Sous une température clémente s’est déroulé le Heavy Montréal 2015 au parc Jean-Drapeau du 7 au 9 aout, avec entre autre comme line-up de feu les groupes Korn, Slipknot, Gojira, Meshuggah et j’en passe. Malgré une blessure mineure au canal céphalo-rachidien (c’est les risques du métier, recevoir des gens sur la tête), je dois dire que j’ai eu énormément de plaisir durant mes deux jours passés au festival. Malheureusement pour les organisateurs, qui en ont arraché avec la vente de billets, le parc était beaucoup moins peuplé que les années précédentes. Par contre, je dois saluer leur conscience écologique, avec les verres réutilisables et les nombreuses poubelles et bacs à recyclages, et leur line-up formé de plusieurs groupes avec des membres féminins. C’est rafraîchissant dans un milieu formé majoritairement d’hommes et de «pouels»

 

7-9 août affiche Heavy Montréal

 

Jour 1

Les légendes du métal québécois GORGUTS entrent en scène à 13h30 (ce qui était beaucoup trop tôt selon moi) le lendemain de leur veillée aux Katacombes, pour donner une performance de 45 minutes. Le groupe formé par Luc Lemay a donné une excellente performance, transportant le public dans leurs expérimentations d’avant-garde, en jouant des chansons plus récentes mais aussi quelques chansons de leur album «Obscura», sorti en 1998. Les membres étaient un peu statiques, mais j’ai quand même été séduite. Demandez au dude qui a headbangé pendant 45 minutes à côté de moi, il vous dira la même chose, s’il n’a pas de commotion.

On continue dans la lignée du québécois avec le thrash métal d’ANONYMUS. Après une performance plus sobre, ça faisait du bien de voir ces quatre diables dans l’eau bénite se déchaîner sur scène, toujours là à mettre une ambiance de party dans la place. Le groupe a entamé des chansons de plusieurs de leurs albums, dont le nouveau à paraître «Envers et contre tous», parce que comme l’expliquait le chanteur Oscar Souto, «C’est pas facile faire du métal». Mention spéciale à celui-ci, qui invite le public à envoyer un beau «Tabarnak» aux chialeux de St-Lambert.

On y va avec du bon deathgrind fait pour se rentrer dedans. Le groupe CATTLE DECAPITATION, originaire de Californie, a brassé la scène de la forêt (qui est littéralement dans une forêt, so cute!) et nous a fait headbanger ben comme il faut. Le chanteur Travis Ryan semblait posséder d’une forme d’énergie qu’il transmettait à la foule par ses cris gutturaux primaux. D’ailleurs, le groupe sera de retour à Montréal aux Foufounes Électriques le 30 septembre. À ne pas manquer!

Vers 19h, Mes-choux-gras (hahahihihoho) entre en scène pour nous livrer leur sauce (haha ok j’arrête) djent épicée. Plusieurs questions sont alors apparues dans ma tête: pourquoi jouer du djent avec deux guitares à huit cordes? Pourquoi un trou dans les pantalons du chanteur? Est-ce qu’il est possédé par une forme démoniaque quelconque, ou bien c’est un robot? Bref, trêve de plaisanteries, MESHUGGAH était en forme et a donné une performance très énergique.

L’un des groupes les plus attendus du festival était sans doute le groupe post-hardcore ALEXISONFIRE, qui s’était séparé en 2011, mais qui ont tout de même décidé de faire quelques performances cette année. Les voix de George Pettit et Dallas Green se mêlait harmonieusement, et le groupe était particulièrement déjanté. Mention spéciale au bassiste, qui s’il n’était pas «sua poud», avait une capacité énergétique qui dépassait Hydro-Québec.

Enfin KORN, le groupe de la soirée, qui performait en entier leur premier album éponyme sorti en 1994. C’est alors que je me suis mise en mode groupie (AHHHH MAILLE GODDE SONT TROP HOOOT!). J’avais peur que le groupe n’aie plus sa forme d’antan. J’avais tout faux. Jonathan Davis est encore capable de chanter de manière inimaginable. Le public s’est enflammé lors des premières notes de «Blind» et est passé en beast mode assez rapidement. Le groupe en a aussi profité pour jouer quelques autres pièces, comme «Freak on a Leash». Bref, définitivement le meilleur show de ma fin de semaine.
Jour 2

J’avais été très déçue de manquer la performance de SLAVES ON DOPE au «Amnésia Rockfest» de Montebello en juin dernier. Je me suis donc rattrapée cette fois-ci en me plaçant au premier rang 30 minutes avant le début de leur show. Dès le début, on peut remarquer à quel point le chanteur Jason Rockman, aussi animateur à CHOM FM, est une bête de scène incroyable, enchainant les interactions avec le public. Il faut dire qu’il n’est pas facile de commencer un festival, mais ils ont réussi leur mission avec brio. Ce fut un excellent show pour débuter la journée, malheureusement les 30 minutes étaient trop courtes à mon goût.

Juste après, le groupe DEAFHEAVEN ont débuté leur performance sur la scène d’à côté. Du black métal nouveau genre. Leur abus de séquences et leur manque d’énergie m’ont fait décrocher assez rapidement. Seul le chanteur semblait content d’être là, et encore… Leur statisme et leur manque de contact avec la foule a paru très froid. Vous pourrez les revoir le 2 novembre au Club Soda de Montréal.

C’est l’heure de se faire swigner de tous les bords: les français de GOJIRA embarquent sur scène, enchaînant plusieurs chansons des albums «From Mars to Sirius» et «L’enfant Sauvage». Le chanteur Joe Duplantier y est d’ailleurs allé avec une belle remarque avant d’entamer la chanson titre de l’album: «Le métal nous force à garder une âme d’enfant, nous force à garder les yeux ouverts, et l’esprit aussi». Je dois dire que leur performance a plutôt fait ressortir mon côté sauvage, avec le nombre incalculable de gens en bodysurfing et les autres «sua poud». Le groupe a terminé avec un «mur de la mort», comme ils ont traduit, assez impressionnant.

J’ai pour mon dire qu’on est jamais déçu avec BILLY TALENT. Le chanteur Benjamin Kowalewicz a l’air d’avoir été crinqué deux fois plutôt qu’une, se déhanchant sur scène du début à la fin. Une grande foule était amassée devant la scène heavy, c’était beau à voir. Débutant avec la chanson «Devil in a Midnight Mass», le groupe y est allé d’une performance mêlant vieux et nouveau stock. Ils ont même dédié leur chanson «Kingdom of Zod» en hommage à leurs amis d’Alexisonfire. Cute!

Je n’ai jamais eu la chance de voir THE AGONIST performer avec leur ancienne chanteuse Alissa White-Gluz, donc je ne peux malheureusement par comparer la différence avec la nouvelle Vicky Psarakis. Par contre, je dois dire que cette dernière possède une grande maîtrise de sa voix et a un très grand registre vocal. Seul bémol: le contact avec la foule se faisait un peu maladroitement, peut-être par manque d’expérience ou plutôt du fait qu’elle parle plus ou moins français. Mais je dois dire que les membres du groupe étaient contents d’être chez eux à Montréal et ont donné tous et chacun une très bonne performance.

Devin Townsend Project
«This is the nerdiest part of the festival», entame le frontman Devin Townsend armé de ses écouteurs en forme de coquilles. Celui qui clame jouer à «Dungeon and Dragons» et avoir un petit pénis n’arrête pas de blaguer tout le long du show. On voit qu’il ne se prend pas au sérieux. Le groupe progressif, un peu moins heavy que certains autres du line-up, a quand même pigé certains de leurs titres qui bougeaient le plus pour se mettre dans l’ambiance. Ce fut un très bon band pour terminer ma fin de semaine au parc Jean-Drapeau, divertissant, excellent et amusant à la fois.

Gabrielle Bordeleau

Affiche Heavy Montréal 2016