelter, c’est blafard et très aplati et à la limite, ça manque d’inspiration. Donc, en plus du caractère métallique complètement absent, je n’arrive plus à trouver la nature romanesque de Alcest que j’appréciais tant.

Tout ça se confond dans une mouture pré-mâchée et, j’irais même jusqu’à avancer, formatée pour les radios commerciales. Bon, je vous l’accorde, je disais à l’instant de ne pas critiquer ce disque avec une opinion prenant encrage dans une sous-culture quelconque, mais tout de même, ici, à mon humble avis, on s’en éloigne beaucoup trop.

Or, si je dois trouver quelques points positifs à ce disque, je dois dire qu’il s’écoute par contre assez bien. L’alignement des pièces est juste et elles forment entre elles un tout assez cohérent. Shelter est donc un bon album pour une trame de fond de dimanche matin tranquille à bouffer des tartinades de tofu et boire du café en lisant le journal. Il est là. Il est étanche et sobre. Il constitue un ensemble uniforme et homogène qui n’altérera en rien l’ambiance de métronome qu’il provoque lui-même. Tout est égal, droit, sans fioritures et longitudinal.

Je n’en dirai pas plus sur ce disque puisque le but n’est pas de tronquer votre opinion ou de descendre Alcest, mais plutôt de souligner le fait que si Alcest doit changer à ce point, il doit faire figure d’innovateur (comme ils ont su le faire dans les années précédentes) plutôt que de simples moutons qui s’encrassent dans un moule bien graissé.

Sur cette note, je vous encourage quand même à vous procurer Shelter ou, du moins, d’y jeter un œil. Comme je mentionnais, ce n’est pas un mauvais disque, mais c’est un disque sans histoire qui, d’ailleurs, n’y passera probablement pas. J’attendrai ma copie vynile pour voir si la magie de l’analogique pourrait donner un deuxième souffle à ce disque, mais, pour être franc avec vous, je ne me fais pas trop d’idée.

Coeur Noir

Critique d’Album: Beastmilk – « Climax »

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Beastmilk

« Climax »

 2013

 

Je sais très bien que le temps des fêtes arrive à grands pas et que, pour être concept et tout, je devrais vous parler d’un album de death-grind-black-métal-apocalyptique-de-fin-du-monde ou les petites filles ont été violées et pendus aux arbres et où la terre n’est plus qu’un horrible champs de bataille fumant et grouillant de créatures vampiriques. Que je devrais laisser les paroles du magicien sombre envahir mon esprit et promouvoir des groupes qui utilisent un obscur langage orc directement emprunté à l’univers de Tolkien pour nous dépeindre la noirceur du voile qui recouvre nos cœurs sanguinaires et guerriers. Que je devrais blasphémer à propos du vagin ensanglanté de la vierge Marie, divaguer sur la grandeur des forêts boréales, prêcher l’hérésie et encenser des rituels païens tout aussi inutiles que les cérémonies chrétiennes qui les ont remplacées. Je devrais vous inviter à faire brûler un sapin au solstice d’hiver, de ridiculiser le petit Jésus qui s’est sacrifié pour expier tous nos péchés, de vous encourager à vous faire tatouer des crucifix inversés et de détester toute la putain d’humanité en vous réjouissant de sa damnation éternelle dans les mains du bourreau et des flammes de l’enfer mais non! Rien à battre de tout ça, cette année. Je laisserai plutôt l’internet et le Grumpy Cat faire son œuvre et, surtout, je laisserai les nouvelles de vingt trois heures vous donner votre dose de dépression journalière.

Alors de quoi pourrais-je bien vous parler vous demanderez-vous peut-être? Eh bien, de rien de moins que du plus qu’excellent et impressionnant premier LP de Beastmilk, Climax. Sans compter qu’en plus d’avoir reçu l’entière bénédiction de que nulle autre que de Dave Ondes Chocs Rouleau lui-même pour le faire, je suis absolument ravi d’être enfin en mesure de m’écarter un peu de l’univers métal pour vous parler d’un style musical que j’affectionne particulièrement, c’est-à-dire, le Post-punk/Death Rock. Soyez donc avisé, chers lecteur, CETTE REVUE NE CONTIENT AUCUN MÉTAL…ou presque.

Mais tout d’abord, prenons notre temps et ne précipitons rien. Même si Beastmilk semble sortir de nulle part avec Climax, il n’en ait rien. D’une part, le quatuor nous avait offert en 2012 un petit EP de quatre titres tout à fait délicieux (Use Your Deluge) et un démo (White Stains On Black Tape) en 2010 qui préparait tout deux le terrain pour ce qui allait suivre et qui présageait de bien bonnes choses pour le future et, d’une autre part, les membres de Beastmilk n’en sont pas à leur première expérience avec l’industrie musicale underground. En effet, il pourrait être intéressant de souligner que le chanteur du groupe, Mat McNerney (AKA Kvohst),  a été impliqué dans plusieurs groupes tel que Hexvessel (qualifié d’occulte folk psychédélique) ainsi que d’avoir été de l’alignement des black métalleux norvégien, Dødheimsgard, jusqu’en 2011, pour ne citer que ceux-ci. Beastmilk, si on peut dire, n’en est donc pas à sa première offense et malgré sa courte existence (2009), nous avons droit à une musique mature et réfléchie qui reflète l’âme des plus accomplis.

Pour ce qui est de la sonorité comme telle, au-delà du caractère amère et inquiet de la bête, on ne peux pas vraiment faire de rapprochement avec la musique métal. Rien n’est précipité, il n’y a aucun solo de guitare interminable, aucune distorsion disproportionnée, aucun cris venant des abysses, aucun « growl » de fond de caverne et la hargne ne semble pas être la seule ligne directrice. Il s’agît vraiment d’un Post-punk dans sa forme la plus efficace et, à la limite, la plus minimaliste. Et dans cet ordre d’idée, j’apprécie énormément le fait que le synthétiseur soit quasi-absent de ce groupe puisque avec ce style musical, comme dans bien d’autres, on a tendance à s’enfarger en essayant d’introduire des ambiances artificielles qui ne s’incorporent pas toujours bien à la sauce et distille ainsi les saveurs. Cette tendance « culino-musical » ruine souvent le côté authentique des compositions et on est bien obligé de se rendre alors à l’évidence qu’il ne sert à rien de « wrappé » sa musique dans une pellicule de plastique pour conserver sa fraîcheur.

Beastmilk s’applique plutôt à créer une musique centrée sur des guitares percutantes, des lignes de basse juste, une batterie discrète mais à la rythmique constante et efficace et, surtout, une voie sinistre aux accents mélancolique et aux textes apocalyptiques. En définitif, Beastmilk nous offre un Post-punk énergique et ensorcelant extrêmement bien ficelé et ancré dans ses bottines qui garde en tête sa mission tout au long des dix titres qui composent Climax, c’est-à-dire, nous plaire.

L’album évolue entre des pièces plus rythmées et d’autres qui peuvent rappeler un Joy division « boosté » et, à une certaine limite, un The Cure moins pleurnichard. Quoi qu’il en soit, Climax garde définitivement une grande valeur de ré-écoute et on arrive à capter des ambiances et des humeurs différentes après chaque audition. Plusieurs morceaux deviennent ainsi de petits chef-d’œuvre dans leur genre après quelque fois. La production est aussi un de ses forts côté et on comprend pourquoi lorsqu’on apprend que Kurt Ballou du groupe Converge était assis derrière la console pour l’enregistrement et on doit donner une note parfaite de se côté.

Au final, Climax frappe fort et Beastmilk s’impose en roi sur la scène Post-punk avec ce dernier. Un album sombre, glauque, rustre qui démontre sa force dans la finesse d’exécution de ses pièces. Si vous êtes un amateur de ce genre, je vous le recommande sans hésiter une seconde.

 

Cheers!

Underling en entrevue

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Underling – Breathe Deeply – Entrevue

 

En mars dernier, j’avais essayé d’attirer votre attention sur une excellente démo d’un groupe qui laissait présager de bien bonnes choses (vous pouvez lire ladite revue juste ici). J’avais été agréablement surpris par cet effort de trois petites pièces que nous proposait cette formation qui, pour le moment, n’avait laissé couler que très peu d’informations à son sujet sinon qu’il s’agissait d’un groupe de la région de la Californie, aux États-Unis. Maintenant, quelques 7 mois plus tard, voilà que ces Américains reviennent à la charge avec leur premier EP officiel, Breathe Deeply. Un peu plus présent sur la toile et sur les médias sociaux, ils se sont rendus disponible à nous pour une entrevue. Je vous laisse donc le plaisir de les découvrir, eux, ainsi que leur époustouflante et très émotive musique.

Coeur Noir

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Ondes Chocs (OC) : Hi! First off, I would like to say that I really love Breathe Deeply and it’s definitly one of the best EP I heard so far this year. So can you guys give us a little biography. Who are you? Where are you from? Who’s playing what? What other bands were you or still playing in? Where you guys met and how you decide to create Underling.

Underling (A) : Hey guys…This is Antonio, vocalist and co-songwriter of Underling. Firstly I’d like to thank you for the kind words, as this project is very personal to me. Underling is a project that was formed in 2011 by myself and Robert Morey, bassist of Atmospheric Death Metal outfit, Fallujah (currently touring with Black Dahlia Murder and Skeleton Witch) and we essentially began writing the material that has come to be the Breathe Deeply EP. We have resident drummer of Arkaik, Alex Bent, who has toured with a number of bands and has also paid his dues as a studio session drummer and touring fill in for bands like Decrepit Birth. I have been in several bands with Alex and Robert and have worked with them both on a number of projects since 2007, the most recent of which Alex Bent did some studio session work for Sidian, my last band, which was an atmospheric technical death metal outfit. We all have known each other for quite some time and when Robert and myself decided it was time to take this project to the studio with a longtime friend, Adam Ruppel of Proview studios to release it, we hit up Alex to do the drumming and that was that (Alex did most of the songs in 1 or 2 takes by the way).

OC : I read somewhere that Breathe Deeply is kind of a very personnal album and took years to be done. Can you talk a little bit about the lyrics and the concept of the EP, if any, and how the process of writting as evolve over the time it took to complete the songs.

A : Well each song in order was written based on either personal experiences, heartache, and bouts of depression over the years between Robert and I. It was nice to have it recorded professionally using unconventional methods in terms of mixing when it comes to the black metal « sound ». For example, the last song, Seizures Over Sullen Waters, is essentially about a car wreck I was involved in when I had a seizure while driving about a block away from my apartment. I certainly had a brush with death and I tried to be as genuine as possible in conveying that feeling of losing my own life in terms of the song title and the lyrics. Every song is personal to me because it comes from past life-altering experiences or bouts of depression I’ve struggled with for many years. Underling is my way of pouring such things out lyrically and musically. We try for a beautiful wall of sound with a dark and depressive undertone.

OC : With so much genre we see today in the music industry, especially in the undeground metal scene, how would you classify your sound? How your other musical projects help you define the musical nature of Underling and how do you integrate those elements in the musical structure of Underling?

A : If i had to, I would classify it as a branch from the tree of atmospheric black metal I suppose. Although we never was concerned with making a band that sounded like anyone…I just wanted us to put out something genuine that people can hopefully grasp onto and identify with in terms of the emotional depth we incorporated into every song. A body of music for the escapee, if you will.

OC : As now, has Underling signed any contract with a label? If not, would you like to? Did someone approach you to released your music on physical format?

A : No. Currently we are doing everything DIY. We are releasing Breathe Deeply on limited vinyl only for now, and will be printing shirts and crew necks next. We had a few people approach us, but we wanted to wait to get a response from the listeners first and foremost before we took the next step forward in releasing it on 12′.

OC : Do you have plans to released your music on Cd and/or LP in the near future?

A : Yes, we will be printing around 250 to 300 limited edition vinyl – half of which will be specially designed and we will also be offering a vinyl and shirt package. It’s still early in the game so we will see how things go, but I can’t lie and say we don’t hope for this band to succeed because we take it very seriously, but at the same time we all are thankful and humbled by the positive responses we have received so far.

OC : Since I bought my digital copy of Breathe Deeply at your bandcamp, I know you guys used the internet to make the promo for the EP. So can you tell us what do you think of the internet and all the social network available for bands today? Do you think it is a good or a bad thing?

A : I think it’s a double edged sword. On one hand, I wouldn’t be doing this interview with you and having a platform to release this music for people to hear if it weren’t for the Internet, and I wouldn’t be turned on to so many good bands out there either. On the other hand, many artists are undercutting the hard work that goes into a band and paying their dues when it comes down to touring and building a fan base. Hype is intangible and has no real substance. Respect for what you do with your music is something that you have to earn as a band, in my opinion.

OC : What do you think of the American black metal scene these day and the music industry in general? Do you see hope for a creative and fun music in the future?

A : I think the American Black Metal scene has slowly flickered out. But with the surge of bands like Deafheaven, who paved the way for this style of black metal in America, Washington’s Wolves in the Throne Room, among others, there is a real void in the American Black metal scene today. We can only hope to add to the roster of good American Black Metal bands still out there today, but of course that will be for the listeners to decide and a lot of hard work on our end.

OC : Who did the artwork of Breathe Deeply? Is it important for you to have an artwork that represent what’s inside the box or you’re more the kind of « never judge a book by is cover »?

A : The artwork was commissioned by the insanely talented Richey Beckett and done all in pen and ink. I think the artwork accurately reflects the tone and themes in the music, as we both discussed at length. He was certainly a pleasure to work with and I am very pleased with how it turned out.

OC : Do you intend to go on with live shows in the next months?

A : As soon as Fallujah gets back from their month long tour with Black Dahlia Murder, we do plan on getting together for practices and taking this project to the live setting, which I am personally really looking forward to.

OC : What can we expect for Underling in the near and far future?

A : You can expect merch for sale, the release of the vinyl of our EP Breathe Deeply, and some live performances. All will tell with time how things with a band will go, as I have come to learn. However, in over a decade’s worth of playing music professionally, I think I finally found what I’ve personally been looking for in Underling and we are all very proud of the way it came out.

OC : Can you remember us where with can get your EP and where we can have news about your band?

A : You can download the EP in its entirety for only $4 at our bandcamp, or visit our Facebook for any and all updates and news about the band.

OC : Finally, do you have something to says to our readers who could have interest in your music?

A : First of all, if you are even remotely interested in our music, I’d like to humbly thank you, because we would be nothing without our listeners. Please visit our band camp and support us by downloading the full album and sharing it with your friends!

OC: Thanks a lot Underling

A: Thank you for the interview gentlemen. It’s been a pleasure. 

 

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Les Racines du Mal – Volume II

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Les Racines du Mal, c’est quoi!? Eh bien, en vérité, c’est fort simple. Les Racines du Mal c’est une idée qui, je dois bien l’avouer, a été largement emprunté à CVLT NATION, mais qui à tout de même fermenté dans mon petit cerveau de pois le temps que j puisse la mettre ne pratique sur la Punkerie.tk (le blog sœur de la défunte Ondes Chocs Média). Pour moult et inutiles raisons qu’il n’importe pas de mentionner ici, l’idée, malgré son foudroyant succès, avait été promptement abandonnée et laissée pour morte. Or, après en avoir discuté avec nul autre que Monsieur Ondes Chocs lui-même, Dave Rouleau, nous avons décidé, d’un commun accord, de relancer le projet et voir au tout ça pourrait bien aller. Advienne que pourra, comme ont dit.

Voilà donc pour ce qui en est du petit côté historique de la chose. Maintenant, de quoi il est question au juste et qu’est-ce que c’est que Les Racines du Mal?

Les Racines du mal sont en fait une série de mixtapes qui sortiront via Bandcamp mais qui, pour le moment, ne seront disponibles que pour écoute sans pouvoir les télécharger. L’idée principale est qu’une fois le mois, une formation d’ici qui a bien voulu se prêter au jeu, nous offre entre 20 et 25 titres de groupes qui ont influencé leur son ou tout simplement qu’elle voudrait vous faire connaître. Aucune restriction quelle qu’elle soit ne leur est imposée en ce qui a trait à leur choix et la décision de chacun des titres qui composent le mixtape leur revient à 100% . Aucune intervention extérieure du staff d’Ondes Chocs n’est permise dans le processus sinon que d’éditer, uploader et organiser tout ça en un tout cohérent. Que ce soit du Reggae, du Pop, du Black, du Post-whatever, du Punk, du Ska, du Core, du « What the fuck qu’esser ça »? Vous les nommez! Ils choisissent ce qu’ils veulent, aucun choix ne leur sera refusé.

Le but de tout ceci est aussi fort simple. Du coup, le groupe local reçoit un peu de publicité et d’un autre côté, ils vous font découvrir leurs influences musicales et quelles formations les font tripper. C’est tout comme si vous discutiez musique et influence avec eux mais sans conversation. Génial, non? En tout cas, chez Ondes Chocs, on pense que c’est un sapré bon concept et on vous le livre avec plaisir.

Nous espérons fortement que vous vous plairez autant que nous à découvrir ces compilations et que le projet saura faire son bout de chemin. N’hésitez surtout pas à nous laisser des commentaires.

Finalement, je tiens à remercier Dave de Ondes Chocs pour avoir approuvé et donné son accord au projet, Marco Chabot à l’infographie et Blas phe mous pour son essentiel coup de main.

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Après avoir exploré les Racines du Mal de Aeternam au mois de septembre, Derelict s’est prêté au jeu pour ce Volume II. Ce groupe de Death métal technique et brutal est de Montréal, fort de 3 albums et de nombreuses prestations live depuis ses débuts en 2005.  Le band a participé dernièrement au concours « En Route Vers le Heavy MTL » et atteint la finale.  Il sont présentement à l’écriture de nouveau matériel et 2014 devrait voir un nouvel album du band.

Voici donc certaines de leurs influences musicales, pour sortir un peu du sentier tout en gardant une odeur de violence.

Critique d’album: Thränenkind – « The Elk »

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Thränenkind 

« The Elk »

2013

 

How can you expect the birds to sing when their groves are cut down?

-Thränenkind

 

J’adore l’art engagé. J’adore l’art qui se veut revendicateur et percutant. L’art qui s’acharne, qui signe et qui persiste. Celui qui déconstruit, refuse, s’indigne, s’enrage, violente et qui renverse les conventions établies. J’aime le fait qu’on exige et qu’on conteste. Qu’on rejette et questionne les consensus. Qu’on s’obstine et s’en-tête à chercher la vérité et la beauté au-delà du brouillard de nos esprits meurtris et corrompus de faiblesses. J’aime l’art qui ne se satisfait pas d’un simple «Parce que …» quand il demande l’essentiel «Pourquoi?».

J’aime que l’artisan crée une œuvre qui se surpasse elle-même et qui cherche à s’affranchir, dans la mesure du possible, des tourments célestes et de l’horreur quotidienne de nos cités qui sont malheureusement devenus nos tombeaux. J’aime le fait qu’on tente, contre tout attente, de mettre en relief ce qui nous fait défaut et que l’on mette de l’avant la calamité que nous sommes devenus. J’aime qu’on choisisse de se tenir à l’écart de l’abus et de l’ignorance. Que l’inertie maladive ne remplace pas la grogne et que les mots, aussi forts puissent-ils être, ne soient jamais assez puissants pour remplacer le geste.

J’aime aussi savoir que même si tout semble perdu d’avance, certains d’entre nous s’insurgent encore et tentent de s’élever au-dessus du cynisme honteux qui a lâchement envahi l’espace public depuis quelques temps. Ainsi, et pour toutes ces raisons, je suis un fervent amateur de la musique de Thränenkind. Et derechef, je ne peux faire autrement que de leur lever mon chapeau puisque pour autant que je sache, leur dernière offrande, The Elk, témoigne avec force de ce préambule.

Toutefois, et bien que son essence primaire en exprime pourtant beaucoup, The Elk n’est pas un album très bavard. Il s’agît plutôt d’un enchevêtrement de pièces instrumentales et de chansons aux textes qui laissent place à l’interprétation. Donc, et malgré le fait que Thränenkind se présente d’abord comme un groupe qui supporte «an anarchist, atheist, anti-fascist, vegan, straight edge lifestyle», on ne peut pas dire qu’ils sont une formation hyper politisé comme savent l’être certains groupes punks. Comme je mentionnais plus haut, pour eux, l’action semble se situer un peu plus dans le geste que dans les mots. Est-ce qu’il en ressort une musique de moindre qualité pour autant? Je ne crois pas. Pour tout dire, ça ne changerait absolument rien même s’il ne discutait que de sujet léger et futile puisque The Elk est d’une qualité assez impressionnante si on ne s’arrête qu’à la musique en soi.

Qu’il s’agisse de la production ou des arrangements, tout est extrêmement bien ficelé et un peu à la manière d’une guerre intestine, l’album se livre un preste combat qui se déchire entre l’envie de tout détruire et celle de tout reconstruire. Bien qu’à mon avis, en aucun cas on ne peut dissocier l’un de l’autre, nous avons tout de même droit à un côté plus aride et brutal et un autre plus harmonieux et tendre.

Au fil des titres qui se succèdent, The Elk s’impose tout en subtilité et son tempo se fraye un chemin dans une expression musicale plus sillonneuse que noueuse. Il n’y a rien de vraiment extravagant, rien de vraiment colossal ou encore aucun débordement épique à n’en plus finir, mais contrairement à leur ancien matériel un peu plus centré autour du métal obscur, cette fois Thränenkind nous plonge dans une atmosphère plus propre avec un son plus défini dans le Post-métal que dans celui d’un black cru et dépressif. Comme si la négativité des jours anciens avait passé à travers un filtre qui rend le positivisme moins taciturne et la musicalité moins accablée. Toutefois, bien qu’on ne peut pas tout à fait parler d’un album aux allures joyeuses et fringantes, on ne peut pas non plus jurer que par sa mélancolie exagérée.

Avec une influence Post-rock très proéminente axée sur les mélodies plutôt que sur la barbarie, The Elk fait ainsi office d’une transition dans l’évolution musicale de la formation. Ce petit changement dans le script ne saurait plaire à tous mais d’un autre côté, je ne crois pas qu’il éclate en totalité la forme et le fond du groupe. Il sont peut-être simplement rendu ailleurs, comme on dit.

Il n’en reste pas moins que The Elk est d’une grande force et en ce qui me concerne, d’une énorme richesse. Pas surprenant, en fait, puisqu’on pourrait dire que Thränenkind est comme une sorte de super-formation et avec un line-up aussi diversifié que le leur, il ne peut en résulter rien de moins – Tränenkind contient des membres appartenant à autant de formation que Agrypnie, Faulnis et Heretoir.

Comme je l’ai tout juste dit, le coté Post-rock très présent est définitivement l’influence principale du disque. Je sais que cette affirmation pourrait être très discutable et que certains d’entre vous préféreraient toujours placer Thränenkind dans la boîte du black dépressif ou peut-être même dans celle du post-black, mais pour des raisons d’ordre éthique et personnelle, la formation s’est dissocié du mouvement Black métal sous toutes ses formes il y a déjà quelques temps maintenant. Si le cœur vous en dit et que vous êtes curieux du pourquoi du comment, je vous ramène à une critique d’Harakiri For The Sky que j’avais écrite en mai dernier que je vous invite à revisiter en cliquant ce lien. À titre anecdotique, j’avais rapporté l’épisode du World Wide Web qui avait amené Thränenkind à s’éloigner du mouvement métal noir et de ses légions de fans aux opinions (il faut bien se l’avouer) plus souvent qu’autrement, douteuses et méprisables. Mais bon, ceci étant dit, avec autant de moments planants et langoureux, je ne peux faire autrement que de placer l’influence Post-Rock en première place. Mais attention ici. N’allez surtout pas croire que tout tourne autour de ce credo musical car il n’en est rien. Nous avons quand même droit à de forts moments métal ou tout se déchaîne dans une émotivité violente et ressentie dans sa juste valeur exactement comme Thränenkind nous avait habitué sur leur première démo, Eine Momentaufnahme – Der Rest ist nur Einsamkeit ou encore sur leur excellent split avec Heretoir.

Pour conclure sur les influences qui se retrouvent sur The Elk, je crois qu’on pourrait aussi ajouter une petite vibe post-punk de-ci, de-là ce qui amène un peu plus de rythmique à l’occasion. Et justement, parlant de rythme, je me dois de souligner l’excellent, excellent travail du batteur tout au long des treize morceaux qui composent The Elk. Il ne s’empâte jamais dans la facilité et on sent qu’il a définitivement travaillé sur ses beats et recherché à ce que chaque instant, aussi différents puissent-ils être, soient bien englobés à l’intérieur du cadre de la cadence et du rythme. Particulièrement sur les pièces qui bougent un peu plus. Tout ceci apporte une large profondeur et un aspect un peu plus technique qui pourrait plaire à un auditoire plus averti.

Maintenant, sans que ce ne soit un album thématique, on sent aussi une ligne directrice dans l’écriture des textes. On fait référence à une remise en question de ce qui nous est offert ici bas et de l’abnégation nécessaire de nos valeurs engrossées au McDonald, à la désinformation médiatique et à l’idolâtrie du vide. On refuse un style de vie exempt de toute compassion envers ce qui se doit d’être respecté et, comme ils le disent eux-mêmes, on cherche le beau et le vrai: rather than love, than money, than fame, give me truth.

Avec Thränenkind, pour pouvoir vivre sa vie décemment, il faut s’envoyer soi-même à l’échafaud. Il faut s’offrir en offrande au bourreau et renaître à travers le désir de s’émanciper harmonieusement et respectueusement avec la nature qui nous entoure pour enfin vivre sa vie pleinement, comme il se doit. On redéfinit donc ce suicide figuré comme seul salut véritable face à une espèce qui s’est tout simplement perdue en cours de route à la recherche de son identité. En fait, il s’agit de tout déconstruire pour mieux vivre. Et c’est à ce moment seulement que l’on pourra célébrer son refus d’être manipulé à travers une ode à l’abandon et au rejet de tout ce qui nous pourrit le sang et qui nous noircit l’esprit. Et l’éloge du renoncement et de la destruction de cette vie qui ne mérite plus d’être vécue tel qu’elle nous est enseignée deviendra, comme dans le cas de The Elk, l’épitaphe romanesque qui trônera fièrement sur la pierre tombale.

Dans un tout ordre d’idée, The Elk est un album qui s’est laissé désirer. Il fait partie de la gamme de ceux qui ne semblaient jamais vouloir voir le jour. Mais maintenant qu’il est officiellement paru via Lifeforce Records le 23 Août dernier (2013), je crois bien que Thränenkind pourrait s’imposer comme un groupe référence dans son genre. Même si The Elk contient du matériel légèrement différent de ce qui nous avait été offert dans le passé, il est définitivement un album que vous devez vous procurer si vous êtes un amateur de tout ce qui caractérise le groupe et son propos. Puisque en plus de promouvoir un style de vie vert, vegan, sain et en harmonie avec la nature, il est aussi selon moi un excellent disque pour la froideur de l’automne qui cogne à nos portes. Un Post-métal d’une très grande qualité et un groupe qui mérite d’être discuté sur toute les tribunes. Pour initier la discussion, je vous présente l’extrait mis sur youtube par leur étiquette il y a quelques mois.

Coeur Noir