Voici le retour de notre journaliste Christian Lamothe lors du spectacle de A.S.K. présenté à la Taverne Royale de Trois-Rivières le 28 septembre 2024 et qui mettait également à l’affiche Les Tabarnaks, The Defamed et Morsure.

 

A.S.K. Les Tabarnaks, The Defamed et Morsure
Rafale punk à Trois-Rivières

Avec la venue des bands Punk-rock des années 90 ou les sujets plus légers du type adolescent poseur-frustré pour s’être fait confisquer sa console de jeux pour ne pas avoir fait le gazon et qui le chante devant un piscine de Beverly Hills entouré de femmes en bikini qui tirent la langue pour faire ‘’bad girl’’. Je me suis distancier un peu du mouvement, cherchant un peu le prochain Dead Kennedys, the Exploited ou The Sainte Catherines, mais clairement à la mauvaise place. En rencontrant de plus en plus de groupes, je me rend compte de mon ignorance face au mouvement punk des vingt dernières années et c’est avec joie que je me laisse guider par mon désir de mélomane d’en apprendre plus, d’en entendre plus…le retour au source du punk avec des groupes actuels. Ce soir à la Taverne Royale, quatre groupes se présenteront devant nous avec cette énergie brute de ce que j’appelle le ‘’street punk vibe’’.

 

 

Morsure

Anthony Bernier – basse/voix
Yann Côté – batterie
Yan Rouleau Marquis – guitare/voix

Un punk francophone cynique, mais ne vous méprenez pas, ce ne sont en rien des bouffons. Le spectacle commence avec la pièce Pourquoi? Qui met l’ambiance dès le début et ce soir, on joue fort à la Taverne! Leurs textes ressemblent à ceux d’un chansonnier qui ‘’pète sa coche’’ et qui à la place de s’arracher les cheveux s’exprime en bon québécois dans toute ses intonations. La chanson qui reste ma préférée: Ben non voyons, un beau pied de nez à notre façon de nous mettre la tête dans le sable malgré ce monde qui va tellement tout croche. Anthony et Yan poussent leur voix à leur maximum et on accroche facilement à leur rythme. Je voudrais d’ailleurs donner mes félicitations à Yann à la batterie qui va être bientôt grand-père…et oui ainsi va la vie qui va! On jouera 3 pièces qui ne sont pas disponibles sur l’ Ep, mais celle qui a vraiment attiré mon attention est celle qui clôturera leur partie de spectacle: Vidange…Parfait pour moi et me donne clairement le goût qu’il l’enregistre. Morsure encore une fois, met la barre où elle se doit pour les autres bands qui suivront.

 

 

The Defamed

Kevin Jardim: guitare/voix
Will Cameron: guitare/voix
Sara Blair: batterie

Suite à la parution de leur album Stomp The Radio (2006) le groupe s’est dissout pour des raisons oubliées selon Sara avec qui je me suis entretenue avant le spectacle. Nous revoilà plusieurs années plus tard avec les membres initiales qui recommencent à faire compositions et spectacles à mon grand plaisir. Car ce soir le trio démontre une belle chimie et un entraint à performer ensemble. Une rythmique endiablée d’une sonorité punk rapide à chaques chansons. La voix crépitante de Will Cameron nous ramène à cette vibration de pur punk de garage qui nous donne le goût de brasser la cage. Y a t’il un style autre que le punk où un feedback venant des ‘’amplis’’ et finissant la chanson fait partie du spectacle? En tout cas, c’est parfait et ça sonne vraiment comme j’ai
envi d’entendre, cette sensation de désordre impulsif. Drunk and Beat, Fashion Pigs, Drunken Salute et Get the Fuck Outta my Face seront des pièces qui entrent clairement dans mon répertoire de chanson à écouter encore très bientôt. Beau travail et bravo pour votre retour sur scène!

 

 

Les Tabarnaks

Samcore biogrow Gagnon: batterie
Samuel Gervais: basse
David Tabarnaks: voix
Ronnie-James Martin: guitariste et voix (back)

On m’avait promit une nouvelle attitude face à leur musique. Moins happy punk et festif, pour un remodelage de son et du vocal pour un résultat plus  percutant, plus dur. C’est effectivement ce que nos punks de la région de Québec nous ont servi. David Tabarnaks, au micro, nous démontre sa capacité à se démener et attirer notre attention. Il n’est clairement pas un poseur et surtout, nous amène dans une dynamique de frontman impliqué dans musique et dans son spectacle. Même si on ferait ‘’MUTE’’ sur sa prestation, de le voir dans toute sa férocité et sa gesticulation, ça nous laisserait le goût de le regarder…Il a le showbizz dans le sang. Avec des titres comme la Baston, Fourmis Ouvrières et Cerveau de Jello, on n’est clairement pas dans un livre de Molière, mais bien dans une littérature de rue, bien québécoise et qui ne fait pas de compromis. J’ai bien hâte d’entendre du nouveau matériel, car du même
coup cela voudrait dire que je vais les revoir sur scène!

 

 

A.S.K.

Pat Molotov – guitare et voix
Christian Jean – guitare et voix
Jayson Hébert – basse et voix
Danick Rivet – batterie

Maintenant, le clou de la soirée, venant directement de Montréal. Nous voilà avec les si attendus Anarcho-Socialist Kidz (ASK). On parle ici d’un groupe de musique skinhead et là oui je sais vous vous posez probablement plusieurs questions? Non on ne parle pas de mouvement néo-nasi, mais bien du mouvement ‘’working-class’’ britannique ayant eu ses débuts dans les années 60. Donc on parle plus d’un mouvement d’engagement social que de regroupement fachiste, je veux que ce soit clair à ce sujet. De ce fait, on s’attend à des textes engagés et contestataires. Que ce soit en anglais ou en français les ASK nous donnent une prestation très coordonnée, bien ficelée, avec un rythme rapide et qui va du ska au punk plus traditionnel (old school). Ils vont nous jouer la presque totalité de leur album Unis – United et dans la salle plusieurs membres des groupes précédents se joignent à l’assemblée pour animer la piste de danse. Pat Molotov aussi membre du groupe Molotov (Oi!) guide ses acolytes dans des mélodies sans freins devant nos assoiffés de ‘’brasse camarades’’ de la salle tout le long du spectacle. Belle prestation solide. Pleine de sourires en cette belle soirée où la coupe Mohawk fait parure de royauté! Ce fut un scénario parfait pour se replonger, se ressourcer dans cette vibration punk que j’aimais tant dans les années 80.

Le punk n’est pas mort c’est clair. Par contre, un sujet est revenu à plusieurs reprises lors de discussions avec certains membres de groupe et l’organisateur de l’événement Ben Ouellette sur leur entourage dans le milieu punk, que ce soit à Trois-Rivières, Montréal ou ailleurs au Québec. Ce n’est pas d’hier que la consommation de drogue dure y est associée. Mais les nouvelles substances sur le marché font un ravage jamais vu auparavant et cette communauté semble en souffrir de façon considérable. Certaines personnes attendues ce soir sont possiblement dans ce cas. En rien je ne veux être moralisateur, tout au contraire. En fait, je veux en profiter pour vous sensibiliser à cette situation. Entre autres ici au Parc Champlain, on y voyait plusieurs regroupements de ceux-ci…il y en a moins, non pas parce que ça va mieux: il n’y a rien de mieux dans l’isolement. Soyons juste plus vigilant et oui il y a des ressources. De plus, des spectacles comme ce soir doivent être un moment propice pour tous pour briser cet isolement et se sentir accepté, même si on se retrouve dans une passe où l’on se sent dépassé. Toujours préférable d’être tout croche en vie, que tout droit, mais mort. Prenez soin de vous!

-Christian Lamothe, Chroniqueur de l’Underground