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On m’a déjà mentionné que je devrais porter davantage d’attention aux groupes d’ici. L’observation est très juste car oui, il y a de bons groupes ici au Québec. Karkaos me vient à l’esprit, leur excellent dernier album, “Empire“, faisant déjà l’objet d’une critique de l’ami Dave ici sur Ondes Chocs. Toutefois, si l’on porte attention au contenu du site, je crois que la scène locale est loin d’être délaissée et c’est pourquoi mon apport, différent, s’oriente davantage vers les groupes internationaux qui viennent piquer ma curiosité. Mais bien sûr si on m’offre la chance de parler d’un groupe de chez-nous, je ne refuserai pas! Je vous entretiendrai donc du troisième album de Liva, un groupe d’ici qui mérite qu’on s’y attarde. Dans mon esprit de mélomane voyageur, je vous présente d’abord Rainover, un groupe espagnol. En souhaitant que cette lecture vous soit plaisante! – Steph

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Rainover

Transcending the Blue and Drifting into Rebirth

Wormholedeath/Aural Music

2014

 

La musique metal, c’est intense. Tellement que, souvent, les groupes tentent d’en faire un petit plus pour nous en mettre plein les oreilles. Parfois c’est réussi, parfois moins. Il arrive donc que se crée dans l’oreille de l’auditeur une impression de trop-plein, ce qui nous amène à trouver parfois refuge auprès d’oeuvres moins ambitieuses constituant un baume pour les parois auditives. Bref, si vous cherchez à vous calmer un brin, Rainover taille sa musique sur mesure pour vous.

Trouvant ses origines en 2003 sous le nom de Remembrances, le groupe s’est peu à peu transformé et a évolué lentement mais sûrement, pour trouver son nom actuel et faire paraître un premier album, “Crystal Tears“, en 2008. C’est en 2011, doté d’une nouvelle chanteuse, Andrea Casanova, que le groupe espagnol a débuté l’enregistrement de son deuxième album, “Transcending the Blue and Drifting into Rebirth“, qui a enfin vu le jour au début de la présente année.

Tel que mentionné ci-haut, Rainover ne joue pas dans la ligue des groupes épiques. Le groupe nous offre principalement un métal teinté d’accents gothiques. C’est ce que nous suggère “Rebirth” d’entrée de jeu, avec de bons riffs, un piano et des claviers discrets qui laissent planer une ambiance mélancolique. Ce serait toutefois erroné de classer Rainover dans une case spécifique, eux qui jonglent habilement avec les ambiances et les genres sur les onze titres qui composent l’album.

Despair” et “Cycles” nous confirment toutefois le penchant gothique du groupe alors qu’encore une fois cette ambiance triste plane au-dessus des compositions, joliment ensoleillée par la jolie voix mélodieuse d’Andrea Casanova. Cette dernière se voit offrir la réplique, pour balancer le tout, par Antonio Perea et par Luca Starita du groupe Neuromantik (invité sur “Cycles“). L’instrumentation mise sur l’effet d’ensemble, donc pas de grandes envolées héroïques ici, le tout étant exécuté avec une belle cohésion.

Si “Rain Over my Tears” enfile dans le même registre, on découvre par la suite l’autre facette du groupe alors que “H2SO4“, “An Ocean Between Us” et “Dust and Dawn” nous amènent sur un terrain plus typiquement rock, avec des rythmes plus entraînants et des mélodies simples qui nous font taper du pied. Ajoutons au passage que sur ces pièces, les claviers arborent des sonorités «eighties» qui créent un effet de décalage intéressant entre métal moderne et rock plus formaté. Ces pièces, toutes en simplicité, se font faciles à l’oreille sans pour autant être dépourvues de charme, surtout que la voix de la chanteuse fait merveille ici, tout en étant complétée par une production claire, qui rehausse tout particulièrement la batterie, nous aidant à adopter les rythmes entraînants.

Oh, my Cross!!” se fait quant à elle plus lourde, s’amorçant sur un couplet bien tranquille pour finalement grimper en tension grâce à la belle passe d’armes entre les vocalistes sur le refrain, les claviers ramenant le tout vers le côté plus léger. “Hopeless“, de son côté, est une jolie pièce mid-tempo où Rainover retrouve ses accents gothiques, la mélancolie étant de retour via le piano et le beau mélange des voix. Le côté accrocheur de Rainover refait surface sur “In Free Fall” et “Remembrances” (clin d’oeil aux origines du groupe?) dotées de refrains accrocheurs afin de nous laisser sur une note positive.

Au final, on se retrouve face à un album mi-gothique, mi-rock, où les deux tendances alternent et viennent souvent se chatouiller à l’intérieur même des chansons. Je martèlerai une dernière fois mon credo comme quoi nous n’avons pas affaire à une œuvre d’une grande complexité, mais force est d’avouer que l’ensemble est des plus sympathiques. Voici donc un CD qui peut rallier grand nombre d’amateurs de musique, y compris les mélomanes réticents au métal qui retrouveront ici une accessibilité qui leur conviendra sûrement.

 

 

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Liva

Human Abstract

Stoke Records

2013

 

Liva, de Sherbrooke, ne sont pas de nouveaux venus sur la scène métal. En effet, la fondation du groupe remonte déjà à plus de 15 ans, les premiers pas du quatuor datant de 1997. “Human Abstract” étant seulement le troisième album du groupe, on peut relever que la vitesse n’est pas leur qualité principale! Mais au fond, pourquoi se hâter de sortir des œuvres bâclées, comme on en voit si souvent sur le marché, alors que l’on peut prendre le temps de bien travailler sur son matériel? Liva appartient sans l’ombre d’un doute à cette deuxième catégorie.

De par mon parcours de mélomane (je n’ai pas de formation musicale et je ne suis pas un spécialiste, je tiens à le spécifier), l’introduction d’éléments rappelant la musique classique m’a toujours intéressé, rendant bien sûr Liva attrayant à mes yeux. Chose certaine, la formation musicale poussée des musiciens transpire dans les dix compositions qui forment “Human Abstract“. Aucune note n’est placée là au hasard et c’est avec beaucoup d’habileté que le groupe réussit à offrir un son qui peut être musclé par moment, sans tomber dans la surenchère, tout en y intégrant des structures et sonorités qui réfèrent à la «grande musique», encore là sans abus, l’équilibre des éléments étant la clé chez Liva.

Le premier instrument classique à que l’on croise sur notre chemin est l’alto (un peu plus gros que le violon et produisant un son plus grave) qui s’intègre très bien ici et là aux chansons. Très appropriée également l’utilisation de xylophone sur “Desert Places“, qui n’est qu’un des aspects de la richesse rythmique et sonore déployée par le batteur Martin Plante, capable de jouer autant en finesse qu’en puissance, s’adaptant aux demandes des compositions. Même la guitare classique s’intègre au discours, on pense ici à “The Last Word” ou à la superbe “Interlude pour Italo“.

Autre élément classique, mais non le moindre, que l’on remarquera: la voix. Catherine Elvira Chartier brille de tous ses feux, offrant un chant très souple et surtout très varié (mention spéciale à “The Indian Serenade“). Encore ici, pas de surenchère; même si la dame peut pousser la note très haut, elle ne le fait pas inutilement et adapte parfaitement son interprétation au service des ambiances riches dégagées par la musique. En fait, on ne peut que remarquer la formation classique de la chanteuse.

Même si la voix s’avère un élément fort, l’instrumentale “Evocation” vient nous rappeler avec un brio hors du commun que le vocal n’est qu’une facette de l’art du groupe. Cette pièce nous livre d’abord un duel effréné entre la guitare et l’alto, renforcé par une section rythmique ici à la fête. Preuve de la variété du propos, l’ambiance change en milieu de chemin pour devenir soudainement mystérieuse avec son mélange de sons atmosphériques, ce qui n’aurait pas déparé n’importe quelle trame sonore de suspense, alors qu’en conclusion on pourra observer la montée en crescendo de la tension amenée par l’alto et le retour progressif des percussions qui nous transporte vers une finale explosive.

Vous avez donc sûrement déjà compris, tout est en finesse sur cet album et c’est ce qui en fait une grande réussite. Les compositions sont bien fignolées et il est surtout intéressant de constater que tous les instrumentistes ont l’occasion de tirer leur épingle du jeu. La pièce-titre en est l’exemple parfait, alors que se côtoient à merveille chant guttural, chant classique, alto, lourde rythmique (autant la basse que la batterie), guitare déchirante. Ce morceau représente bien le duel qui existe constamment chez Liva entre douceur et lourdeur.

Souvent, dans l’appréciation globale d’une œuvre musicale, c’est l’équilibre qui fait la différence et nous la retrouvons d’un bout à l’autre ici. Bien sûr, la qualité des musiciens y est pour quelque chose; ces gens-là savent jouer et donnent au métal symphonique leurs lettres de noblesse en misant sur une écriture solide et surtout en évitant de tomber dans le piège de ne vouloir que miser sur leur virtuosité.

Ce qui me peine en bout de ligne, c’est de constater que Liva demeure relativement inconnu. Je n’ai aucun mal à présumer que si le groupe s’exécutait en Europe, où le marché est plus favorable à ce style musical, il réussirait à se former une plus grande base de fans. Qu’importe, Liva nous apporte la preuve que le Québec n’est pas un figurant sur la scène métal. Dommage car un pareil talent mérite d’être davantage remarqué….