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Amberian Dawn

Magic Forest

Napalm Records

2014

 

Annoncé depuis un bon bout de temps, le cinquième album du groupe finlandais Amberian Dawn (sixième, si on inclut la compilation “Re-Evolution” dont nous reparlerons plus loin) a finalement été déposé dans ma boîte aux lettres! J’utilise le point d’exclamation car voici une parution que j’attendais avec impatience, Amberian Dawn étant une formation que j’affectionne particulièrement.

Depuis la publication en 2008 de leur premier album, “River of Tuoni“, la formule musicale préconisée par les Finlandais n’a pas varié d’un iota. En effet, le leader Tuomas Seppälä (il est aussi claviériste et tient quelques parties de guitare) a toujours gardé les choses simples, très simples. Ainsi, on ne doit pas s’attendre de la part d’Amberian Dawn à de longues suites, ni à de grandes envolées conceptuelles. Le charme de leur musique se situe ailleurs, c’est-à-dire dans la facilité du compositeur à générer de sympathiques vers d’oreilles, supporté par des parolières qui colorent le tout d’un aspect mythologique et fantastique, tout en se fiant sur l’habileté technique des musiciens qu’il choisit pour s’entourer.

Ce qui était vrai en 2008 l’est encore en 2014 : les dix chansons qui forment ce nouveau recueil ne marquent pas vraiment de changement au niveau stylistique. Ainsi, Seppälä est demeuré dans ses vieilles pantoufles, gardant les compositions courtes (la plupart sous la barre des quatre minutes) tout en conservant l’habituelle ossature couplet/refrain/couplet/refrain/pont (souvent solo de guitare ou claviers)/refrain à laquelle il nous a habitué, rendant l’ensemble plutôt prévisible.

Vous comprendrez donc que ceux qui sont habitués à Amberian Dawn ne trouveront pas matière à surprise ici. Les bons côtés de “Magic Forest” se situent ailleurs, au premier chef à la facilité à laquelle les mélodies envahissent notre tête. Sur cet aspect, le compositeur fait flèche de tout bois en nous servant des mélodies imparables, extrêmement agréables à écouter. On peut également apprécier les solides capacités des musiciens, les solos (annoncés à l’avance dans le livret!) sont exécutés avec une dextérité remarquable. Notons entre autres l’apparition, sur un troisième album de suite, de Jens Johansson (Stratovarius) qui offre un solo de claviers sur “Dance of Life“.

Quant aux musiciens réguliers en place, ils mettent leurs talents aux services des chansons, dans le sens où même si l’alignement présenté par le groupe a varié au fil des ans, chacun d’eux a réussi à capter l’esprit de la musique pour offrir une belle continuité stylistique. Mettons toutefois en exergue la performance de la section rythmique, qui offre une démonstration très relevée; le batteur Joonas Pykälä-Aho, qui n’était pas de la partie sur “Circus Black” (2012) marque son retour avec une frappe plus solide que jamais tandis la basse de Jukka Hoffren fait sentir lourdement sa présence. Sur cet aspect, la réussite est éclatante et la rythmique est sûrement la meilleure de l’histoire du groupe.

On peut également remarquer un changement notable en ce qui a trait aux sonorités des claviers. Si ces derniers arboraient des couleurs plus sombres dans le passé, particulièrement sur le sus-nommé “Circus Black“, on remarquera que les teintes choisies sont beaucoup plus joviales, faisant de “Magic Forest” un album très enjoué, très positif. Parallèlement, ce léger changement sonore nous fera davantage croire qu’on se retrouve en territoire plus «pop», augmentant l’impact qu’ont les mélodies sur nos oreilles.

Bien sûr, le grand changement, le plus perceptible, le plus marquant, se situe au niveau vocal. Fin 2012, Heidi Parviainen quittait le navire et c’est ainsi que nous arrive une nouvelle chanteuse, nommée simplement Capri. Les fans du groupe avaient eu la chance de faire connaissance avec la nouvelle venue sur la compilation “Re-Evolution“, parue l’an dernier, où Amberian Dawn avait réenregistré onze chansons de ses quatre premiers albums pour nous présenter sa nouvelle «frontwoman». Décidément, Capri s’en était tiré admirablement, interprétant à sa manière des chansons immortalisées par sa prédécesseure, ce qui s’avérait un défi de taille, considérant la grande différence de registre entre les deux chanteuses.

En effet, si Heidi se démarquait par sa voix hautement lyrique dans le style opéra, Capri se révèle davantage comme une chanteuse typiquement rock, faisant preuve d’une belle polyvalence. Sa voix légèrement rauque laisse une empreinte très personnelle sur les chansons, bien qu’elle soit capable de chanter de manière plus lyrique à l’occasion, comme sur la pièce-titre ou sur “Green-Eyed“, où elle démontre une belle sensibilité.

Son chant, très varié, transporte les mélodies, de façon plus rock sur “Cherish my Memory“, qui ouvre l’album sur les chapeaux de roues, de façon plus théâtrale sur “Sons of the Rainbow“, pièce imprégnée de fantastique dont l’histoire aurait pu être écrite par sa prédécesseure (Capri a aussi hérité du chapeau de parolière) ou bien en donnant à sa voix des accents plus pop sur l’excellente “Warning“. Il n’y a que sur “Memorial“, chantée en duo avec le baryton Markus Nieminen, que le timbre de l’ancienne chanteuse se fait désirer davantage. Bref, Tuomas Seppälä a toutes les raisons d’être très enthousiaste d’avoir découvert Capri, qui se révèle une formidable trouvaille et qui, surtout, semble donner un nouveau souffle au groupe qui avait offert une performance plutôt relâchée sur l’album précédent.

Avec “Magic Forest“, Amberian Dawn amorce décidément une deuxième vie, transporté par une énergie très positive. Si les Finlandais ne ratissent pas bien large en terme d’étendue, on peut toutefois leur donner le crédit de gagner en profondeur en nous offrant possiblement une œuvre qui, sans être leur meilleure (à mon avis, le fantastique “The Clouds of Northland Thunder“, enregistré en 2009, demeure inégalé), s’avère être sans aucun doute leur plus constante au niveau qualitatif. Pas de moments morts ici, vous n’avez qu’à vous laisser transporter par les mélodies.

Stéphan