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C’est dans une grande et belle salle disposée telle une caverne à flanc de colline, au pied d’un escalier dédié à l’ascension de cette dernière, qu’étaient conviées les noires légions de Québec, samedi dernier, pour la livraison de trois nouvelles offrandes musicales, un rituel habilement organisé par Charles «Ghorn» Benoît et Max «Voldsom» Craig des Productions Metallum. En effet, cette soirée était dédiée au lancement des tout nouveaux opus de trois formations québécoises œuvrant dans le spectre du Black Metal, c’est-à-dire ceux de Valknacht (Le Sacrifice d’Ymir), Haeres (Trom) et Ordoxe (Beyond Mankind). La table était donc mise pour une soirée de débauche comme je les aime puisque chacune des formations disposerait d’un temps de scène de qualité dans la magnifique Salle Multi pour nous présenter des pièces de leur nouvelle offrande sonore diabolique ainsi que de leurs albums passés, tout en nous présentant un bel et irrésistible étalage de marchandises nouvelles pour alléger notre porte-monnaie. À ce chapitre, Matrak et sa légendaire panoplie de produits Hymnes d’Antan seraient d’ailleurs de la partie puisque deux des artistes de sa bannière (Ordoxe et Haeres) étaient de l’alignement dudit rituel. C’est donc avec hâte que ma sombre déesse et moi prîmes le chemin de la Salle Multi en cette douce soirée de mars.

Arrivés sur les lieux peu après 18 h 30, je bénéficiai de l’accès gracieusement offert par les Productions Metallum, puis ma délicieuse compagne et moi pûmes engager de nombreuses conversations intéressantes, nous abreuver de délicieux houblon avec une sélection de bière de la Micro-Brasserie l’Alchimiste et faire quelques emplettes aux tables de marchandises avant que Ordoxe ne prenne place sur scène pour ouvrir les hostilités vers 19 h 45.

Pour ceux à qui la formation trifluvienne serait encore étrangère, Ordoxe est un quatuor formé par Jean-François Jalbert (Ex-Slaotvean) (guitare et vocal), Samuel Landry (Horfixion) (guitare), JD Bergeron (Ex-Haeres) (basse) et Steve De Cotret (Ex-Strigampire) (batterie). Fondé en 1989 comme un projet solo de Jean-François Jalbert, Ordoxe a alterné entre activités et mise en veilleuse pendant de nombreuses années en raison de la popularité de l’autre projet principal de son créateur, soit Slaotvean, mais à tout de même réussi à mettre au monde deux albums en 2006 (Sorrick Ked Tho) et 2007 (Magnum Opus) avant de renaître définitivement sous sa forme actuelle à la faveur de la séparation de Sloatvean, avec l’album Nihil en 2012. Sur scène, les membres de Ordoxe venaient nous présenter leur tout nouvel album Beyond Mankind (que j’ai pu écouter à quelques reprises sur You Tube avant de me le procurer ce soir-là) qu’ils avaient lancé la veille à Trois-Rivières, leur ville natale et qui présente un Black Metal teinté de certaines influences Thrash et Death, beaucoup plus varié en structures que leur offrande précédente, étant quant à elle axée sur  un Black Metal cru et plus classique. Entamant leur prestation musicalement très solide avec la première pièce de leur nouvel effort, «Obsessions», le groupe dû rapidement faire face à un petit problème technique avec la pédale de distorsion de Samuel. Cependant, le groupe ne se laissa pas démonter et poursuivit son assaut sonore avec aplomb, bénéficiant dans la salle d’un son très bien défini de la part de François C. Fortin. Sur scène par contre, le groupe me dit subséquemment avoir éprouvé quelques difficultés à s’entendre. Suivirent donc plus de nouvelles pièces et quelques pièces de l’album précédent toutes jouées avec dextérité et précision. Toutefois, côté présence scénique le groupe semblait quelque peu fatigué de sa soirée de la veille au début de la prestation avec une attitude plutôt réservée. Les choses s’améliorèrent heureusement au fur et à mesure que la prestation avançait lorsque les membres du groupe semblèrent se dégourdir un peu et donner plus d’énergie aux nombreux spectateurs déjà présents dans la salle. Somme toute, ce fut donc une prestation convaincante de Ordoxe, nous présentant ses nouvelles pièces avec efficacité et avec la qualité de ces dernières je suis sûr qu’un bel avenir attend encore Ordoxe, malgré leur expérience déjà grande. Suivez leurs activités ici.

Après un court entracte, Haeres se présenta après une longue absence scénique pour nous présenter Trom, le successeur de son premier opus de 2011 intitulé Héritiers du Sang Noir. En effet, il y a un bon moment (depuis 2012 si je ne m’abuse) que le quintette de Black Metal mélodique n’avait pas foulé les planches de Québec et la formation a depuis quelque peu changé avec le départ de JD Bergeron de son poste de bassiste. En effet, Sryzir est passé de la guitare à la basse et le reste de la formation se présente comme suit: Fix (Neurasthene, Folk You) à la guitare; Voldsom (Ex-Chasse-Galerie) à la guitare, aux choeurs et à la composition; Ghorn au vocal et aux textes; Goathier (Aborgnon, Saccage) à la batterie. Avant le spectacle, j’avais eu la chance d’écouter deux nouveaux morceaux se retrouvant sur le nouvel album du groupe, soit «Patriote» et «Au crépuscule» et celles-ci laissaient entrevoir du nouveau matériel aux mélodies élaborées qui serait très intéressant à voir transposé sur scène. C’est cependant avec «La Cité Dolente» de son premier album que le groupe fit son entrée. Entrée fracassante, puisque cette pièce est certainement ma préférée de leur album précédent. Formidablement énergique sur scène, le groupe se lança ensuite dans une sélection plus orientée sur son nouvel album, brièvement interrompue par un discours patriotique de Voldsom qui ne trouva malheureusement qu’un écho mitigé au sein de la foule. Très mouvementée et agressive leur prestation fut enlevante malgré quelques petites imperfections sans grande gravité, puisque la majeure partie du nouveau matériel présenté était inconnue aux oreilles des spectateurs. Cependant, il y eut deux sursauts de tension quelque peu surprenants entre des membres du groupe, deux pièces avant la fin de la prestation et à la toute fin de leur spectacle, ce qui créa un peu de malaise dans la foule. Encore une fois le son de la salle était très bien balancé, mais les musiciens semblaient quant à eux avoir de la difficulté à s’entendre mutuellement, ce qui me fut confirmé par des membres du groupe plus tard. Hormis les quelques anicroches soulignées plus haut, les nombreux spectateurs présents apprécièrent la prestation en n’hésitant pas à s’esquinter mutuellement et à hocher frénétiquement de la tête tout en hurlant leur appréciation à la moindre occasion. Ce fut donc en somme une prestation réussie en ce qui à trait à la réaction du public et à la présentation du nouveau matériel excellent du groupe. J’espère donc que certaines tensions affichées entre les membres du groupe ne nuiront pas à l’avenir de la formation qui doit se produire dans le cadre du concours En Route vers HeavyMtl 2014 au Dagobert le 4 avril prochain. Suivez Haeres ici.

Après une dernière pause, c’était maintenant aux Vikings de Valknacht de venir nous exploser la tronche avec leur Black Metal païen agressif et épique. Formation existant depuis 2005, Valknacht est dirigée par Thorleif (vocal) et a connu quelques changements récents de membres avec le départ de sa flûtiste et vocaliste Vervandi et de son claviériste Blodorn. Le groupe est donc actuellement complété par Froidure (guitare), Dörv (guitare), Siger (basse) et Matoleos (batterie). Sur scène, le groupe fait donc maintenant appel à des séquences de clavier, de flûte et d’orchestration et à une «clic-track» dans les oreilles du batteur pour compenser le départ des deux musiciens. En outre, le groupe venait nous présenter son excellent nouvel opus (dont vous pouvez lire ma critique ici), Le Sacrifice d’Ymir, déjà son troisième album en carrière. Les raisons étaient donc bonnes de venir se placer en avant de la scène pour admirer le spectacle qui allait se présenter à nous. Immédiatement, le groupe se lança avec vigueur et précision dans une sélection qui allait se révéler être sans contredit le meilleur moment de la soirée. En effet, bien que le groupe ait perdu deux morceaux, l’emploi de séquences et de métronome le força à une précision impeccable, malgré le fait que le groupe ait toujours été très précis sur scène, qui permit aux musiciens de s’abandonner pleinement au mouvement sur scène. Le résultat fut une prestation magique et puissante qui déclencha la folie des spectateurs. Principalement axée sur le nouveau matériel du groupe, la sélection comprit l’excellente «De murmures et de givre», l’épique «Le Sacrifice d’Ymir» et la fameuse «Sur les ruines de Rome»Vervandi monta sur scène pour exécuter ses cris perçants qui nous donnèrent des frissons dans le dos, parmi tant d’autres. La foule apprécia tellement le spectacle qu’elle réclama un dernier rappel avec force au groupe qui ne s’attendait visiblement pas à tant d’enthousiasme, mais qui s’exécuta quand même, laissant tomber le métronome et les séquences pour la violente «Saxon’s Will» de l’album Chants de Guerre (2011). Le groupe nous prouva donc qu’il méritait pleinement sa position de tête d’affiche de la soirée avec une prestation impeccable autant du point de vue de la présence scénique que du point de vue musical. Je vous enjoins d’aller visiter cette page si ce n’est déjà fait!

En conclusion, ce triple lancement fut une belle réussite tant au point de vue de l’affluence, de la qualité des trois œuvres présentées que de la qualité des prestations livrées par les trois groupes présents. Cette soirée a prouvé à tous que la scène Black Metal québécoise est bien vivante et a beaucoup d’avenir devant elle dans toutes ses déclinaisons. De plus, la Salle Multi a encore démontré son potentiel pour les spectacles métalliques, ce qui me fait me demander pourquoi elle n’est pas plus utilisée pour des spectacles devant un public de tous âges. J’ai donc déjà hâte au Black Metal Origines IV qui y sera présenté par les Productions Metallum le 29 mars prochain. En terminant, je désire remercier chaleureusement Charles Benoît et Max Craig pour l’accès à la soirée et l’organisation impeccable de ce spectacle.

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas