Voici le compte rendu de Jean-François Veilleux lors du spectacle de Liva présenté au Le Clandestin de Victoriaville le 2 novembre 2024 et qui mettait également à l’affiche Chained By Illness et Outlying.
Retour sur le spectacle
Le 2 novembre dernier, j’ai eu la chance d’assister à mon premier vrai spectacle de musique métal à Victoriaville depuis que j’y suis déménagé : Outlying, ChainedBy Illness et Liva comme tête d’affiche.
Outlying
Tout d’abord, le trio énergique Outlying a ouvert la soirée avec un death mélodique parfois un peu oldschool, mais assez entraînant, un peu à la Strigampire, et avec une petite touche de black. Cette formation trifluvienne sait allier la brutalité et la pesanteur avec une musique agrémentée de quelques chants clairs bien sentis et même parfois des ambiances plutôt contemplatives, comme certaines balades à la Metallica.
Leur musique fait davantage dans la simplicité efficace que la complexité abusive. Le guitariste-chanteur a d’ailleurs bien profité de l’espace pour faire un solo. En ce sens, j’ai vraiment apprécié les excellents solo de guitare, surtout dans les nouvelles chansons, comme le nouveau single qui vient tout juste de sortir
Évidemment, j’ai fort apprécié le solo de batterie pendant le changement de guitare en raison d’une corde cassée. Le groupe était plutôt surpris de jouer un concert dans le style cabaret (les gens étaient plutôt assis autour de tables), mais ils ont ouvert parfaitement le spectacle, et ce, malgré quelques erreurs d’exécution, comme si le batteur manquait de gaz, je salut tout de même son enthousiasme contagieux.
Pour compenser l’absence imprévue du deuxième groupe, Outlying a offert deux tounes en prolongation pour un set-list respectable d’environ 65 minutes au total. La trentaine de personnes présentes ont fort apprécié cette entrée en matière avec une variation de tempo faisant vibrer nos tympans dans l’allégresse.
Tel que mentionné, la formation trifluvienne Chained By Illness (« enchaîné par la maladie ») a malheureusement (et ironiquement) dû annuler sa présence en raison de maladie. On leur souhaite bien sûr prompt rétablissement et j’ai très hâte d’enfin pouvoir faire leur connaissance. Je suis certain que par leur présence et leur musique, ils apportent quelque chose de bon à la scène métal québécoise.
Liva
Maintenant, passons au plat principal : la formation Liva, originaire de Sherbrooke, était de passage pour promouvoir un vidéoclip de la pièce « Samson & Dalila I » issue de leur quatrième album, Ecce mundus (2023), publié dix années après l’opus Human abstract (2013). Formé en 1997, Liva revendique être le plus ancien groupe de musique au Québec et au Canada à mélanger la musique classique et le métal. Il y a déjà vingt ans, j’avais déjà été fort charmé par les deux premiers albums, d’abord Requiem (2002), mais surtout l’œuvre De Insulis (2007) qui a beaucoup marqué favorablement tout mon univers musical.
Il s’agit en quelque sorte de « métal classique », soit un répertoire musical allant davantage vers l’orchestre symphonique ou des orchestrations avec une large instrumentation. Il y a très peu de ce genre de métal pointu à mon avis, et là je ne parle pas de groupe populaires comme Nightwish, mais bien de formations musicales talentueuses et qui offrent une musique de qualité tel que les allemands Haggard. Selon Liva, ils offrent du « power métal opéra symphonique», donc une sorte de métal raffiné avec des arrangements classiques, des textes en latin, de la poésie médiévale et des mélodies épiques. Pas étonnant qu’ils ont gagné en 2003 le prix MIMI de l’artiste le plus avant-gardiste, soit celui « qui rompt le plus radicalement avec les préjugés et les créneaux définis : langue, genre musical et préoccupations artistiques ».
Ainsi, Liva performe et même excelle dans le heavy métal symphonique, un métal franc et entraînant, voir exaltant. J’ai vraiment apprécié le groove de ce quatuor sherbrookois, je m’en suis même fort délecté. La formation nous transporte dans des univers homériques, chevaleresques et endiablés. Liva a certainement su captiver l’auditoire dès le début avec une grandiose introduction symphonique et ce, jusqu’à la fin du concert, les gens étaient heureux de les revoir ou bien de les connaître. J’ai pu observer un public attentif.

Les membres étaient tight ensemble, une précision chirurgicale. D’abord, la technique et rapidité du féroce batteur, Manuel Bureau, impressionnent. Par sa vigueur, il tenait la cadence avec assurance. Sans doute parce qu’il s’agit de mon instrument principal depuis 25 ans, j’ai beaucoup aimé ses jeux de rythmes et de nuances percussives. Il a même offert un délicieux solo de drum pour combler un problème technique.
Quant aux autres membres du groupe, on doit d’abord mentionner à la voix puissante, Nadine Guertin, présente dans le groupe depuis 2020 environ, qui vient appuyer avec grâce et pertinence l’essence musicale de ce groupe. En effet, sa voix féminine enchanteresse et sa présence viennent solidifier l’aspect scénique et classique de Liva, étant aussi appuyés par la solide basse brutale jouée par Martin Tremblay.
Enfin, Pier Carlo Liva, le fondateur et leader du groupe est polyvalent aux chants et à la guitare (solos de guitare hypnotisants) et possède une voix ténébreuse, profondément réconfortante qui se marie bien avec celle de Nadine, telle une grande lumière qui inonde une immense cathédrale.Cela paraît qu’ils ont tous du plaisir à jouer ensemble, les regards complices en témoignaient, et ces artistes savent occuper une scène. Ils sont très généreux envers leur public avec une performance énergique de plus de 75 minutes.
Ne manquez pas leur prochaine performance cet hiver, pour la première fois à Trois-Rivières, le 8 février 2025, à la Taverne Royale(1979, rue Royale) avec les deux formations versant également dans le métal d’inspiration classique, Uriel et Chained By Illness : https://www.facebook.com/events/512366755160149/

En terminant, quelques mots sur Le Clandestin, car c’était mon premier spectacle à cet endroit. Malgré la petitesse de la salle, ce lieu implique de nombreux éléments positifs : la configuration de l’espace, la puissance sonore, une moyenne scène et les nombreux éclairages ultra-modernes, qui font de cet endroit une salle honorable. Un peu de proximité ne fait pas de tord et offre une expérience plus intime entre le public et l’artiste. Le show est parti à l’heure, la bière n’était pas trop chère et le cosmos était projeté au plafond. On oublie vite que nous sommes dans le sous-sol d’une boutique de cannabis thérapeutique…
En fait, je ne pouvais espérer mieux comme première expérience à cet endroit. Cependant, mais où est donc la faune métallique victoriavilloise et les poilus des Bois-Francs ? Selon moi, cette salle underground va devenir un lieu incontournable pour les groupes locaux.
MISE À JOUR : Malheureusement, le samedi 30 novembre 2024, soit seulement un an après son ouverture, nous apprenions que Le Clandestin ferme ses portes pour diverses raisons hors de leur contrôle. En fait, l’équipe cherche désormais un nouveau lieu de diffusion pour se produire. Espérons qu’ils puissent retrouver un pied à terre, car les petites salles sont très importantes pour faire vivre la scène locale et les groupes de la relève, et Victoriaville en a besoin.
-Par Jean-François Veilleux




