Voici la critique de Jo St-Rock lors du spectacle présenté par Mantas Productions au Piranha Bar de Montréal le 16 avril 2022 et qui mettait à l’affiche The Flaying, Hatalom, Leprosys, Ignominy et PolymorphiK.

Critique

J’ai quelques minutes de retard, mais j’arrive assez tôt pour entendre les deux dernières chansons de Polymorphik, le groupe qui ouvrait la soirée. Le spectacle se donnait samedi le 16 avril dernier, au Piranha Bar de Montréal. Première chose que je remarque : L’acoustique de la pièce est bonne, on peut distinguer tous les instruments, peut-importe où on se trouve dans la pièce. Props au gars de son! Je ne connais aucun groupe ce soir et n’ai fait aucunes recherches avant de me présenter. Je voulais arriver avec une perspective fraîche et me laisser guider par ma première impression.

 

PolymorphiK

Je ne les connais pas, mais visiblement c’est loin d’être leur premier show et après une recherche Google rapide, je vois qu’ils sont en effet actifs depuis quelques années. Niveau style, pas de surprises vraiment. Metalcore/Deathcore classique, bien exécuté. Leur son est assez lourd et ils sont très tights (surtout le batteur). Leur matériel est maîtrisé à souhait et ils ont sût allumer la foule, malgré qu’ils étaient les premiers à jouer.

Le chanteur avait une technique impeccable et un large éventail de screams, lequel me rappelait celui du chanteur d’Arsonists Get All the Girls. Leur force se trouve clairement dans leurs transitions, lesquelles se font de manière humble et très fluide. Les chansons n’ont pas trop de matériel et rien ne sonne décousu. J’ai particulièrement aimé leurs riffs lourds faits pour headbanger. Ils n’étaient pas spécialement virtuoses, mais leur matériel était bien construit et leur son semblait plus recherché que les autres groupes, particulièrement la basse.

Leur lacune me semblait être leur présence de scène. Les boys, vous n’êtes pas au local de pratique! Ne craignez pas de prendre de la place et de dominer votre environnement!

 

Ignominy

Le deuxième groupe à jouer était Ignominy. Ils sont normalement 5, mais ce soir ils sont seulement trois, soit un chanteur, un guitariste et le batteur. Ce fût une descente de qualité sonore, comparé au groupe précédent, mais leur style était beaucoup plus extrême. Bravo aux gars de ne pas avoir été intimidés par le fait que leur formation était incomplète et d’avoir quand même bravé la foule. Les gars semblaient motivés et clairement ils avaient un profil ‘’bête de scène’’.

Cependant, j’ai trouvé dommage qu’ils n’utilisent pas l’opportunité qu’ils avaient d’utiliser plus de place sur la scène, vu leurs membres manquants. Je comprends qu’il s’agissait de vos positions habituelles, mais il faut s’adapter aux circonstances et savoir en tirer le maximum! Ils avaient le meilleur batteur de la soirée, ou plutôt celui qui m’a le plus impressionné par sa grande versatilité et différentes techniques employées. J’ai particulièrement aimé le son de son snare (un grand compliment, je sais). Le chanteur avait une technique et un range incroyable, en plus d’avoir une bonne présence.

C’est dommage pour lui et les photographes, puisque l’éclairage laissait grandement à désirer. J’ai apprécié les dissonances et les influences black, ce qui m’a le plus déplu en revanche est le feedback insupportable de la guitare entre les chansons. Tant qu’à meubler le silence, ce serait bien que ce soit avec quelque chose de plus agréable et moins dommageable pour les oreilles.

 

Leprosys

Ce fût au tour de Leprosys de prendre position. Tristement le groupe le moins original de la soirée, tant par leur son et leur style (autant musical que vestimentaire). Ils sonnaient thrash/death et semblaient avoir de grosses influences du groupe Death (au point de sonner presque identique). Le vocal était une copie conforme de Chuck Schuldiner. Les riffs ne sont pas mauvais, mais je ne mentirai pas en disant avoir eu l’impression de déjà les avoir entendus 100 fois avant.

Cependant, ils ont le chanteur le plus charismatique de la soirée. Il n’a pas peur de prendre sa place, et semble s’abandonner complètement à la performance, ce que je ne peux que respecter. Ça semblait une seconde nature pour lui, de jouer de la guitare et chanter en même temps. Par contre, il était pas mal le seul à se donner autant. Le groupe semble étranger au concept de théorie musicale. Les harmonies sont relativement simples et les solos étaient presque toujours off key. Comme si ce n’était que du mindlessshredding, juste pour dire que ça en prenait à des moments clés (style Kerry King). Les riffs sonnent souvent cyclique, comme des exercices de pratique et manquent un peu de soul, de profondeur. La foule semblait bien apprécier leur matériel et nous avons tous passé un bon moment.

 

Hatalom

La soirée allait de bon train et c’était maintenant l’heure pour Hatalom de nous montrer ce dont ils sont capables. Avant même que ça commence, je m’attends à entendre un groupe très technique. Je les vois arriver avec leurs headlessguitars, presque remontées jusque sous les aisselles, tous d’allure très propre. Je m’attends également à les voir immobiles, les yeux rivés sur leur manche et presque inconscients de leur environnement, mais quelle ne fût pas ma surprise! Ils étaient non seulement le groupe avec la meilleure présence de scène (malgré leurs runs de notes de passages impressionnantes), mais ils avaient aussi le style musical qui se démarquait le plus.

C’était effectivement très technique, mais sans sonner complètement aseptisé. Je ne sais pas trop comment exprimer ça autrement, mais je trouvais parfois que ça sonnait un peu trop guitar pro 5.2 à mon goût et que la batterie restait trop près des guitares, mais ce n’était pas un sentiment que je pouvais retrouver dans toutes leurs chansons. Peut-être ont-ils différentes manières de composer? Je vais identifier les guitaristes de par leur pilosité faciale (difficile de faire autrement, puisque les deux faisaient beaucoup de rythmes et de solos). Le guitariste non barbu était celui dont les solos avaient le plus de soul. Ses vibratos sonnaient maîtrisés et venaient toujours chercher l’émotion désirée. Le guitariste barbu, quant à lui, avait des solos beaucoup plus techniques et longs, mais ses vibratos sonnaient un peu plus style Kirk Hammett (rapides et un peu moins précis).

Ils ont aussi le premier bassiste de la soirée qui joue avec ses doigts et je trouvais intéressante son utilisation du capot. Le chanteur avait parfois de longues lignes de paroles et on entendait que ses techniques de vocal étaient bien maîtrisées (les deux seules qu’il utilisait). Avec de la musique si mélodique, je me serais attendu à entendre plus de voix claire, mais ça n’a rien enlevé à la qualité du produit. Chaque membre était virtuose à sa façon et apportait quelque chose d’unique à la formation. Somme toute, ce fût le groupe qui m’a le plus marqué et je suis même porté à penser qu’ils ont volé le show. Performance incroyable sur tous les fronts et attitude très professionnelle.

 

The Flaying

Et finalement, le dernier groupe de la soirée et headliner se pointait le bout du nez. The Flaying, groupe de death métal classique qui semblait avoir beaucoup de supporteurs présents. Le son de guitare est très clair et le vocal me rappelait celui de Peter Tãgtgren, à l’époque où il chantait pour Bloodbath. Un de mes vocal préféré du genre, qui a influencé une génération complète de musiciens. Les riffs manquent un peu d’originalité, mais le tout reste très tight. Ça sonne un peu comme du Cannibal Corpse avec un son plus distingué ou même solennel. Genre Decrepit Birth sur les bords. Leurs breakdowns sonnent découpés au couteau tellement ils sont bien exécutés et la voix atteint des gutturaux très profonds, qui tournent parfois même au squeal.

Le chanteur a l’air très expérimenté et savoir ce qu’il fait. Son attitude est communicatrice et il semble être celui qui a le plus d’influence sur la foule, depuis le début de la soirée. Il n’y a qu’une guitare et une basse, leurs harmonies sont intéressantes et les structures de chansons bien pensées. Beaucoup de gens ont l’air de s’être déplacés pour les voir eux, ce qui me fait penser qu’ils roulent probablement depuis un bon moment. Ils sont clairement bons dans leur genre, mais ne sortent malheureusement pas du lot. Ils ont suivi les règles du genre à la lettre, ça c’est indéniable, mais c’est ce qui leur coûte leur identité. Ils sont aussi le groupe avec le meilleur esthétique et l’éclairage commençait enfin à avoir du bon sens. Dommage que nous n’avions pas de photographe présent pour la soirée!

Mentions spéciale au gars qui n’arrêtait pas de crier ‘’JÉSUS’’

-Jo St-Rock