Voici la critique de Dany Marchand et les photos prises par Charles-Alexandre Tourchot lors du spectacle de Scorpions présenté par Gestev et Live Nation au Centre Vidéotron de Québec le 24 août dernier et qui mettait également à l’affiche Thundermother.

Critique

C’est un mercredi pas ordinaire ce soir, car au retour à la maison j’aurai réalisé un rêve vieux de 40 ans. C’est un mercredi qui me ramène au jeune garçon qui découvre la musique derrière les pochettes hallucinantes des vinyles de la collection de mes cousins. Un type avec des fourchettes dans les yeux avait attiré mon attention et quand j’avais déposé l’aiguille sur le disque, mes poils dressés et ma chair de poule ont tout de suite appréciés. C’est ce mercredi soir que la pochette de Worldwide Live va prendre vie devant mes yeux de jeune métalleux avec des cheveux grisonnants et des yeux vieillissent, mais avec un cœur enflammé d’enfant.

 

Thundermother

Pile à l’heure, les lumières se portent sur quatre femmes en cuir et en feu.

Les mamans suédoises de Thundermother font leurs premiers pas en sol québécois et d’un pas très lourd. L’œstrogène en ébullition des rockeuses du quatuor réchauffe les planches d’un Centre Vidéotron bondé de monde à chaque niveau de siège.

Le son est très bon, mais la batterie manque légèrement de définition. L’éclairage est magnifique et les chorégraphies de scène sont exactement ce à quoi on s’attend pour le genre qui nous attire en ce lieu de culte des disciples du rock des 80’s ce soir.

Leurs compositions musicales sont puissantes et coulées dans le béton, chaque pièce est un vers d’oreille instantané. Les solos sont remplis d’émotions, les guitares nous font immédiatement hocher de la tête et taper du pied, la basse nous séduit de la manière qu’elle coule au travers la tempête de son et d’énergie déployée par ses consœurs dont j’inclus la solide performance de la percussionniste à la technique chirurgicalement précise.

Dommage que la plateforme avant scène ne soit réservée qu’à la tête d’affiche, car on voit que les mères veulent prendre d’assaut chaque parcelle de l’amphithéâtre. Musicalement, elles font directement leur chemin vers nos cœurs. Du gros wow, elles me rappellent les légendaires Vixen.

C’est avec une certaine tristesse que je les vois quitter la scène.

 

Scorpions

Aussitôt leurs révérences faites, le drapeau gigantesque de Scorpions vient occulter la scène et on voit que ça travaille fort et rapidement derrière. On s’attend à de quoi de gros, de grandiose et de spectaculaire.

Soudainement, la lumière ambiante s’éteint et le drapeau au logo du band s’illumine et tombe laissant place à un second drapeau qui nous demande are you ready to rock?  ce à quoi la foule répond avec aplomb!

Le dernier drapeau tombe et le magnifique, le grandiose, le spectaculaire nous saute au visage!

L’éclairage et la scène sont au-delà du wow, le quintette allemand est en feu, l’imagerie sur les écrans est conceptuelle pour chaque pièce. Aux percussions Mikkey Dee est omniprésent avec un élévateur de batterie illuminée de partout et de forme pyramidale où trône le dernier batteur de Mötorhead.

Rudolph Schenker a une énergie débordante, une forme physique incroyable pour un type de 73 ans et il occupe la scène comme un conquérant auprès de ses compatriotes Matthias et Pawel aux cordes.

Grandissime est la prestation dès les premières notes, on en a plein la gueule même avant d’entendre les gros tubes des légendaires stars du rock.

Klaus Meine est en voix, en santé et toujours aussi charismatique, arborant son costume de scène classique du béret, du cuir et des lunettes fumées. Il s’adresse à nous dans un assez bon français pour les quelques mots francophones qu’il nous offre.

En troisième pièce on met le feu à la foule avec la bluesy The Zoo. Ambiance d’amour et de fraternité pour la douce Send Me An Angel, avec les lumières de téléphones portables qui ajoutent leur magie à la féérique vue de l’assistance qui chantent à l’unisson.

Hommage aux poledancers sur les écrans pour Tease Me Please Me, il n’est un secret pour personne, l’attirance envers le corps féminin du groupe allemand depuis les premières pochettes d’album qui furent fort controversées.

La basse dans la récente The Seventh Sun est d’une perfection qui défie toute loi du son, on vibre dans chacun de nos neurones et chacunes de nos pores de peau ressent la même vague de plaisir.

Un grand coup de cœur de la soirée est d’entendre une version différente et adaptée d’un des plus grands classiques du groupe. Une pièce que j’étais saturée d’entendre après avoir été témoin de son succès radiophonique à sa sortie. Ce soir, on la ré-écoute avec de nouvelles paroles adaptées, mais malheureusement toujours dues à la division des peuples crée par la guerre et la politique. La version ukrainienne pour Wind of Change est allée directe au cœur. Avec un visuel sur les écrans qui rappelle aux souvenirs du passé et à l’espoir de la paix retrouvée. Vraiment c’était magistral.

La soirée continue sans cesse à coup de chansons récentes et de hits du passé le tout avec des images à couper le souffle. Tout y passe, chaque époque est visitée, on ressent le spectacle comme un testament ou un adieu tristement. Car sans rien se cacher c’est un des derniers groupes toujours debout de leur époque et même Whitesnake qui devait accompagner le groupe a dû s’incliner dû à la santé de David Coverdale.

C’est un concert plus que généreux qu’ils nous apportent avec 17 compositions incluant un monumental solo de percussions de Mikkey Dee qui donnera le départ à un blitz musical de succès immortels.

Blackout et Big City Nights semblaient être les derniers opus à être joué, mais dans un rappel demandé par une foule insatiable, nos légendes reviendront pour nous satisfaire avec les incontournables Still Loving You et Rock You Like A Hurricane qui auront raison de ma voix ainsi que celles de plusieurs fans réunies ce soir.

Sous la frénésie d’une foule conquise, les vétérans quittent en offrant plusieurs articles de scène (probablement une 50 aines de baguettes de Mikkey ont été distribuées) aux personnes présentes sur le parterre. Plusieurs salutations plus tard, Klaus et Mikkey sont les derniers à partir vers les coulisses avec un drapeau québécois sur les épaules de Mr. Meine.

Un rêve de 40 ans réalisé à la hauteur des Scorpions que nous aimons encore, et pour toujours!

-Texte: Dany Marchand
Photos: Charles-Alexandre Tourchot