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Dans ma chronique précédente, je vous amenais dans la contrée de Dracula, la Transylvanie. Afin de rester un brin dans la thématique des pays de l’Est, la moitié de cette nouvelle édition des «Elles du métal» portera sur un groupe d’un pays qui faisait aussi partie du bloc communiste: la Pologne. En fait, je consacre mes textes de cette semaine à deux groupes qui n’ont pas encore publié un album. Si les Français de Midnight Sorrow ont un EP de cinq chansons à leur actif, les Polonais d’Hegemony eux, publient les éléments de leur répertoire au compte-gouttes. Place à cette chronique de la relève… – Steph

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Hegemony

EP “Awakening” (2013) + deux chansons (2014)

Autoproduction

 

La genèse d’Hegemony remonte à l’été 2012 lorsque le guitariste – et principal compositeur – Wojciech Muchowicz a décidé de réunir autour de lui des musiciens pour rallier son projet qui vise à mélanger metal et rock progressif. Au départ, afin de se faire la main et de jeter les bases de son style, le groupe s’est concentré à jouer des pièces de poids lourds du prog metal tels qu’Opeth et Dream Theater. Après un certain temps ont émergé trois compositions, réunies sur le EP “Awakening“.

C’est en décembre 2013 que ce premier essai a été offert au public, et je dois l’admettre, le chroniqueur a été frappé de plein fouet par ce qu’il a entendu. “Dirge – Asylum Part II” ouvre la marche et c’est la sonorité très progressive qui se fait remarquer d’entrée de jeu. Pièce très planante, l’instrumentation minimaliste est bien renforcée par le violoncelle qui, mélangé à la guitare acoustique, confère une certaine mélancolie à l’ensemble. Cette entrée tout en douceur est suivie de “Torment – Asylum Part IV” (on attend toujours les parties I et III…), dont l’introduction n’est pas sans rappeler Porcupine Tree. Plus énergique, cette chanson permet à la section rythmique de faire sentir sa présence et à la guitare d’imposer le tempo.

C’est toutefois “Into the Sacred Woods” qui s’avère être la perle de ce premier enregistrement. Introduite par la guitare acoustique, l’entrée en scène graduelle des autres instruments confère à cette pièce une grande complexité, mettant pleinement en valeur le mélange de progressif et de metal préconisé par le groupe. De plus, la musique est littéralement enveloppée par le chant de Valyen Songbird qui épate par sa puissance et sa grande force évocatrice. Ayant entendu des centaines de voix féminines plus étourdissantes les unes que les autres, l’auteur de ces lignes doit pourtant s’avouer presque «troublé» lorsqu’il entend la chanteuse s’exécuter. Aucune explication rationnelle n’est possible ici, j’ai seulement l’étrange impression que la dame vient tout simplement s’emparer de mon âme avec sa voix. Cherchez à comprendre…

Une chose est sûre: c’est avec brio qu’Hegemony s’introduit à nous avec ce court essai. Voici d’ailleurs le lien où vous pouvez encourager le groupe, pour moins cher que le prix d’un grand latte chez Starbucks…

 

 

Depuis le début de l’année 2014 le groupe nous a également gratifié de deux nouvelles pièces: “Orison” et “Labyrinth“. Si Hegemony puise une partie de son inspiration chez des groupes modernes, on constate sur la première de ces deux chansons que les années 1970 n’ont pas été oubliées. En effet, “Orison” évoque un géant de cette décennie: King Crimson. Sur ce morceau, le jeu du leader à la guitare contient une petite touche du grand Robert Fripp, mais c’est surtout la présence du saxophone soprano en surimpression qui force cette comparaison avec «Crimso»; ainsi, on se retrouve vaguement projeté à l’époque de “Lizard” et de “Islands“, mais avec une touche bien particulière conférée par le chant de la sirène qui se fait ici plus posé, en parfaite harmonie avec la simplicité exprimée par la musique.

Avec “Labyrinth“, publié à mi-avril, Hegemony signe toutefois son morceau le plus solide. La complexité des éléments mis en valeur par le groupe y est ici à son sommet; l’entrée lourde à la guitare bien appuyée par un chant puissant (cette voix! j’en suis bouche bée) fait ensuite place à une brillante séquence instrumentale, bien augmentée par des vocalises discrètes, où la guitare acoustique et la section rythmique volent la vedette. Cette petite pépite vient se terminer tout en lourdeur dans la plus pure tradition metal prog. Nul doute, après seulement cinq chansons, il faut savoir reconnaître qu’un soleil brillant se lève en Pologne.

À suivre de très près…

 

 

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Midnight Sorrow

At First” (EP)

Autoproduction

2014

 

 

C’est de Strasbourg, en Alsace, que nous arrive Midnight Sorrow, groupe formé à la fin de l’année 2011 par des maniaques de metal symphonique. Le temps de stabiliser la formation, de se faire connaître sur scène et de peaufiner certaines compositions, c’est finalement en février de cette année que le groupe a pu publier son premier EP, nommé “At First“.

C’est avec “Crystal Drops“, une courte pièce instrumentale, que sont lancées les hostilités. On peut immédiatement déceler le fort penchant symphonique des Français qui mélangent avec grâce piano et claviers orchestraux. On enchaîne avec “Waterfall“, chanson très power metal qui joue habilement dans les plate-bandes de Therion avec son rythme effréné qui, une fois de plus, place les claviers à l’avant-plan.

Vient ensuite “Between Sun and Moon“, qui vient nous confirmer notre première impression: le tempo est rapide et on nous gratifie de nouveau de belles envolées aux claviers. On relève l’ajout de chant guttural sur ce morceau; celui-ci se fait discret et vient bien seconder le travail de la chanteuse Maureen Morvan qui nous livre ici sa meilleure interprétation de l’album, bien qu’elle s’exécute également avec beaucoup d’aplomb sur les deux autres plages chantées. Son registre haut et lyrique fait merveille et s’avère un appréciable complément à l’ensemble hautement symphonique.

Si les trois premières chansons s’avèrent très agréables, c’est toutefois la chanson-titre qui vient nous en mettre plein les oreilles en nous offrant un programme varié. Le tout débute avec une jolie entrée au piano, qui introduit le morceau sur un tempo lent. On sent la pièce gagner en intensité à mesure de sa progression, le growl venant amener une belle dimension agressive au tout, qui ensuite se poursuit avec un excellent passage rapide où tous les instruments sans exception ont l’occasion de se faire valoir. Le thème introductif revient ensuite s’imposer pour clore la marche. Définitivement,  “At First” est un morceau complexe et extrêmement bien construit.

Le EP vient ensuite se terminer comme il a débuté, c’est-à-dire avec une pièce instrumentale. Toutefois, on a ici affaire à une reconstitution orchestrale librement inspirée de la chanson “Waterfall“. Les arrangements sont si bien ficelés qu’on croit à s’y méprendre que “Behind the Waterfall” met en vedette un véritable orchestre symphonique! Ces arrangements, qui sont l’oeuvre d’Émilien Bontz de Light & Chaos, viennent conclure l’ensemble de manière majestueuse

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Midnight Sorrow débute sa carrière sous les meilleurs auspices. On sent une belle maîtrise instrumentale et vocale et, plus important, on sent le groupe en mesure d’offrir des compositions complexes et bien ficelées, qui seront bien appuyées par une appréciable puissance sonore. C’est avec impatience que l’on attend la sortie du premier véritable album qui est présentement en chantier, bien qu’aucune date ne peut être avancée pour l’instant. Entre temps, on se délectera de cette entrée prometteuse.