Voici le compte rendu et une entrevue réalisés par notre journaliste Christian Lamothe lors du spectacle de Guhn Twei présenté au Café-Bar Zénob de Trois-Rivières le 1 août 2024 et qui mettait également à l’affiche Destruction Derby.

Guhn Twei et Destruction Derby

Nous avons eu la chance d’accueillir au bar Le Zénob, deux groupes épiques dans leur genre qui ont fait monter la température ce jeudi premier août. Deux formations complètement différentes, mais avec un désir conjoint de conquérir les âmes trifluviennes et de canaliser l’énergie collective pour créer une soirée parfaite malgré cette canicule estivale.

Cette chronique sera en deux parties. On parle bien sûr du spectacle, de l’ambiance et de la musique. Par la suite, je vous ai inséré ma rencontre avec Simon et David de Guhn Twei qui s’est faite une heure avant le spectacle. Une entrevue que j’ai essayé de vous synthétiser en laissant la chance à ceux-ci s’exprimer à leur guise. Un rendez-vous avec la conscientisation, mais surtout avec deux chics types.

 

Retour sur le spectacle

Destruction Derby

François Mackin -Batterie
Jimmy St-Amand -Voix et guitare

Ce duo de Montréal carburant à la nitro et au rock sans frein nous ramasse dans un spectacle sans boucane, mais avec la turbulence d’une course de bulldozers modifiés. Pourquoi on invite les ‘’boys’’ de Destruction Derby à différents événements? Tout simplement parce qu’ils font lever la place partout où ils vont et ça n’a pas fait exception ce soir au Zénob. Leur thématique est simple, bien huilée et la chanson Face à Face part la course musicale le pied au plancher. Le dynamisme et la complicité des deux coéquipiers est palpable et ça se ressent dans tout le Zenob. Les spectateurs sont pris dans cette frénésie d’un rock de garage qui se veut énergique. Même avec une pièce plus lourde comme Burnout, on ne ressent aucune perte de vitesse, en fait ce fut ma pièce préférée de leur répertoire de ce soir. Leur dernier album, Top Speed, est paru en 2019 et le groupe sait qu’il devra penser à revenir en studio bientôt. Mais pour l’instant, ils gagnent encore des fans que j’entends: ‘’Wow c’est quoi ce band là!’’ Clairement, c’est Destruction Derby qui encore une fois m’impressionne par leur efficacité et leur détermination à nous donner ce surplus d’adrénaline sans odeur de gaz!!!

 

Guhn Twei

Simon Turcotte- Bass et voix
Jeanne Perrin- Guitare
David Alisich-Bérubé- Batterie

Une tornade hardcore nous arrive de Rouyn-Noranda. On peut même parler de l’ouragan Guhn Twei qui passe dans les villes majeures du Québec depuis la sortie de leur deuxième album Capitale de l’Arsenic sorti en avril 2024. On attendait ce groupe médiatisé et reconnu pour leurs textes engagés et dénonciateurs. Les présents de la salle sont à quelques pas du chanteur. Il s’est entouré par des fans qui avaient très hâte d’entendre cette prestation et ça se sentait.

Corpocratie est la chanson qui part ce remous agressif et le Zénob répond avec acclamations. David Alisich-Bérubé à la batterie sonne brutal et magnifiquement synchronisé, on adore tous ce genre de ‘’drummer’’ qui martyrise son instrument tout en restant dans les temps. Deux seules pièces seront jouées du premier album Glencorruption, soit: Déluge et Tueurs d’Enfants.

Simon Turcotte prend le temps de nous parler du groupe et du contexte des chansons, le Zénob écoute. Surtout quand celui-ci fait un témoignage poignant sur l’erreur médicale lors de l’amputation de sa jambe: on aurait anesthésié la mauvaise… Ma mâchoire tombe par terre et on écoute James Bond… Allez lire le texte de cette pièce, vraiment… Sur une personne qu’il a connu à l’hôpital en ces moments les plus noirs…Oufff!  Lac Terreur nous arrive avec les douces paroles de Jeanne Perrin. Plus la chanson avance et plus la basse de Simon nous ramène à  l’angoisse qui valide les textes.

Petit mot sur le système de lumières synchronisées pour le spectacle de Guhn Twei, juste parfait pour les changements d’ambiance et pour avoir les yeux ouverts tout le spectacle. Vous avez visé juste et personne ne pourrait me dire le contraire. On ne fait qu’un dans le bar et on arrive à la fin… La chanson titre Capitale de l’Arsenic, tant attendue, le clou de la soirée, moment de bonheur bestial pour une soirée glorieuse qui valait toutes les sueurs du monde.

 

Merci aux deux groupes qui nous quittent pour un autre spectacle à Chicoutimi. Des soirées comme ça, on en prendrait tout le temps et au plaisir de se revoir! Maintenant comme écrit dans mon introduction, nous voilà rendu à la partie réunion au sommet avec Guhn Twei. En compagnie de Simon et David, je vous ai préparé une partie de leur histoire… Quelle histoire!

 

Rencontre avec GUHN TWEI

Ondes Chocs: ‘’Deux albums à un an d’intervalle, ce qui est très court comme délai. Parlez-moi de cette décision que vous avez prise pour la sortie de Capitale de l’arsenic qui suivait Glencorruption? »

Simon Turcotte:  » À la base, nous avons toutes enregistré les  »tounes » en même temps. On a enregistré 17 chansons, au début, moi et Dave, tout d’un coup. C’était censé être un long album et finalement on a trouvé que c’était trop long. Alors nous avons  »splitté » l’album en deux.’’

David Alisich-Bérubé reprend:‘ En plus le FME (Festival De Musique Émergente à Rouyn 2023) s’en venait et était une bonne opportunité pour un lancement d’album, mais à 17 tounes à enregistrer en dedans d’un mois…on s’est dit qu’on n’y arriverait pas à temps… Et c’est Simon qui à trouvé les tounes qui s’agencent bien ensemble ».

Simon: »...ont été composées dans la même période et enregistrées, c’est juste que pour Capitale de l’Arsenic après on a eu plus de temps pour peaufiner en studio et faire plus d’arrangements et revoir certaines parties dont les voix, mais tout part de la même inspiration, du même burst et de la même période ».

 

O.C.:  »Est-ce qu’il y avait des textes de composés avant l’éclatement sur le sujet de la Fonderie Horne? »

Simon:  »Pas tant! Tout ça c’est comme, il faut savoir par où on passe dans le contexte… L’été 2022, il y a le scandale de l’arsenic qui a explosé à Rouyn dans tous les médias et c’est devenu un débat public. À la même période, je venais de m’installer à Punk House (local de musique). Dave en même temps avait déménagé dans le même bloc pour monter son studio d’enregistrement. On a cliqué. On a jammé et décidé de former un band… Dans le contexte social, tout le monde parlait de ce qui se passait avec la fonderie, le taux d’arsenic dans l’air et c’était un gros débat public. Avec mon histoire à moi, qui a travaillé à la Fonderie Horne plus jeune… Une année après j’ai eu un diagnostic de cancer, un long combat avec la maladie, cinq ans dans les hôpitaux, un sarcome dans la cuisse droite et après cinq cancers, on m’a amputé la jambe au complet. Quand on a partie Guhn Twei, ça faisait 2 ans que j’avais été amputé. Veux, veux pas toutes les question de cancer c’était quelque chose de personnel pour moi et avec le contexte de l’époque, un nouveau band… Mais ce n’est pas comme si on s’était assis moi et Dave puis on se dit qu’on va se partir un band politique, engagé, pour dénoncer Glencore. Ce n’est pas ça qui s’est passé. On est parti un band pour faire un show que l’on s’était fait offrir à Rouyn. C’est juste venu de même… Après la troisième ou quatrième chanson Eau de fonte qui parlait vraiment de ce sujet là et ça c’est fait de façon naturelle. Un band qui parle de ça avec ma situation, ça fait parler, surtout à Rouyn ».

Guhn Twei attire les médias et se retrouve impliqué avec de nombreux regroupements comme groupe Mères au front de Rouyn-Noranda et soutenue par différents organismes comme le Petit Théâtre du Vieux-Noranda. Ils font un spectacle devant la Fonderie Horne et deviennent une forme d’emblème musical.  Simon m’expose le fait que d’avoir des textes en français rejoint les gens. Le message  »dans ta face » est clair.

 

O.C.:  »Est ce que vous considérez vos albums comme un cri du cœur ou une déclaration de guerre?’’

Simon:  » C’est ni l’un ni l’autre, c’est pas ça qui se passe. On fait de la musique, c’est un exutoire, David, c’est à travers l’instrumental, moi je fais les paroles. Moi, je ne pourrais pas parler d’autre chose, c’est ça mon histoire et ça ne serait pas authentique de parler d’autre chose, c’est ce que j’ai connu les cinq dernières années. J’ai eu le mot cancer pendant des années et on reste à Noranda. La fonderie, on l’entend tous les jours. Je composais la musique de Guhn Twei et j’entendais l’usine en arrière.’’

D’ailleurs c’est David qui nous explique à quel point, juste ouvrir la fenêtre du studio nous donne droit à la présence sonore de l’usine. Ce qui lui a donné le goût d’enregistrer et de mettre à quelques reprises sur les albums (en arrière plan) le son de cette machine industrielle qui est si présente dans le paysage de leur coin de pays. Ils se considèrent beaucoup plus comme des interprètes que des revendicateurs. La chanson Capitale de l’Arsenic a été une des dernières pièces composées et enregistrées. Elle fut en réponse aux évènements qui ont suivi l’exclusion du groupe du Alien Fest dû à la pression de  certains commanditaires. J’ai trouvé mes deux interviewés tellement calmes, sereins et confiant face à cette tornade médiatique qui à suivie le groupe au Québec et qui a même intéressé les médias anglais canadiens. Ils disent s’être fait décrire de façon adéquate. De toute façon, en ce qui concerne le festival, les raisons données étaient inscrites noir sur blanc et personne ne pouvait se cacher. Guhn Twei n’en est ressorti que plus fort. Et partout où ils se présentent, le message passe, car chaque région a son histoire similaire. Les shows deviennent des moments de partage de part et d’autre, peu importe la destination. En construisant son exutoire personnel, Simon semble avoir créé un investigateur d’une soupape collective dans ses paroles et spectacles.

Ce que j’ai adoré entendre de ce jeune chanteur est quand il me parle de sa démarche personnelle:  »…de canaliser tout ça, pis de le mettre dans mon band avec Dave et que je trouve une façon que ça sorte, pis que ça devienne du positif. C’est ce qui m’amène à continuer…d’être, comme hier à quatorze heure de chez nous devant une soixantaine de personnes qui connaissent nos chansons, pis qui trippe avec nous autres et que c’était juste une façon de me sortir tout ça de la tête, ben c’est beau là. Ça ne vient pas de quelque chose de beau, mais là ce l’est!’’

Quand je parle de bon coup, pour eux c’est clair: De partir en tournée présentement. Un douze jours qui présentement se passe entouré d’un public réceptif et énergique . Les membres de Guhn Twei sont heureux de leur pari, car partir en tournée, financièrement, en est un. Mais la réponse est là et leur motivation de continuer l’est d’autant plus.

Quelle belle rencontre avant le spectacle au Zénob, avec ce band d’Abitibi. Vous n’avez pas eu la chance de les voir? Il est toujours temps pour vous d’aller les écouter d’ici le temps qu’ils reviennent par chez-vous. Encourageons la relève!

 

-Christian Lamothe, chroniqueur de l’Underground