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Where the fuck is Death Angel on your fucking promo????!!!

 

Dans l’univers du Metal, peu de groupes peuvent se passer de présentations autant que Children Of Bodom. En effet, avec son cocktail unique, que l’on pourrait qualifier d’Extreme Power Metal (je trouve personnellement que cette appellation est plus juste dans le cas de COB que celle de Death Mélodique) composé de virtuosité à la guitare et au clavier, de mélodies accrocheuses, d’agression et de voix tirant sur le Death et le Black Metal, la troupe d’assassins du Lac Bodom menée par Alexi Laiho a connu une popularité immense dès son second opus en carrière, le très acclamé Hatebreeder (1999). Or, après son excellent quatrième album intitulé Hate Crew Deathroll (2003), la formation a opéré un changement de direction qui lui a aliéné une bonne part de ses fanatiques de la première heure en raison d’une simplification abusive de sa musique et une concentration sur des aspects lyriques plus mainstream probablement destiné à lui ouvrir le marché du Metal commercial avec les albums Are You Dead Yet (2005), Blooddrunk (2008) et Relentless Reckless Forever (2011). Toutefois, la formation semble être revenue plus près de ses racines avec son nouvel album sorti en 2013 intitulé Halo of Blood. Un peu de la même façon, l’organisation locale de production Capitale du Metal, fondée par des passionnés de Metal de Québec en 2002, a connu un départ fulgurant au moins jusqu’au milieu des années 2000 avec l’objectif apparent d’amener des spectacles Metal que l’on pourrait qualifier d’envergure moyenne internationale dans la vieille capitale qui ne connaissait pratiquement avant que les spectacles de groupes métalliques locaux ou les spectacles de méga vedettes au Colisée. De plus, l’organisation a aidé des nombreux groupes locaux à percer au grand jour en les jumelant à des têtes d’affiche internationales dans le passé et en utilisant son site web et son forum, jadis incontournable, pour critiquer leurs albums et parler de leurs activités. 

Cependant, depuis quelques années des lacunes semblent être apparues dans le fonctionnement de cette organisation qui ont un peu terni sa réputation au sein des amateurs de Metal de la Capitale, desquels j’ai souvent entendu les commentaires suivants: les mêmes groupes internationaux qui reviennent sans cesse, des manques en ce qui concerne la promotion des évènements causant des passages à vide dans certains cas (venue de Hypocrisy ou de Enslaved à l’Impérial en tête d’affiche par exemple) et un abandon virtuel des groupes locaux qu’on ne voit pratiquement plus dans les spectacles de Capitale du Metal et sur leur site web, ce que je trouve très dommage. Ainsi, quelle ne fut pas ma stupeur de constater qu’en ce qui concerne le premier spectacle de la tournée de Children Of Bodom, très peu de publicité semblait avoir été faite à l’exception de la création d’un évènement Facebook et de mentions sur le site et la page Facebook de Capitale du Metal. Malgré le fait que je me rende dans au moins un spectacle de Metal par semaine à Québec, je n’ai vu aucune affiche, ni aucun flyer de ce spectacle et aucune mention n’avait été faite que Death Angel, un groupe de Thrash Metal célèbre, serait de la partie sur ledit évènement Facebook. Enfin, aucun groupe local n’avait été prévu pour ouvrir la soirée alors que la ville fourmille de groupes qui pourraient très bien être jumelés à ce genre de spectacle, ce qui est triste, mais incombe possiblement aussi à l’organisation de la tournée Halo Of Blood Over North America ou à une question logistique. Tout cela me faisait craindre un insuccès de foule qui nuirait à la venue d’autres événements futurs avec des groupes de Metal du même calibre, événements qui semblent d’ailleurs de moins en moins fréquents depuis environ quatre ans à Québec.

Heureusement, je m’étais trompé et quelle ne fut pas ma surprise, en arrivant dans  l’Impérial à 19 h au bras de ma déesse de cuir vêtue, de constater qu’il ne restait qu’une centaine de billet en vente et qu’il y a avait une file devant le guichet, malgré le peu de publicité visible dans les mois avant le spectacle, le fait que c’était la Saint-Valentin et la tempête hivernale qui avait fait rage ce matin-là. Je saluai Josianne Daigle qui me donna accès à la salle, une gracieuseté de Alain Gagnon de Capitale du Metal, et nous entrâmes sans tarder dans la salle où se faisaient déjà entendre les notes de l’introduction de Týr dans un début de spectacle à une heure quelque peu précoce pour un vendredi soir de tempête.

Fondée en 1998, Týr est une formation Folk Metal provenant des Îles Féroé qui a choisi une approche Heavy/ Power Metal à laquelle elle incorpore des éléments de musique traditionnelle de ses îles natales. Avec sept albums en carrière, le groupe jouît d’une solide réputation et j’étais heureux de voir ce quatuor composé de Heri Joensen (guitares et chant), Terji Skibenaes (guitares et chœurs), Gunnar H. Thomsen (basse et chœurs) et Amon Ellingsgaard (batterie et chœurs) sur scène, pour la première fois dans mon cas. Menée par des musiciens d’expérience plaquant des structures et des mélodies accrocheuses, la performance du groupe fut extrêmement entraînante. Je trouvai la musique du groupe très intéressante, car elle marie le côté mélodique du Heavy/ Power traditionnel à un son plus sombre et puissant que la moyenne, grâce à la présence de deux guitares sept cordes qui ajoutent des textures plus grasses à la musique. Cependant, je fus un peu déçu par la sonorisation qui ne rendait pas tout à fait justice aux compositions du groupe. En effet, la batterie était beaucoup trop forte dans le mix (un aspect récurrent des nombreux spectacles que j’ai vu à l’Impérial) ce qui nous empêchait parfois de clairement distinguer la guitare rythmique et le vocal du chanteur. Seuls les solos de guitare arrivaient à se frayer un chemin au-dessus de la batterie assourdissante, probablement en raison de l’emploi d’overdrive par les guitaristes. Le groupe démontra aussi une très bonne présence scénique et ne lésina pas sur l’énergie, ce qui fit que lorsqu’ils terminèrent leur prestation après seulement trente maigres minutes, je fus laissé sur mon appétit. Effectivement, j’en aurais pris beaucoup plus, ce qui signifie que ce fut une mission accomplie pour Týr qui se retira sous un tonnerre d’applaudissements. Malheureusement, je n’ai pas pu avoir accès au setlist de leur prestation.

Après une quinzaine de minutes d’entracte, c’était maintenant aux vétérans californiens du Thrash Metal, Death Angel d’entamer leur tour de chant. Fondé à San Francisco en 1982 par de jeunes adolescents d’origines philippines, Death Angel a connu des débuts fulgurants en pratiquant une forme très intransigeante et sombre de Thrash Metal avant de s’éteindre en 1991 avec la soudaine perte de popularité de ce genre. Cependant, le groupe s’est reformé en 2001 à l’occasion d’un concert-bénéfice pour aider Chuck Billy de Testament à surmonter son cancer. Depuis, Death Angel a continué sa route, enchaînant à nouveau les albums et les tournées. Le groupe est mené par les deux membres « originaux »: Rob Castevany (guitares) et Mark Osegueda (chant) jumelés aux « nouveaux venus »: Ted Aguilar (guitare), Damien Sisson (Basse) et Will Carrol (batterie). Sans compromis et évidemment apparenté stylistiquement à la musique pratiquée par Slayer, Death Angel nous offrit trois quarts d’heure de démolition totale menée par une présence scénique puissante et le charisme impressionnant de son chanteur. Devant une salle maintenant quasiment pleine, le quintette se donna corps et âme pour démontrer que sa vigueur d’antan n’est pas éteinte et que sa musique est toujours aussi efficace devant public. Les spectateurs réagirent de façon frénétique et les hostilités ne connurent pas de répit dans une fosse hautement périlleuse et violente, notamment sur la classique Mistress of Pain. Après un solide « mash-up » de The Ultra-Violence (Intro) et Thrown To The Wolves, le groupe se retira devant un public en délire. La table était donc drôlement bien mise pour Children Of Bodom qui avait la pression de dépasser une prestation complètement débile de Death Angel.

Setlist de Death Angel :

«Left for Dead»
«Son of the Morning»
«Claws In So Deep
«Succubus»
«Execution – Don’t Save Me»
«The Dream Calls for Blood»
«Mistress of Pain»
«The Ultra Violence Intro / Thrown To The Wolves»

Après une demi-heure de pause, les Finlandais de COB se présentèrent sur scène visiblement en grande forme pour le premier spectacle de la tournée et contrairement à quelques-unes des quatre fois précédentes où je les ai vus, les petits sacripants ne semblaient pas trop intoxiqués par l’alcool ou d’autres substances. Aussitôt, on eut droit à une surprise de taille, le groupe nous interprétait l’excellente « Sixpounder » de l’album « Hate Crew Deathroll » plutôt que d’ouvrir avec une pièce du  dernier album, ce à quoi on aurait pu s’attendre sur le premier spectacle de la tournée dudit album. On aurait donc droit à un setlist varié qui comprendrait environ deux pièces de chaque album de la discographie des assassins du Lac Bodom à l’exception de « Something Wild (1997)» et «Blooddrunk» desquels ils n’interprétèrent qu’une seule pièce chacun, «Are You Dead Yet » et le dernier « Halo of Blood» avec trois pièces chacun. Comme je le disais, le groupe était en très grande forme et cela parût dans leur performance hautement énergique, charismatique et très précise au plan musical. Toutefois, contrairement à son habitude, le groupe ne nous offrit pas de solo de batterie et très peu de moments typiques ou Alexi Laiho rejoint Janne Warman pour un échange de solo épique. Qu’à cela ne tienne, la performance de grande qualité souleva littéralement la salle pratiquement comble qui ne se gêna pas pour hurler, brasser et s’entrechoquer tout en levant le poing à la gloire du célèbre groupe. Côté son, les choses étaient un peu moins nettes avec des guitares parfois mal définies, trop fortes ou pas assez fortes, comme si le technicien de son jouait constamment avec ses réglages. Le son du vocal variait lui aussi constamment, parfois imperceptible dans un mix enterré sous la batterie. Cependant, la performance solide du groupe était là pour nous le faire oublier jusqu’à ce que le groupe termine sa performance en queue de poisson. En effet, le groupe se retira après l’excellente « Downfall » pour revenir avec un rappel décevant ne comprenant que la médiocre « In Your Face ». Le groupe allait donc se sauver sans nous interpréter un autre classique tel que « Bed Of Razors », « Silent Night, Bodom Night », « Kissing The Shadows », « Needled 24/7 » ou encore « Deadnight Warrior » et j’en passe. Une seule de ces pièces aurait pu rajouter une cerise sur le sundae, mais le groupe se sauva à l’arrière-scène à 22 h 20 sans demander son reste sur « (You Gotta) Fight For Your Right (To Party!) » des Beastie Boys en arrière-plan sonore. Tout pour nous démontrer que les nombreux éloges à la foule de Québec par Alexi Laiho et Henkka Seppälä dans sa traditionnelle adresse en français à la foule, n’étaient que des paroles. Bref, une très bonne performance, mais un petit manque de générosité et une finale décevante pour des spectateurs dévoués.

 

Setlist de Children Of Bodom :

«Sixpounder»

«Living Dead Beat»

«Bodom Beach Terror»

«Halo of Blood»

«Scream for Silence»

«Hate Crew Deathroll»

«Lake Bodom»

«Follow the Reaper»

«Dead Man’s Hand on You»

«Are You Dead Yet?»

«Blooddrunk»

«Angels Don’t Kill»

«Towards Dead End»

«Hate Me! »

«Downfall»

Rappel:

«In Your Face »

 

En conclusion, le premier spectacle de la tournée « Halo Of Blood Over North America 2014 » fut généralement un succès malgré les aléas du son et une fin de performance un peu décevante pour la tête d’affiche. De plus, malgré une promotion honnêtement peu élaborée, Capitale du Metal a pu compter sur la popularité de la tête d’affiche pour obtenir une salle pleine. Cependant, je crois humblement que si l’organisation souhaite continuer à être un chef de file dans l’organisation de tels spectacles elle devrait apporter quelques petites améliorations sur cet aspect. Par exemple, il serait bien de mentionner tous les groupes présents sur l’évènement Facebook du spectacle, d’accentuer la visibilité du spectacle et de faire plus de rappels sur les médias sociaux que seulement en faire un la veille. Ces lacunes sont dommages, parce qu’autrement Capitale du Metal est une force sur le plan organisationnel et pourrait continuer de prendre de l’ampleur. Enfin, j’en place une pour la scène locale en disant que ça serait très plaisant que les prochains gros spectacles de CDM soient ouverts par des groupes locaux de talent, ce qui serait un très bon coup de pouce pour eux. De plus, il serait plaisant qu’ils augmentent la visibilité de la scène locale sur leurs pages au lieu de mettre l’emphase que sur les gros groupes de l’extérieur. En terminant, je désire remercier chaleureusement Alain Gagnon de Capitale du Metal pour l’accès à cette soirée!

 

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas