Une soirée en montagnes russes

Il y a de ces spectacles métaux à l’affiche qui sont étranges. Parfois c’est l’agencement de sous-genres qui est original, parfois c’est l’ordre dans lequel se produiront les artistes invités qui a de quoi provoquer des grattements de tête. Vendredi dernier, ces deux conditions étaient réunies pour le spectacle de La Corriveau en tête d’affiche l’Agitée de Québec avec son tout nouveau concept scénique, une présentation de Félix de Solaris Booking. En effet, l’affiche se composerait des rockeurs industriels montréalais de Projekt F en ouverture de soirée, suivis d’un groupe hommage à Deftones appelé Blind Colors, des rockeurs glamour montréalais de D.O.H et enfin du Groove/Thrash Metal moderne avec la tête d’affiche. Preuve qu’il n’est pas toujours simple (je ne blâme personne ici!) de composer une affiche viable sans sortir d’un cadre parfaitement logique, cette soirée avait le mérite d’être prometteuse pour moi en termes de qualité des artistes présentés, puisque j’avais entendu beaucoup de bien de Projekt F et que j’avais déjà vu La Corriveau brûler les planches au lancement d’Aeternam. En prime, j’aurais la chance de découvrir D.O.H, que je ne connaissais pas et d’entendre un hommage aux légendaires Deftones. C’est donc avec un très grand plaisir que j’acceptai l’offre de l’hyperactif Dave Rouleau qui animerait la soirée et souhaitait que je fasse le rôle du critique grincheux pour éviter qu’il se retrouve en conflit d’intérêts.

Un peu passé 19 h, nous arrivâmes, la petite Julie et moi, à l’éternelle Agitée, où nous menâmes une brève conversation sur le thème des guitares et des « shredders » avec le sympathique routier de Projekt F qui fumait une cigarette à l’avant pendant que je terminais une dose d’énergie en canette. Nous fûmes bientôt rejoints par Dave et nous pénétrâmes à l’intérieur après avoir conjuré la gardienne des portes infernales, Dania Forget. Aussitôt, nous pûmes constater que seule une poignée de spectateurs étaient arrivés, hormis les artisans de la soirée : François C. Fortin à la console de son, Félix de Solaris Booking et sa collègue de Montréal Sophie Mousseau-Saint-Onge, qui est aussi gérante du groupe D.O.H. Après quelques intéressantes conversations, Dave prit place sur la scène pour lancer son énergique animation et nous présenter le premier groupe de la soirée, Projekt F.

Sur papier, la formation montréalaise en question officie dans l’univers du Rock/ Metal Industriel. Fondée en 2006 par le chanteur, claviériste et compositeur principal Jonh M. Miller, le groupe s’est vite fait remarquer avec un Ep, intitulé 0000 (2009) et en faisant paraître un premier LP, intitulé Skins au mois d’avril 2013. Le reste du groupe comprend : Dany Burton (batterie), William Hicks (basse) et Riff (Guitare). En ce vendredi pluvieux, ils se présentèrent sur scène avec leurs maquillages de scène typiques très réussis devant une salle malheureusement assez timidement remplie à peine au cinquième de sa capacité. Faisant fi de tout cela, le frontman encouragea les spectateurs présents à avancer, n’hésitant pas à multiplier les descentes dans la fosse, allant même à faire participer les spectateurs au chant (dont votre humble serviteur), notamment durant l’excellente pièce « Room 13 ». Tout le groupe livra une prestation marquée par une présence scénique de premier ordre, une énergie palpable et un professionnalisme de calibre international. Musicalement, le groupe livra des pièces d’un Metal Industriel typique qui, tout en n’étant pas forcément hyperoriginal, était terriblement efficace et bien exécuté. La simplicité de leur musique se révéla être la racine de leur succès, car elle se transmet très bien en spectacle. De plus, le groupe bénéficia d’un excellent son de la part de François C. Fortin qui nous permit d’apprécier la qualité du chant de Jonh, qui alterne entre voix cleans et screams et la précision des musiciens. Je fus donc impressionné par la qualité de la prestation de Projekt F, mais ne pus m’empêcher d’être déçu de la case horaire qui leur avait été décernée. En effet, d’après moi un groupe de ce calibre aurait dû jouer en troisième, juste avant la tête d’affiche, et non en premier devant un public encore timide à cette heure précoce. J’appris cependant par la suite que le groupe aurait dû jouer en deuxième (ce que je ne crois pas suffisant non plus), mais qu’en raison d’un problème de logistique il a dû laisser sa place à Blind Colors. Si vous ne connaissez pas ce quatuor, allez vite consulter leur page facebook.

Après une seconde intervention de Dave, qui avait plein d’albums à donner et faire tirer, ce fut au tour de l’hommage à Deftones, Blind Colors, d’exécuter son tour de chant. Aussitôt, le doute envahit mon esprit. En effet, je n’ai jamais été un grand maniaque des groupes hommages et je me questionnais sur la pertinence de mettre un tel projet sur une affiche entièrement composée d’artistes originaux et après Projekt F qui plus est. Dès les premières notes, mes doutes furent en partie dissipés; oui, le rythme de la soirée était un peu cassé en raison de l’ordre des artistes, mais l’hommage qui nous était présenté était de très bonne qualité. Interprétant une série de succès de son légendaire mentor avec conviction, précision et talent, la troupe de Marc-André Gionet (chant, guitare) me transporta mentalement à l’époque de mon adolescence où se mélangeaient Nu Metal et Rock alternatif. Répliquant à merveille les sonorités du groupe et le chant caractéristique de Chino Moreno avec l’utilisation de maintes pédales d’effets, il ne suffisait que de fermer les yeux pour se croire dans un vrai spectacle de Deftones. Blind Colors a donc assuré une très bonne prestation, quoiqu’elle ne parvînt pas à me faire oublier le drôle de contexte dans lequel elle était placée, mais qui s’expliquait sans doute par le fait que le chanteur de la formation avait eu droit à toute une journée, se levant à 4 h du matin pour aller travailler à Montréal et revenir en soirée pour le spectacle, comme il le précisa dans une intervention entre deux pièces. Ils n’ont donc certainement pas eu le choix d’échanger leur place avec Projekt F.

Après un interlude où je pus faire connaissance avec un de mes collègues d’Ondes Chocs, le très sympathique Pat Graham et aussi avec Dany Burton de Projekt F et le photographe Phil Rousseau, Dave remonta sur scène pour introduire D.O.H. Avec des titres de chanson clichés tels que : « Speed Legend », « Hollywood Baby » et « Turbo Cowboy », le quintette de la Métropole pratique un Glam Rock/Metal tout ce qu’il y a de plus classique qui rappelle fortement les belles années de Motley Crüe, Poison et compagnie. La formation est composée de : Bross (chant), Alex Firebert (guitare), Chuck Stevens (guitare), Mitch Michon (basse) et Nikko Cyr (batterie). Sur scène, le groupe arriva fringué de façon si « années 1980 » que je ne pus réprimer un rire : foulards roses, veste en poil de minou, torse, nus, leggings trop serrés en paillettes et basse aux couleurs de l’Union Jack qui s’allume! Toutefois, le clou était le chanteur gogo-boy vêtu d’une panoplie de cowboy sado-maso avec les jambières de cuir et le fouet en fausse peau de serpent en prime. Côté musical, leur prestation allait se révéler excellente, dans le genre. Bien que leur style de prédilection soit loin d’être original en 2013, les musiciens donnent effectivement une performance précise et énergique qui démontre une très bonne maîtrise de leurs instruments respectifs. Le groupe sortit même des limites de son style pour nous offrir une reprise d’Anthrax, soit « Efilnikufesin (N.F.L.) » tirée du célèbre album Among The Living. Là où leur prestation souffrit un peu, ce fut du côté de leur aspect théâtral. En effet, le chanteur devait tenter un striptease devant le public qui était maintenant mieux garni et comptait de nombreuses filles qui semblaient être là pour eux en particulier. Cependant, le tombeur de ces dames se retrouva bientôt coincé dans ses jambières de cuir dont les lacets étaient pris dans le poil de ses pantalons ce qui donna lieu à une interminable scène cocasse qui provoqua l’hilarité de Dave, Pat Graham (qui immortalisa le tout!), ma blonde et moi. Tout cela lui fit manquer quelques lignes de chant, mais il poursuivit quand même avec des danses homos érotiques autour de son guitariste (WTF!) qui semblèrent plaire aux dames présentes. Leur prestation fut donc très divertissante, même si je ne suis pas parvenu à savoir si le groupe se prend au sérieux ou s’il se veut satyrique. Vous pouvez écouter leur musique en suivant ce lien.

Le tour de montagne russe tirait maintenant à sa fin et Dave monta sur la scène une dernière fois pour présenter La Corriveau. Le quintette originaire de Québec venait nous présenter un setlist pleine longueur se concentrant sur son excellent premier album, Soul Possession, sorti l’an passé, combiné a une toute nouvelle approche scénique comprenant des projections et une belle petite mise en scène. Pour ceux qu’ils ne les connaitraient pas encore, La Corriveau est un groupe qui joue un Heavy Metal moderne fortement teinté d’influences Thrash Metal et de Groove Metal à Pantera et Machine Head. C’est pesant, efficace et drôlement bien composé. La formation est constituée de : Marc Légaré (guitare rythmique), Diamond (chant), Glitche (batterie), Jasper (guitare soli) et Tim (basse). Débutant sa prestation avec une introduction enregistrée couplée d’une projection sur écran, le groupe enchaîna immédiatement son superbe single « Find A Way » de manière impeccable, professionnelle et débordante d’énergie. Toute la prestation du groupe fut d’ailleurs irréprochable y compris la mise en scène vers le dernier tiers de leur setlist qui comprenait un prêtre satanique et son chariot rempli de reliques qui fit une incantation avant retourner dans les profondeurs de l’Hadès. Les spectateurs, qui occupaient environ le tiers de la capacité de l’Agitée, semblèrent fortement apprécier la prestation livrée par la formation qui est certainement destinée à devenir une force majeure du Métal québécois. Je me serais d’ailleurs attendu à une foule bien plus imposante un vendredi soir pour un groupe de ce calibre, mais ce qui compte c’est que La Corriveau a assuré. Je vous encourage fortement à découvrir leur musique, si ce n’est pas encore fait en visitant ce site.

Enfin, malgré une affiche drôlement composée et variée, Solaris Booking nous a présenté une soirée métal de qualité où chacun des groupes a su tirer parti de cases horaires pas nécessairement avantageuses de prime abord. J’espère que Projekt F, entre autres, pourra jouer à une heure plus tardive à son prochain spectacle et que les spectateurs seront plus nombreux pour l’excellent groupe de Métal qu’est La Corriveau la prochaine fois qu’ils joueront dans leur patelin. Je souhaite aussi féliciter Blind Colors pour son hommage très bien monté à Deftones. D.O.H. a aussi un très grand talent dans son style, mais l’aspect théâtral sera à peaufiner pour éviter les problèmes techniques. Encouragez la scène locale, mécréants!

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas

 

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Saint-Georges Hardcore

Salut gens d’Ondes Chocs! Voici ma critique du show All Day, Wrong Hands et Nuke ainsi que Carey et Hunt The Shark. Ce show avait lieu à Saint-Georges de Beauce samedi dernier, le 11 mai. C’est après une bonne journée de travail que j’ai pris la route pour aller chercher des amis et monter en Beauce. Arrivé là-bas, on entre et je fais le tour pour aller faire mes salutations, pour ensuite aller me poster sur le côté du ‘floor’. Les tests de son n’étant pas terminé, j’écoute pour me faire une idée de ce qui s’en vient.

Voilà Hunt The Shark, une formation metalcore de Québec. C’était la première fois que je les voyais ‘live’ et, franchement, je n’ai pas été déçu. À 20h tapant on a entendu les premières notes. Un son très lourd et mélodique à la fois. Durant la première chanson, on pouvait très bien distinguer tous les instruments… dommage que ce soit gâté par la suite. On aurait dit que tous les instruments étaient très fort et non miké, que tout devenait une grosse boule de son. Malheureusement, on a pas pu entendre les vocals du drummer Nicolas Boivin. Par contre, bonne  présence scènique, bonne attitude et bon premier show pour le guitariste Louis André. Vous aurez la chance de les revoir et entendre le 8 juin prochain au Bar la Source avec Dallas Strip Club, Counts et The Undeniable Truth.  Vous pouvez aussi aller écouter les deux chansons qui figurent sur leur page facebook et je dirais que ça se rapproche pas mal des artistes qui apparaissent sur Trustkill Records. Ici, je pense à Throwdown et Bleeding Through.

C’est maintenant le temps pour Carey, une formation hardcore de East Broughton et ce n’est pas la première fois que je les vois et entend et à chaque fois ils comblent mes attentes sans aucun problème. Les gars vous transportent dans une ambiance où les lumières sont tamisées et tout ce que vous avez à faire, c’est fermer les yeux pour partir dans leur trip. Pas de mosh, on ne veut pas de coup de pieds partout, seulement écouter.  Dès le départ, on sent un son hardcore très agressif et plus le show avance, plus on sent les éléments post-rock s’incorporer dans leur musique. Les pièces « Born as a Man » et « Buried » que vous pouvez écouter sur leur page Quebecpunkscene. Vous pouvez aussi acheter leur EP « Desolation », qui est sorti au mois de mars, chez Exoshop.

Nuke et Wrong Hands, je vous parle des deux formations dans le même chapitre car j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de ressemblances. Tout dabord, ce sont deux bands hardcore de Montréal qui font parti de la famille Lifers Records comme Harriers, Enforcers et Plus Minus. De plus, deux membres, sois Victor et Shawn, font parti des deux groupes. Ils occupent respectivement les postes de guitariste et drummer. L’Influence de Slayer se fait ressentir dans la mélodie des guitares et dès les premières notes de Nuke, le club Aramis est devenu sens dessus dessous. Les beaucerons se sont réveillés!  D’un côté, les bières éclatent tandis que de l’autre les pieds et poings volent. Les mélodies de guitare de film d’horreur sont bien présentes ainsi qu’un vocal old school et agressif. J’ai vraiment apprécié les deux performances et je vous les conseils si l’un ou l’autre passent dans votre coin.

Maintenant, la formation locale, All Day.  Groupe vétéran de la scène hardcore beauceronne avec comme frontman Yannick Karl Giguère, qui est aussi booker de ce show et d’autres évènements métal/hardcore en Beauce.  Un son des années 90 qui est marqué de bons breakdowns directement dans notre face.  Ils attaquent leur set en force avec des morceaux tirés de leur premier album ainsi que de leur EP sorti en 2012. Les gars nous ont aussi offert trois nouvelles pièces qui apparaîtront sur un nouvel enregistrement qui devrait voir le jour au courant de l’année. Comme cadeau de clôture, le groupe nous a offert le titre « Been a Long Time » pour une dernière fois. Le 31 mai prochain, c’est à leur tour de nous rendre visite à Québec et c’est au Bar la Source que le tout se déroulera. La soirée mettra aussi en vedette les formations Strike Out de Victoriaville, Hardknock de Sainte-Marie et Hopeless Youth de Mtl.

La soirée tire à sa fin et la fatigue se fait sentir dans mon corps. On ré-embarque dans ma voiture pour un retour dans la vieille capitale. Très satisfait de ma soirée tous comme mes acolytes, ainsi que de belles découvertes musicales. Sur ce, je vous dis salut et à bientôt dans une soirée qui brasse près de chez vous!

 

-John

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Critique d’Album: Harakiri for the Sky – « Harakiri for the Sky »

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Harakiri for the Sky 

« Harakiri for the Sky »

2013

 

Bon, je vais probablement me faire crucifier sur l’autel des parjures ou encore me faire donner en offrande dans un rituel païen quelconque pour mes prochains propos mais oui, c’est bien vrai, j’ai adoré le EP d’Harakiri For The Sky sorti il y déjà quelques temps sur Art of Propaganda. 

Oui, oui, vous avez bien lu. J’aime bien la nouvelle vague, dite de post-black métal, qui incorpore des éléments post-rock aux ténébreuses abysses des sonorités du black pour créer une atmosphère mélodique et mélancolique sans pareil. Donc, avant que vous ne commenciez à me traiter de tous les noms possibles et inimaginables ou que vous me psalmodiez vos injures et vos idéologies qui me rappelle celles du Vatican sur le pourquoi du comment le black métal devrait rester ancré dans le moyen âge, s’encrasser dans le statu quo, s’enraciner dans le passé pour protéger des valeurs qui semblent appartenir à l’époque de la glaciation quaternaire, je vous invite poliment à retourner vénérer vos divinités septentrionales et votre style de vie viking et de me ficher la paix avec toutes ces absurdités puisque je m’en balance comme du mur des lamentations.

Par contre, si vous êtes un amateur d’Austere, Amesoeurs, Grey Waters, Lantlos, Heretoir, Todtgelichter, Ellende et plus nouvellement, De Arma, je vous invite fortement à porter une attention particulière à la formation autrichienne nommée ci-haut car, à mon avis, elle en vaut vraiment le détour.

Soite, il n’est pas faux de dire que certains de ces groupes aux mélodies un peu plus accessibles attirent (malgré elles?) des fanatiques de musique de tout acabit. Que ce soit le punk rockeur en mal de révolution, le métalleux qui se noie dans l’écume de la commercialisation qui pervertie sa propre scène, l’amateur de hardcore ou même le plus forcené des guerriers nordiques qui se voit dans l’obligation d’abandonner le drakkar parce que sa propre culture se refuse elle-même l’exploration d’eaux moins dogmatiques, personne ne reste indifférent face à ce son émergeant qui semble définitivement en déranger plus d’un.

Derechef, il va sans dire que tout ce beau monde n’arrive pas seul. Ils apportent avec eux tout un bagage d’influences musicales et, du même coup, tout un nouveau flot d’idées, concepts et opinions qui ouvrent de nouveaux horizons, notamment en ce qui attrait au discours tenu dans les textes et au idéaux prônés qui, avouons le, n’ont absolument rien à voir avec les préceptes habituels du black métal et de ses hymnes à propos du sang de la vierge marie, de l’épée de Conan ou encore du plaisir de faire la conversation avec une roche vieille de plus de 10 000 ans dans la tranquillité d’une forêt mystique.

Toutefois, force est de constater que parfois on pousse probablement la note un peu trop loin et nous avons ainsi droit à des formations qui s’égarent un peu trop des sentiers battus – je pense, entre autre, à l’over rated formation Alcest et son très moyen dernier album, Les voyages de l’âme. Mais détrompez-vous, je n’ai absolument rien contre le fait de faire évoluer son groupe au-delà des pseudos balises en place. Non, rien à voir. Seulement, je crois qu’il faut tout de même se garder un certain degré de latitude à explorer pour ne pas tomber du côté obscur de la lumière…mais peu importe, continuons.

Généralement, l’attitude empruntée par les groupes de cette nouvelle vague se rapproche étrangement de celle des punks des années 80 avec leur côté DIY (Do It Yourself) et leur éthique pour un monde plus juste et plus propre. Certains d’entre eux vont même jusqu’à préconiser un style de vie plus engagé et plus vert, exempt de toute drogue et, par dessus le marché, végétalien. Ils insistent sur le respect de la nature qui nous entoure et sur l’importance de préserver nos fébriles écosystèmes de la main destructive de l’homme. Évidemment, tout cela gravite autour d’un fort sentiment athée. Des idées qui, vous conviendrez, détonne violemment avec l’habituel souhait de voir le monde brûler dans les flammes de l’enfer pour l’éternité ou encore de le voir disparaître sous le givre des neiges éternelles pour des siècles à venir.

La coupure est à ce point drastique qu’elle enflamme les passions sur les médias sociaux et crée de nombreux débats sur les forums de discussion du merveilleux monde de l’internet. Une récente anecdote en lien avec ceci m’a particulièrement fait rigoler et je ne peux m’empêcher de la partager avec vous. Vous me pardonnerez donc cette légère interruption mais je me dois de relater ce pathétique épisode.

Donc voilà, l’excellente formation allemande Thränenkind (qui a évolué vers ce style musical avec le temps) ayant décidé d’apporter un peu de nouveauté pour la sortie de leur prochain opus (album intitulé The Elk qui devrait sortir au courant de la prochaine année)ont publié, via leur mur Facebook, une image qui nous montrait à quoi pourrait bien ressembler un futur gilet et du même coup, nous donnait une bonne idée des valeurs véhiculées par la formation. Une publication qui, au départ, se voulait fort banale et routinière mais qui s’est vite transformée en un un débat endiablé sur l’orientation sexuelle des membres et sur le fait qu’il ne sont pas dignes de leur porte-étendard.

Voyez-vous, la banderole en question, sobre mais efficace, rappelait un peu celle du groupe punk activiste canadien Propagandhi du temps de leur très politisé album Less talk, More rock. En effet, tout en haut, on pouvait lire le nom du groupe en blanc sur fond noir et juste en dessous, un gros A dans un cercle nous laissait tout de suite deviner leur penchant pour l’athéisme purificateur. Autour de celui-ci, les slogans «green-minded, anti-fascist, drugfree et anarchistic» formaient un autre cercle. Mais la vrai perversion de ce logo, l’outrage ultime, l’odieux sacrilège commis par Thränenkind, était que tout en bas, on pouvait clairement lire en grosses lettres blanches: VEGAN STRAIGHT EDGE BLACK METAL. Voici le lien pour les intéressés.

En quelques minutes, des tonnes de commentaires haineux à leur égard commencèrent à pleuvoir comme le jour du déluge. Tous et chacun se permettant de donner son opinion et d’étaler ses théories sur le satanisme et blah blah blah. Un vrai cirque! Je vous ne vous dit pas.

J’imagine que le groupe suivit le débat avec recul, mais surtout avec un regard amusé puisqu’il ne fallut d’à peine quelques heures avant qu’une réplique de leur part ne soit publiée.

Devant autant de colère, de haine et d’inepties, Thränenkind décida donc de publier un commentaire indiquant qu’à l’avenir le groupe se dissocierait complètement du mouvement black métal et de tous ses belliqueux puristes et élitistes figés dans le passé. La formation laissait derrière elle la nature archaïque et rétrograde de ce mouvement en remplaçant tout simplement le terme black métal pour celui de post-hardcore sur leur bannière. Maintenant, on peut lire sur la page Facebook de la formation que Thränenkind pratique un post-crustcore agrémenté d’une touche de post-rock. Haha! Je ne sais pas vous, mais moi, ça me fait bien marrer!

Bien sur, ce ne sont pas tous ces groupes qui optent pour cette vision et qui la partagent mais on sent qu’un vecteur pousse dans cette direction et en ce qui me concerne, j’en suis plus que satisfait!

Bon, cette petite incartade terminée, revenons à nos moutons et au EP D’Harakiri For The Sky.

Comme je disais en introduction, j’adore tout simplement cet album (et grâce aux merveilles des convertisseurs de vidéo Youtube en mp3, ça doit faire plus ou moins un an et demi, sinon plus, qu’il tourne régulièrement sur mon Ipod) et je ne me lasse toujours pas de l’écouter.

Ce qui me plaît particulièrement est que la formation ne tombe jamais dans le cliché mélodramatique avec ses insertions Post-rock. On ne s’éternise pas pour rien et on circonscrit au minimum les moments planant. Choix judicieux qui donne exactement la bonne dose et vous garde en alerte pour la suite.

À dire vrai, la qualité des sections de ce type sont telles que je suis bien obligé d’avouer qu’elles sont parmi les meilleures que j’ai eu la chance d’entendre jusqu’à ce jour. Elles s’incorporent aisément et judicieusement au travers d’une musique meurtrie mais sans jamais s’enliser dans un vortex de douleur et de souffrance qui peut finir par dégoûter et nous donner l’envie de lancer le disque par la fenêtre. Cependant, et ce sans aucun doute, nous avons droit à une musique tourmentée. Mais à mon avis, elle se situe plutôt dans le cadre d’un black métal mélodique qui flirte avec le rock mélancolique plutôt qu’avec le black dépressif.

Certes, Harakiri For The Sky ne réinvente pas la roue. Mais avec ce premier effort, il réussi tout de même à la faire tourner foutrement bien. Les arrangements sont ingénieux, la voix est juste et les courts moments de clean vocal auxquels nous avons droit (02:19 AM, Psychosis) ne viennent en rien gâcher le ton mais polissent plutôt avantageusement le grain guttural de J.J., chanteur de la formation. Les positions restantes derrière chacun des instruments étant tous comblées par M.S., seul et unique compositeur du groupe, Harakiri For The Sky ne sont donc que deux pour accomplir la totalité des tâches mais réussissent sans contredit à créer une musique hyper immersive et dès les premiers instants de Lungs filled with water, première des 5 pièces du EP, on s’oublie et s’abandonne totalement dans l’ambiance.

Aussi étrange que cela puisse paraître, cette musique me détend et c’est plus souvent qu’autrement que ce disque m’accompagne dans les bras de Morphée ou encore qu’il vient combler le vide sonore d’une soirée illuminée de quelques lampes à l’huile et bougies. Un album parfait pour une trame de fond et structuré pour passer un moment plus tranquille avec soi-même, voire même, en bonne compagnie.

Je crois que finalement, il faudrait aussi souligner l’excellent travail au niveau des guitares qui nous bercent constamment de mélodies à la fois mielleuses et nostalgiques mais aussi plus dures et grinçantes. On joue constamment entre des riffs qui semble vouloir nous faire exploser les coutures du cœur et d’autres qui vous donnent tout simplement envie de démolir des villes entières. Une belle réussite si vous voulez mon avis.

Tout ceci considéré, je vous invite fortement à vous procurer le format DIGIPAK de ce EP juste ici car je ne crois pas que vous le regretterez et vos 11 Euros plus shipping auront été définitivement bien investis.

Pour ma part, j’attends toujours la version vinyle qui devrait sortir d’ici la fin de l’été (toujours via Art of Propagandha) et qui contiendra une pièce inédite.

 

Sur ce, bonne écoute.

 

Cheers!

 

 

La Décapiteuse #10

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SOULHEALER – Chasing the Dream

 

Dans les deux dernières semaines, j’ai commencé à me garrocher dans un trip de métal old-school des années fin ’70, début ’80. C’est pas un secret pour personne qui écoute mon show ou qui me connait plus personellement; le rock, ça fait grandement partie de ma vie. Je ne suis pas qu’une ‘metalhead’ qui veut faire carrière dans le domaine, mais également quelqu’un qui reconnaît les racines de la musique à laquelle on est tous accros chez Ondes Chocs. Je tripe vieux BLACK SABBATH, LED ZEPPELINPINK FLOYD et même KISS. Le blues a le don de me faire partir dans un état méditatif quand j’en entends, verre de bière en main, à me prélasser dans l’extase du fait que l’âme du musicien est dévoilée sans l’ombre d’un mensonge dans le contexte d’une pièce musicale qui sonne démo de garage sans l’aide d’un maudit attirail ProTools pour enlever le côté live et sacré de la vibe d’un album.

Honnêtement j’suis crissement gâtée cette semaine. En me claquant « Chasing the Dream » des Finnois SOULHEALER, une pensée m’est venue en tête; ces temps-ci, le monde ont tendance à se faire des idoles « faciles » dans le domaine du heavy métal mélodique. On dirait qu’en général, les oldschoolers qui fouillent intensément sans peur de se river le nez à la recherche de groupes New Wave of British Heavy Metal ou influencés par le mouvement, sont des spéciments assez rares. Un label comme Pure Steel, avec son counterpart High Roller et un autre sous-label du même réseau, Pure Legend; c’est une team de gars qui écoutent que ça et qui sont toujours à l’affût pour ces types de bands et sont même prêts à re-lancer certains albums sortis dans les années ’80 sur le marché, question de prendre les fans de rock d’aujourd’hui et les faire découvrir du stock qui est sorti avant qu’ils viennent au monde. Ça devrait vous suffire pour porter une maudite belle attention aux prochains contrats distribués par eux.

Reste que « Chasing the Dream », c’est un album qui a vu le jour le 10 Mai. Ça empêche pas que c’est du old school ‘traditional heavy metal’ qui sonne exactement comme j’veux l’entendre. Ces gars-là admettent de plein gré qu’ils n’auraient jamais formé ce groupe si c’était pas d’IRON MAIDEN et ils ne cachent pas leur enthousiasme pour le style de Jake E. Lee, que j’entends au coeur de leurs grooves, et des solos d’un bord à l’autre du CD. Le chanteur a une approche qui m’a carrément rappelée Paul Stanley. Son aisance et son énergie c’est du contagieux suprême. Le riff principal de chacune des tracks est efficace; y’a pas moyen de déloger l’espèce d’impression qui te rentre dans le système à partir de la troisième track que ces gars-là, s’ils avaient le degré d’attention qu’ils méritent parfaitement, pourraient se tailler une place de choix parmi les grands de la scène. Ma foi, ils ont pas peur de jouer ce qu’ils ont sur le coeur; donnez leur une chance.

MAGISTER TEMPLI – Lucifer Leviathan Logos

 

Question de venir compléter et balancer le feel invoqué par « Chasing the Dream », MAGISTER TEMPLI est un autre album que j’ai pu déguster cette semaine grâce à Cruz Del Sur Music qui n’ont sérieusement pas tendance à ‘releaser’ des navets – je ne me rapelle pas la dernière fois qu’ils ont réussi à me faire bailler ou à me laisser tout simplement de glace. MAGISTER TEMPLI, c’est un mélange de rock théâtral, avec une touche de vieux SABBATH, saupoudré d’une influence MAIDEN assez claire avec leur approche NWOBHM entrecoupée de passes un peu néoclassiques, et évidemment, je ne peux pas laisser de côté l’approche assez King Diamond du frontman qui évoque souvent ses influences Dio également, dépendamment de ses tonalités, et les comparaisons à MERCYFUL FATE sont carrément partout dans les média que j’ai pu voir et j’ai pas mal de misère à les réfuter moi-même. Cet album-là c’est du staple, et comme je l’ai mentionné cette semaine pour ceux qui me suivent sur Facebook – c’est le genre de stock qui est carrément méditatif. S’imaginer dans un genre de grenier sombre et creepy à écouter ça sur du vinyl ça donne un feeling assez sacré; garroche des tounes efficaces et sans pitié comme « Lucifer » et « Innsmouth Look » dans le tapis, et peu importe t’es qui, tu vas réussir à comprendre pourquoi un retour aux sources, c’est aussi nécessaire pour catcher la raison d’être de la scène métal et son évolution de la fin des années 60 jusqu’à 2013.

Vous en voulez plus? Je tergiverse sur tous les albums que j’ai entendu en semaine quand j’suis en ondes tous les dimanches à 20h avec « C.R.O.C. Underground Metal » sur Ondes Chocs Radio et de plus, j’ai re-lancé mes mini-reviews sur Facebook pour mes confrères sur les labels qui me shootent les albums et pour la belle gang d’Ondes Chocs. La Décapiteuse, c’est un condensé de mon travail de la semaine, suivez-moi de près pour la totale.

 

-Noch

 

 

Bref!

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Vers la toute fin des années 1970 et au début des années 1980 apparut, principalement aux États-Unis, un nouveau courant musical, l’Hardcore-Punk. Combinant le nihilisme et l’anticonformisme des premiers groupes Punk avec l’agressivité et la puissance du Metal des premières heures, des groupes tels que : Black Flag, Bad Brains, Minor Threat, 7 Seconds, Dag Nasty et Misfits naquirent et révolutionnèrent la musique rock en général avec des chansons extrêmement courtes, parfois quelque secondes seulement, mais aussi violentes et efficaces. Le courant grandit, essaima et influença à son tour d’autres courants comme le Thrash Metal et des groupes comme : Celtic Frost, Bathory, Mayhem, Slayer et Metallica, qui en adoptèrent différents aspects avant de les intégrer dans des recettes toujours plus violentes, jusqu’à l’apparition de déclinaisons encore plus démentes comme le Grindcore de Napalm Death, par exemple. Or, au début des années 1990 apparut un courant qui allait être l’incarnation probablement la plus radicale et intransigeante de l’Hardcore Punk : le Powerviolence. Caractérisé par une rapidité hors du commun, des pièces extrêmement courtes, de constants changements de tempo, des breakdowns à la rythmique étrange et des thématiques lyriques politiquement et socialement chargées, ce genre difficile d’accès pour les masses connaîtra un développement toutefois intéressant dans la contre-culture des souterrains urbains crasseux. Tout cela nous mène au sympathique Pierre-Luc Germain, un organisateur de spectacles DIY qui avait concocté une soirée Powerviolence en invitant Despise You, un groupe très influent du genre fondé en 1995, à faire un arrêt à l’Agitée jeudi passé. Trois groupes québécois officiants dans le même univers seraient aussi de la partie : Vile Intent, Fistfuck et les chimpanzés enragés d’Apes (trop facile!). La table était donc mise pour une autre soirée violente et malsaine dans le temple de la musique underground.

Arrivés à ma résidence secondaire, c’est-à-dire l’Agitée, vers 19 h et des poussières, moi et ma précieuse Julie Bédard rencontrâmes l’organisateur de la soirée qui nous fit bénéficier de l’accès à la salle (merci beaucoup!) et allâmes rejoindre les quelques spectateurs et musiciens déjà arrivés sur la terrasse afin de laisser libre cours à notre alcoolisme. Bien que le ciel se fit menaçant et laissait présager un orage, l’ambiance était très décontractée et nous apprîmes rapidement que le spectacle prévu pour 19 h 30 commencerait avec du retard en raison de délais routiers pour certains des groupes invités. Tout cela nous permit de discuter brièvement avec Pierre-Luc Germain, qui travaille parfois avec Karl-Emmanuel Picard de District 7 Productions, mais organise aussi parfois des spectacles plus DIY pour ses amis musiciens, comme c’était le cas en ce jeudi. Pendant ce temps, la terrasse se remplissait avec un débit régulier et peu avant 20 h 30, au même moment où la pluie semblait vouloir débuter, Apes s’installa sur la scène et nous nous dirigeâmes à l’intérieur.

Apes est un quatuor de Québec qui se spécialise dans une forme très sombre de Grindcore/Hardcore caractérisée par des motifs de guitare distordue simples, lourds soutenus par une rythmique pesante et agrémentés d’une basse bourrée de distorsion. La voix du chanteur est composée de hurlements gutturaux malsains qui entraînent l’auditeur dans un univers sans issue et sans espoir. Lors de leur entrée sur scène, les spectateurs occupaient environ le tiers de la capacité de l’Agitée et se tenaient, probablement craintifs, au fond la salle. Le chanteur de la formation décida donc d’aller les chercher en exécutant l’ensemble de sa prestation directement dans la fosse, manifestant ainsi une attitude agressive tout à fait appropriée au style musical de son groupe. Celui-ci ne se gêna d’ailleurs pas pour inviter les spectateurs à se rapprocher à plusieurs reprises ce qu’ils n’eurent pas trop le choix de faire en raison de l’arrivée régulière de nouveaux venus. Le reste du groupe resta quant à lui installé sur la scène livrant leurs pièces, généralement de durée moyenne (entre une et deux minutes) pour le genre avec une relative sobriété, quoique non dénuée de mouvement. Apes livra donc une très bonne prestation bénéficiant d’un son très puissant, cependant celle-ci fut de trop courte durée. En effet, lorsque le groupe descendit de scène après à peine une vingtaine de minutes de prestation je restai plutôt sur ma faim. J’en aurais pris beaucoup plus! Ce sera pour une prochaine fois, car le groupe se reproduira le 21 juin prochain à l’Agitée avec Masakari, Khan et Rope. Vous pouvez écouter deux pièces du groupe en suivant ce lien.

L’orage était maintenant bien entamé dehors, la foule se faisait plus compacte et c’était maintenant aux vétérans de Fistfuck de monter sur scène. Le quintette qui définit son style comme Grind n’Roll existe en effet depuis 2003 et a trois albums pleine longueur, deux splits et un EP à son actif. Le groupe s’était dissout en 2008, mais s’est reformé en 2009 et se compose maintenant de : SteveJonk (voix, aussi dans Disjonktation et Mesrine), Déro (guitare), Dallaire (guitare), Crocko (basse, aussi dans Bombnation et Mesrine) et Yvan (batterie, aussi dans Disjonktation). Musicalement le groupe était le plus différent de la soirée, car celui-ci mélange son Grindcore aux thèmes humoristiques et absurdes avec des influences Rock qui se manifestent par des chansons plus structurées, longues et développées que celles du reste de l’affiche. Leur prestation, en ce jeudi soir orageux, fut puissante, intense et menée de main de maître par Steve, le frontman très habile avec son humour particulier entre les chansons et ses hurlements caractéristiques du Grindcore. Voici une jolie citation de ce dernier entre deux chansons : « Je trouve qu’il n’y a pas beaucoup de filles qui dansent en avant du stage! Allez-y, Fistfuck c’est de la musique de filles! » (LOL). Les autres musiciens ne furent pas en reste avec une performance précise et efficace, qui démontrait tout le savoir-faire de ces « grindeux » expérimentés. La foule démontra son appréciation en formant les premiers moshpits de la soirée, qui furent toutefois timides en raison des propriétés hautement glissantes du planché maintenant détrempé par les spectateurs qui arrivaient de dehors. Après un set qui tournait autour des trente minutes, Fisfuck céda la place au prochain groupe de la soirée. Si vous ne les connaissez pas, allez visiter leur Bandcamp.

Le quatuor de Powerviolence montréalais Vile Intent monta alors sur la scène pour livrer ses pièces de quelques secondes chacune. Le groupe pratique une forme particulièrement intransigeante de ce style qui frise parfois le Noise avec une utilisation forte de feedbacks de guitare contrôlés, de passages carrément piochés et déstructurés garnis de voix hurlées du chanteur et du guitariste se situant entre le guttural du Grindcore et le cri purement Hardcore de la vieille école. Le tout donne une impression de violence à peine contrôlée particulièrement réussie, se combinant à des thématiques nihilistes, politiques et sociales. En cette soirée leur prestation fut particulièrement bien menée du point de vue musical, ce qui n’a rien d’étonnant, compte tenu de la relative simplicité des pièces jouée, hormis la batterie parfois drôlement syncopée et changeante. Du côté de la présence scénique, leur prestation ne m’a cependant pas tout à fait convaincu. En effet, j’ai trouvé étrange que le chanteur laisse toujours le guitariste parler entre les chansons et aussi qu’il restât plutôt statique au centre de la scène hormis quelques brassages de tête. L’interaction avec les spectateurs en souffrit un peu, mais la performance d’ensemble du groupe fut quand même réussie d’après les réactions positives de la foule plus bruyante et active qu’auparavant. Après un bref setlist d’une demi-heure environ, le groupe se retira sans cérémonie pour faire place à la tête d’affiche. Le groupe conserve une esthétique très DIY et n’a pas de Facebook, ni de myspace, ni de Bandcamp et garde le mystère, tout comme Apes d’ailleurs, sur l’identité de ses membres. Vous pouvez cependant écouter et télécharger leur musique au lien suivant.

Le mythique groupe californien Despise You s’installa alors assez rapidement devant une salle maintenant aux trois quarts pleine, alors que j’eus la chance d’avoir une conversation sur les subtilités de la prononciation française avec le guitariste Phil Vera, qui me demandait comment se prononçait le mot « noire » de « bière noire » et le mot « veux » de « Je veux » pour commander son rafraîchissement favori dans la langue de la Belle Province! L’excitation était à son comble dans la salle, ce qui a sans doute un lien avec le fait que le groupe s’est relativement rarement produit sur scène malgré ses dix-neuf ans d’existence. En effet, le chanteur et leader du groupe, Chris Elder, a longtemps refusé de faire des spectacles en raison de son trac excessif et le groupe n’a pris la scène d’assaut qu’après sa reformation en 2006. De voir le quintette d’Inglewood faire un arrêt à Québec sur sa tournée de cinq dates était donc une chance inouïe. Pour les non-initiés, Despise You est un des groupes les plus influents du courant Powerviolence. Leur musique est composée de pièces extrêmement courtes basées sur des motifs de guitare sale très punks et agressifs et des paroles traitant de la vie de rue, de la consommation de stupéfiants, de misanthropie et de brutalité policière. Le groupe a aussi l’originalité de combiner les voix hurlées de Chris Elder avec les cris féminins de Cynthia Nishi, ce qui est plutôt rare dans ce style. Livrant une succession de brèves pièces efficaces avec une énergie palpable et une attitude sans compromis devant une foule conquise et active, Despise You nous prouva en cette soirée que son statut de groupe mythique ne se base pas sur du vent. En effet, la prestation fut enlevante avec son rythme effréné et son rendu impeccable de pièces qui sont parfois si courtes et rapides qu’elles réclament une attention particulière des musiciens. En effet, une seule petite erreur de synchronisation peut faire s’écrouler une pièce qui ne dure qu’à peine 30 secondes, mais Despise You a évité cet écueil avec brio. Bien entendu, le style pratiqué par le groupe ne sera pas accessible à tous, mais les non-initiées qui souhaiteraient se faire contaminer les tympans par cette musique étonnamment violente peuvent accéder à une multitude de sélections Despise You en suivant ce lien.

En conclusion, nous fûmes très satisfaits de cette soirée d’agression punk à l’Agitée et je désire remercier chaleureusement Pierre-Luc Germain pour les accès qu’il nous a gracieusement offerts, ainsi que pour l’organisation de ce spectacle de grande qualité. Malgré mes réserves quant à la prestation un peu froide de Vile Intent et le setlist un peu trop court d’Apes (on en veut plus les gars!), le spectacle fut une très belle réussite autant sur le plan de l’achalandage que de la qualité des groupes présentés et cela me fait souhaiter la venue d’autres groupes dans des styles plus obscurs que la moyenne à l’avenir!

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas