• Les “Elles” du Métal

    Posted by Stéphan Levesque on August 23rd, 2014

    1536632_10152164014935767_1568919610_n

     

    Quand vient le temps de nommer les foyers principaux du métal européen, la Grèce ne vient pas instantanément à notre esprit. Pourtant, ce pays a toujours réussi à nous surprendre au fil des ans avec les Septic Flesh, Elysion, Chaostar, Meden Agan et autres… D’ailleurs, c’est l’ancienne chanteuse de Meden Agan, Iliana Tsakiraki, qui refait surface à l’avant d’une nouvelle formation nommée Enemy of Reality. Après plusieurs mois consacrés au financement et à la production, les nouveaux-venus nous présentent leur premier album, “Rejected Gods“.

     

    10425187_585517771566919_4447418542352774901_n

     

    Enemy of Reality

    Rejected Gods

    F.Y.B. Records

    2014

     

    Comme c’est la mode ces temps-ci, plusieurs les formations ayant une chanteuse au style lyrique, sont étiquetées «symphoniques»; cet attribut est vrai la plupart du temps car les voix des dames metal, souvent portées vers l’opéra, se marient bien avec un style symphonique. Dans le cas qui nous intéresse ici, l’affirmation est à moitié véridique: Enemy of Reality nous offre bel et bien des sonorités symphoniques dans sa musique, en raison d’une forte présence des claviers, mais en raison de la grande densité sonore et de la démonstration impressionnante de tous les membres du groupe, je serais davantage porter à leur coller le qualificatif de «metal technique», qui fera davantage référence à un groupe comme Dream Theater, par exemple.

    C’est effectivement le talent d’exécution qui nous frappe le plus à l’écoute de ce disque. Bien sûr, les mélodies sont, à l’image de ce qui se fait dans ce style musical, plutôt avenantes mais cet élément se retrouve un peu relégué au second plan par le jeu des musiciens. Le guitariste Steelianos Amiridis est tout simplement époustouflant à la six-cordes, offrant de solides riffs et surtout des solos étourdissants sur à peu près toutes les chansons. Son talent aurait pu suffire pour transporter l’album à bout de bras mais, par souci de diversité et de richesse, les claviers viennent aussi prendre la vedette, la claviériste Marianthe nous présentant, quant à elle, une palette sonore très variée et vivante, donnant beaucoup de couleurs aux compositions. Son talent et son jeu, qui pourront à l’occasion évoquer Jordan Rudess (Dream Theater) viennent donner le change à la guitare, alors que la dame saupoudre habilement plusieurs interventions solistes.

    Quant à la section rythmique, elle se démarque surtout par sa lourdeur. Le bassiste Thanos et le batteur Philip Stone complètent bien leurs collègues, donnant à “Rejected Gods” un son très dense et très profond, offrant un juste contrepoids à l’aspect symphonique véhiculé par la voix et les claviers. On pourra toutefois émettre ce petit reproche que la rythmique est parfois mixée trop en avant dans le processus, venant à quelques occasions jeter un peu d’ombre là où guitare et claviers se devraient d’occuper l’espace sonore. On notera entre autres ce problème sur “Torn Apart“, très bonne pièce où l’omniprésence de la double pédale peut devenir obsédante. Ce problème, davantage relié à la production qu’à la performance, ne vient toutefois pas réduire le plaisir qu’on éprouve à écouter ces musiciens qui, visiblement, maîtrisent leurs instruments.

    L’aspect vocal est tout aussi irréprochable, la chanteuse Iliana Tsakiraki offrant une performance remarquable. Soprano, elle livre sa voix tout en puissance et démontre beaucoup d’étendue et de profondeur. Son travail vient en fait contrebalancer l’aspect technique de la musique du groupe, en amenant une certaine émotion à l’ensemble, qui autrement aurait pu tomber dans une certaine froideur, défaut parfois inhérent aux groupes qui misent beaucoup sur le talent des musiciens. Ainsi, on se retrouve confronté à un bel équilibre entre virtuosité et émotion. Chaque passage musclé (et il y en a!) est toujours bien compensé par une haute envolée lyrique ou par une instrumentation symphonique (la superbe introduction classique de “Twist of Time” en particulier).

    Afin de rendre l’ensemble davantage attrayant, Enemy of Reality a également réussi à s’adjoindre les services d’invités prestigieux. “My Own Master” nous permet d’apprécier le talent du bassiste Mike LePond (Symphony X), qui laisse sa trace sur une pièce où la rythmique est complexe, tout en nous gratifiant de superbes solos, autant à la guitare qu’aux claviers. “Needle Bites“, chanson centrée autour des claviers, est vocalement augmentée par Ailyn Gimenez (Sirenia) qui malheureusement se retrouve un peu mise en ombre par la production, sa voix claire n’arrivant pas vraiment à s’imposer face à la puissante voix de Tsakiraki. Ensuite, la chanteuse de Chaostar, Androniki Skoula, surprend sur “The Bargaining” en livrant un chant guttural qui contraste de manière étonnante avec ses capacités à aller capter les hautes notes dans un registre d’opéra comme elle le fait couramment avec son groupe. Finalement, sur la ballade “Step Into the Light” qui clôt l’album, Iliana est opportunément accompagnée de Maxi Nil (Jaded Star, ex-Visions of Atlantis) pour un duo où les deux voix se complètent bien.

    Il est bien difficile de mettre en exergue une ou deux chansons en particulier, chaque composition se faisant solide; en effet, aucune des onze pièces de “Rejected Gods” ne mérite justement d’être rejetée, la virtuosité étant au rendez-vous sur toute la durée de l’album. La plus belle qualité de Enemy of Reality est justement d’avoir été en mesure de mettre en vedette tous les musiciens, témoignant d’un intéressant travail collectif d’écriture où chacun se voit donner l’occasion de briller sous les feux de la rampe. Personnellement, étant davantage incliné à apprécier les claviers (effet d’avoir grandi avec du rock progressif plein les oreilles), j’affirme ma préférence pour des chansons comme “Grief Divine” ou “Torn Apart“, qui placent l’habile doigté de Marianthe bien en évidence. Toutefois, rien n’est unidimensionnel sur ce CD, une chanson extrêmement complexe comme “One Last Try” vient le prouver, en en donnant pour leur argent aux amateurs de tous les instruments.

    Après plusieurs écoutes de ce premier album, je ne peux que constater le grand professionnalisme de Enemy of Reality. L’espace sonore est habilement occupé avec grand talent et surtout, je me permets à nouveau d’appuyer sur le principe d’équilibre. Équilibre entre les instruments, mais aussi équilibre entre talent brut et sensibilité symphonique. Bref, tous les éléments viennent se compléter pour former un ensemble d’une grande richesse. Dans un créneau musical de plus en plus saturé, les groupes doivent redoubler d’ardeur pour pouvoir se démarquer et définitivement, la formation grecque a fait ses devoirs, arrivant avec une carte de visite des plus attrayantes. Voici donc un album à écouter encore et encore, le plaisir étant toujours au rendez-vous.

    Stéphan

     

     

     

Leave a Reply





Copyright © 2012 Ondes Chocs. All rights reserved.