Vendredi dernier étaient convoqués les ténébreux soldats du côté obscur du Metal et autres créatures noctambules, pour une messe noire au potentiel explosif. Effectivement, Matrak (Chasse-Galerie, Forteresse, Mêlée des Aurores) de l’étiquette locale Hymnes d’Antan nous avait organisé, en ce mois de janvier froid et lugubre, une soirée à l’alignement impressionnant en terme de qualité. Nous aurions ainsi droit à la première performance dans sa ville d’origine des prodiges de Au-delà des Ruines après leur passage remarqué à la Messe des Morts, le 30 novembre dernier. Comme si cela n’était pas assez, les Ontariens de Thantifaxath assureraient la position mitoyenne de la soirée avec leur Black Metal atmosphérique et pour couronner le tout, les psychopathes locaux de Morgue viendraient nous démolir avec leur proverbial bulldozer musical de metal de mort noirci. C’est donc avec un enthousiasme aucunement affecté par la polaire température qui régnait à l’extérieur que nous quittâmes notre tanière urbaine, ma lionne métallique et moi, pour assister à cette tuerie en règle.
Arrivés sur les lieux de la macabre messe vers 19 h 30, nous eûmes le temps de nous abreuver de délicieux houblon et de marchander avec l’hôte de la soirée qui avait plusieurs offrandes auditives à nous présenter, dont un tout nouveau split de Chasse-Galerie et Mêlée des Aurores intitulé D’ost et de verve/Musique d’expatriés, malheureusement seulement disponible en précommande en raison d’un problème technique allongeant les délais de fabrication dudit disque. Effectivement, celui-ci devait être lancé ce soir-là, mais un master sautillant aura rajouté des délais à la fabrication des disques compacts qui seront envoyés aux acheteurs hâtifs dès leur arrivée entre les mains de Matrak. Cependant, l’attente en vaudra très certainement la peine comme le prouvent les deux extraits que vous pourrez entendre avec l’entrevue que l’omniprésent Dave Rouleau et moi avons menée avec Matrak il y a quelque temps. Pendant que nous conversions avec Max « Zulnoch » Dugas de Svalbard et HSP Productions, la salle se remplissait à vue d’œil et vers 20 h 30, Au-delà des Ruines s’installa sur la scène pour nous détruire en beauté.
Duo né après la séparation de Culte d’Ébola et composé, sur album, de Blanc Feu (voix, guitares, basse) et de Cadavre (percussions) (tous deux dans Chasse-Galerie et Mêlée des Aurores), Au-delà des Ruines devient un quatuor pour les besoins de la scène avec l’ajout de Viscère (Chasse-Galerie) à la seconde guitare et Aquilon à la basse. Le groupe interprète un Blackened Death Metal brutal et technique qui est un style peu visité par les groupes francophones québécois et leur premier album paru fin 2013 m’a très favorablement impressionné (vous pouvez lire ma critique ici). Sur scène, le groupe en était à sa seconde prestation seulement à vie et démarra en trombe avec les extraits les plus brutaux de son album. Le départ de leur spectacle fut tellement brutal et rapide que Cadavre accéléra un peu trop la cadence, ce qui laissa transparaître une certaine nervosité et causa un petit passage escamoté à la guitare. Cependant, ce n’était qu’une petite anicroche mineure considérant le fait que le groupe retrouva très rapidement son aplomb et nous démontra ensuite la pleine mesure de son talent avec une livraison agressive, technique et puissante de leurs titres. Le public, peut-être encore gelé par le froid sibérien qui régnait à l’extérieur, écoutait attentivement, mais réagit d’abord de façon plutôt silencieuse entre les pièces, quoique cela s’améliora grandement au fur et à mesure que leur performance avançait. Le groupe rompit donc la glace de belle façon dans sa ville natale avec une prestation très musclée et technique, notamment de Cadavre derrière sa batterie qui démolissait tout sur son passage. De plus, Au-delà des Ruines nous ramena même en arrière pour nous offrir une pièce de l’époque du Culte d’Ébola. Il est aussi à noter que l’excellente sonorisation de François C. Fortin nous permit d’apprécier pleinement la complexité et les subtilités de la musique de Au-delà des Ruines. Le groupe est donc promis à un bel avenir sur les planches de la vieille capitale, car sa musique et l’expérience de ses membres lui donnent un potentiel impressionnant sur scène.
Après s’être fait arracher le visage par nos compatriotes, c’était maintenant aux Ontariens de Thantifaxath de venir nous montrer ce dont ils étaient capables. Connaissant ce groupe plus de réputation que par sa musique dont je n’avais entendu que quelques extraits, l’idée m’effleura l’esprit qu’ils auraient de la difficulté à nous impressionner après la très belle performance du groupe précédent. C’était bien mal les connaître. N’ayant qu’un seul EP éponyme (2011) à son actif et étant actuellement en train de travailler à la réalisation de son premier album complet, Thantifaxath s’est plutôt fait connaître pour les qualités oniriques et puissantes de leur musique en spectacle. Le groupe évolue sous la forme d’un trio et les membres préfèrent garder l’anonymat pour augmenter l’aura de mystère qui plane sur eux. Sur scène, le groupe se présenta, leurs visages et leurs corps cachés par leurs habits de moines moyenâgeux et il entama sa prestation avec autorité. Précis, puissant et nous emportant dans un univers glauque, leur Black Metal atmosphérique fut une expérience hypnotique. Misant sur le caractère mystérieux et hiératique de leur présence scénique plutôt que sur le mouvement, leur prestation fut néanmoins très captivante aidée en cela, encore une fois, par un son enveloppant et d’une qualité irréprochable. Leur prestation m’absorba tellement que je me sentis à la fin, comme quelqu’un qu’on tire d’un rêve prématurément. Surveillez les activités de Thantifaxath sur leur page last fm.
La soirée allait bon train et c’était maintenant au tour de Morgue de venir nous achever avec son Blackened Death Metal hautement efficace. Le célèbre quintette de Québec bénéficie déjà de plusieurs années d’expérience et ses nombreuses prestations sont reconnues comme étant un exemple de destruction métallique. Cette fois n’allait pas faire exception et la troupe de morts-vivants se lança dans un assaut composé de ses meilleurs titres en carrière avec une performance survoltée, énergique et mouvementée. Ne laissant place à aucun temps mort, leur spectacle fut très bien reçu par les spectateurs présents bien que je doive faire le désagréable constat que plusieurs spectateurs avaient déserté la salle même si la taille de la foule était très décente encore. Qu’à cela ne tienne, la fosse s’agita plus qu’à tout autre moment dans la soirée et les spectateurs démontrèrent leur loyauté envers Morgue. Le groupe nous offrit aussi un cadeau en nous interprétant une toute nouvelle composition qui se retrouvera sur leur troisième opus. Cela aura d’ailleurs été leur dernier spectacle en tête d’affiche en 2014, eux qui rejoueront à l’Impérial le 22 avril prochain en ouverture de Nile. En effet, Morgue se retirera bientôt dans ses quartiers pour composer et enregistrer un prochain opus fort attendu. En somme, le groupe nous offrit une performance à la hauteur de sa réputation et me donna toutes les raisons d’avoir hâte de les revoir avec du nouveau matériel! Vous pourrez trouver tout ce que vous voulez savoir sur Morgue ici.
En conclusion, ce fut encore une excellente soirée métallique dans l’infâme ville de Québec et nous terminâmes la soirée en étanchant notre soif de houblon en très bonne compagnie. Les trois groupes présents ont satisfait et même dépassé les attentes des fanatiques de musique sombre et la soirée fut un succès en terme de participation. Félicitations et merci à Matrak de Hymnes d’Antan pour l’accès à la soirée, merci à François C. Fortin pour le travail formidable à la sonorisation et merci à la très sympathique Marylou Boulianne de l’Agitée derrière le bar!
Je termine en vous mettant le lien pour l’album photo de la soirée.
Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas















