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Beastmilk

« Climax »

 2013

 

Je sais très bien que le temps des fêtes arrive à grands pas et que, pour être concept et tout, je devrais vous parler d’un album de death-grind-black-métal-apocalyptique-de-fin-du-monde ou les petites filles ont été violées et pendus aux arbres et où la terre n’est plus qu’un horrible champs de bataille fumant et grouillant de créatures vampiriques. Que je devrais laisser les paroles du magicien sombre envahir mon esprit et promouvoir des groupes qui utilisent un obscur langage orc directement emprunté à l’univers de Tolkien pour nous dépeindre la noirceur du voile qui recouvre nos cœurs sanguinaires et guerriers. Que je devrais blasphémer à propos du vagin ensanglanté de la vierge Marie, divaguer sur la grandeur des forêts boréales, prêcher l’hérésie et encenser des rituels païens tout aussi inutiles que les cérémonies chrétiennes qui les ont remplacées. Je devrais vous inviter à faire brûler un sapin au solstice d’hiver, de ridiculiser le petit Jésus qui s’est sacrifié pour expier tous nos péchés, de vous encourager à vous faire tatouer des crucifix inversés et de détester toute la putain d’humanité en vous réjouissant de sa damnation éternelle dans les mains du bourreau et des flammes de l’enfer mais non! Rien à battre de tout ça, cette année. Je laisserai plutôt l’internet et le Grumpy Cat faire son œuvre et, surtout, je laisserai les nouvelles de vingt trois heures vous donner votre dose de dépression journalière.

Alors de quoi pourrais-je bien vous parler vous demanderez-vous peut-être? Eh bien, de rien de moins que du plus qu’excellent et impressionnant premier LP de Beastmilk, Climax. Sans compter qu’en plus d’avoir reçu l’entière bénédiction de que nulle autre que de Dave Ondes Chocs Rouleau lui-même pour le faire, je suis absolument ravi d’être enfin en mesure de m’écarter un peu de l’univers métal pour vous parler d’un style musical que j’affectionne particulièrement, c’est-à-dire, le Post-punk/Death Rock. Soyez donc avisé, chers lecteur, CETTE REVUE NE CONTIENT AUCUN MÉTAL…ou presque.

Mais tout d’abord, prenons notre temps et ne précipitons rien. Même si Beastmilk semble sortir de nulle part avec Climax, il n’en ait rien. D’une part, le quatuor nous avait offert en 2012 un petit EP de quatre titres tout à fait délicieux (Use Your Deluge) et un démo (White Stains On Black Tape) en 2010 qui préparait tout deux le terrain pour ce qui allait suivre et qui présageait de bien bonnes choses pour le future et, d’une autre part, les membres de Beastmilk n’en sont pas à leur première expérience avec l’industrie musicale underground. En effet, il pourrait être intéressant de souligner que le chanteur du groupe, Mat McNerney (AKA Kvohst),  a été impliqué dans plusieurs groupes tel que Hexvessel (qualifié d’occulte folk psychédélique) ainsi que d’avoir été de l’alignement des black métalleux norvégien, Dødheimsgard, jusqu’en 2011, pour ne citer que ceux-ci. Beastmilk, si on peut dire, n’en est donc pas à sa première offense et malgré sa courte existence (2009), nous avons droit à une musique mature et réfléchie qui reflète l’âme des plus accomplis.

Pour ce qui est de la sonorité comme telle, au-delà du caractère amère et inquiet de la bête, on ne peux pas vraiment faire de rapprochement avec la musique métal. Rien n’est précipité, il n’y a aucun solo de guitare interminable, aucune distorsion disproportionnée, aucun cris venant des abysses, aucun « growl » de fond de caverne et la hargne ne semble pas être la seule ligne directrice. Il s’agît vraiment d’un Post-punk dans sa forme la plus efficace et, à la limite, la plus minimaliste. Et dans cet ordre d’idée, j’apprécie énormément le fait que le synthétiseur soit quasi-absent de ce groupe puisque avec ce style musical, comme dans bien d’autres, on a tendance à s’enfarger en essayant d’introduire des ambiances artificielles qui ne s’incorporent pas toujours bien à la sauce et distille ainsi les saveurs. Cette tendance « culino-musical » ruine souvent le côté authentique des compositions et on est bien obligé de se rendre alors à l’évidence qu’il ne sert à rien de « wrappé » sa musique dans une pellicule de plastique pour conserver sa fraîcheur.

Beastmilk s’applique plutôt à créer une musique centrée sur des guitares percutantes, des lignes de basse juste, une batterie discrète mais à la rythmique constante et efficace et, surtout, une voie sinistre aux accents mélancolique et aux textes apocalyptiques. En définitif, Beastmilk nous offre un Post-punk énergique et ensorcelant extrêmement bien ficelé et ancré dans ses bottines qui garde en tête sa mission tout au long des dix titres qui composent Climax, c’est-à-dire, nous plaire.

L’album évolue entre des pièces plus rythmées et d’autres qui peuvent rappeler un Joy division « boosté » et, à une certaine limite, un The Cure moins pleurnichard. Quoi qu’il en soit, Climax garde définitivement une grande valeur de ré-écoute et on arrive à capter des ambiances et des humeurs différentes après chaque audition. Plusieurs morceaux deviennent ainsi de petits chef-d’œuvre dans leur genre après quelque fois. La production est aussi un de ses forts côté et on comprend pourquoi lorsqu’on apprend que Kurt Ballou du groupe Converge était assis derrière la console pour l’enregistrement et on doit donner une note parfaite de se côté.

Au final, Climax frappe fort et Beastmilk s’impose en roi sur la scène Post-punk avec ce dernier. Un album sombre, glauque, rustre qui démontre sa force dans la finesse d’exécution de ses pièces. Si vous êtes un amateur de ce genre, je vous le recommande sans hésiter une seconde.

 

Cheers!