Voici la critique de Dany Marchand réalisé lors du spectacle du Devastation On The Nation Tour présenté par District 7 Production à L’Impérial Bell de Québec le 5 mai 2022 et qui mettait à l’affiche Rotting Christ, Borknagar, Abigail Williams, Ghost Bath, Vale Of Pnath et Stormruler.

Devastation On The Nation Tour

Voilà donc ma première visite à l’Impérial Bell, la place est magnifique et elle est déjà bien remplie.

Stormruler

J’arrive comme Stormruler entame ses premiers accords.

La scène est superbe, fog machines hyper-performantes, éclairages intenses et somptueux mettent en visuel les membres du groupe au look très vintage speed metal comme les Venom, Possessed et compagnie de la très glorieuse époque des années 80.

Musicalement, c’est un black métal fort mélodieux qui ensorcelle nos canaux auditifs. Les cordes sont bien balancées avec des cabs et tête Orange, Marshall et EVH visibles sur scène. La basse est bien amenée avec la puissance du cab Avatar. Les percussions sont intenses malgré le manque de définition du son de chaque partie des toms. Ce qui me frappe c’est le focus inébranlable du drummer, même un séisme ou un tsunami ne saurait lui faire perdre son aplomb.

Sinon la présence est statique, personne prends ni ne vol le spotlight, tout le monde est à sa place et fait son travail. Le vocal tout comme le look des membres est digne des plus grands pionniers du style.

Une belle découverte pour ma part, j’en aurais pris plus. Vivement leur retour en mode tête d’affiche.

Alors que le premier acte se termine et laisse place à la musique d’ambiance, quelle n’est pas notre surprise d’entendre… Les grands succès du hair/glam métal des années 80. En ouverture de cette ribambelle, I Was Made For Loving You de Kiss. Tout un clash mais tout de même fort amusant, les fans se sourient la fête commence à lever.

Il semble y avoir quelques difficultés techniques lors des tests de son, toutefois c’est assez bref avant que la suite des choses se fasse entendre!

 

Vale Of Pnath

 Vale Of Pnath arrivent sur scène, directement sortis des sous-sols osseux Lovecraftiens, leur intro rends  justice d’ailleurs à cet univers dément.

Ce qui est malheureux, le manque de volume dans la voix en ouverture vient un peu briser la magie qui avait été lancée précédemment. Première constatation, on monte en intensité musicale et on peut reconnaître une figure connue en la personne du vocaliste d’Abigail Williams qui suivra bientôt dans la soirée. Les arrangements/séquences entre les pièces sont d’une mélodramatique exquisité!

Vocalement, on alterne le guttural aux cris bien aiguës. Autant dans la musique que dans la lyrique, on sent l’influence des Carcass et Limbonic Art.

Niveau guitare, un beau tour de force est amené avec un seul guitariste présent et l’appuie de certaines séquences inclues dans les arrangements. J’adore le son, la composition et les expressions faciales du bassiste Andy Torres, on a l’impression de connaître le type tellement il donne envie de faire le party avec lui. Son jeu est lourd et rapide à la fois, ce qui est fort attrayant.

La batterie est une machine de guerre, qui tire du gros calibre, ce qui amène probablement les auditeurs à se rapprocher et gagner en familiarité. Un détail par contre qui me gène, une enceinte sur la droite émet un « buzz » fatiguant à l’oreille lorsque les basses fréquences font vibrer le sol de l’Impérial.

Encore une fois je suis satisfait de découvrir ce band qui se définit comme tech-death, mais que je ressens un peu plus black groovy si je puis dire! Et ils repartent après un court, mais très bon répertoire qui me donne le goût d’aller faire un peu d’archéologie en piochant pour dénicher leur album!

Musique d’ambiance, on reste dans le Kiss avec Heaven’s on Fire.

 

Ghost Bath

Changement de ligne plus rapide, on se prépare à entrer dans le monde de Ghost Bath. C’est devant trois guitaristes que nous nous tenons maintenant, et devant les premiers corpses paints de la soirée. Alors que les guitares donnent dans le strident, le vocale est gras et pesant.

Les trois guitaristes nous offrent de belles harmonies en tierces et en quintes, utilisant ainsi cette particularité à bon escient. De beaux interludes de classiques lancinants nous portent d’une chanson à l’autre. Le style black plus cru et vintage très sombre est palpable.

Même si je trouve que le volume du microphone principal est définitivement trop bas, le chanteur est néanmoins très bon et la théâtralité dans le visage de ce mec est hypnotisante.

La foule, qui était tout de même très calme en ouverture s’enivre et offre un premier moshpit digne de ce nom à la 3e acte du groupe et prends une ampleur significative à la 4e pour finir en raz-de-marée pour la grande finale acclamée.

 

Abigail Williams

Si bien réchauffée, cette assistance est prête pour le retour de Vance Valenzuela et Ken Sorceron sur scène avec leur projet principal Abigail Williams qui arriveront sur le podium musical après un changement d’instrument maintenant sur du WASP, le glam/hard rock est soutenu! Fait comique, les canons à fumée réglés pour démarrer à chaque X minutes, démarrent même durant les changements de lignes.

La lumière s’éteint, on passe au niveau 4 de cette belle soirée signée District 7 Production.

Du fin fond des ténèbres résonne une introduction de qualité au piano sur éclairage bleuté, une mélodie qui me rappelle les œuvres du pianiste Lucas King. Les costumes de scène des acolytes sont esthétiquement réussis, alliant cuir et capuchons,

Tout comme les autres orchestres sombres de ce soir, les arrangements sont présents et abondants proposant des intros lentes, hallucinantes et atmosphériques. C’est avec un son très lent et lourd, des cordes enchaînant des solos minimalistes et de longues périodes mélodramatiques qui mènent tout de même les fans du band à se tirailler dans un pit fraternel.

C’est souvent des salves doom qui viennent doucement caresser nos oreilles, qui malheureusement, sont aussi meurtries par des feedbacks involontaires et encore ce satané haut-parleur qui émet plus de buzz que mon cellulaire un Samedi soir!

Le vocaliste nous offre pour cette session, une belle variante dans les tonalités, tant en screams qu’en growls. Digne de mention, sa connexion avec le public, où il va même jusqu’à rire et discuter avec certains fans dans la première rangée. Cependant de tout les 4 premiers bands c’est toujours des formations et musiciens statique à l’œuvre. L’espace sur scène est très sous-exploitée.

Leur prestation se termine magistralement avec un solo du batteur sur une séquence épique rendant leur départ original et plaisant à l’oreille d’un amateur de percussions tel que moi.

Avant dernier entracte, c’est maintenant le métal qui nous prépare aux prochains pugilistes du son avec du Pantera entres autres.

 

Borknagar

Du clavier et du yodele aux tests de son? Aucun doute sur le groupe qui s’en vient…

C’est une sonorité cristalline et pure qui se faufile sous mes cheveux en bataille jusqu’à mes tympans demandant.

Une musicalité fantaisiste et envoûtante qui n’a d’égale que sa technicité épatante. Les cordes vocales pratiquement angéliques du claviériste et du bassiste font saliver les amateurs de prog métal massés dans l’amphithéâtre. Il y avait beaucoup trop longtemps que les Norvégiens n’avaient foulés les planches des terres du Québec.

Enfin, à ma grande satisfaction, on a droit à une prestation beaucoup moins statique et froide, le soliste n’hésite pas à prendre le projecteur pour réaliser des solos appuyés par une basse Rickenbaker solide et langoureuse propulsée par Ampeg.

Les disciples du band sont en exaltation et chantent en chœur les paroles de leurs hymnes préférés en totale symbiose avec les performeurs de symphonies oniriques. C’est dans une finale humble et simple que s’éteignent les EVH et Mesa après nous avoir infligés une leçon musicale hors de ce monde.

Les bruits provenant de mon ami le haut parleur de droite s’estompent ou peut-être que l’envoûtement de ce band m’a amené ailleurs…

J’ai bien savouré cette 5e partie de la soirée même si autour plusieurs déplorent le côté plus tranquille de Borknagar. Qu’à cela ne tiennent, ce dernier arrêt au puit et changement de ligne nous mène au panthéon grec du métal avec les légendaires pionniers du genre.

 

Rotting Christ

Telle une explosion déflagrante, arrive le quatuor plus que trentenaire, Rotting Christ! Nous les accueillons comme des membres de la famille, des oncles fêtards, qui nous plaît à revoir. Et l’émotion est réciproque, car c’est un large sourire, et une assurance à tout casser que Sakis arborent à son arrivée en poste avec sa guitare.

Ce qui saute aux yeux et empli mon cœur de joie, enfin une présence sur scène qui en jette avec une chorégraphie de scène dynamique! Ça bouge de partout sur scène, de long en large, de haut en bas, les fists bumps avec les fans de premier rang sont nombreux et sincères.

En musique c’est le délice, voir même un buffet à volonté, on passe par plusieurs ères de la carrière des vétérans.

Mon coup de cœur de la soirée va au bassiste Kostas Spades, une fulgurante énergie émane de ce personnage charismatique et intense. Même si son jeu est fort simple et qu’il joue si bas qu’on a du mal à différencier les couleurs des notes jouées (un son claquant qui est fort agréable à entendre, ce qui nous permet de le lui pardonner le minimalisme), il n’en est pas moins pratiquement le frontman du band! Avec son aptitude naturelle à faire sauter les gens sur la piste des pugilistes avec un seul mouvement du bras, il fait rapidement évoluer ce qui se passe à l’avant-scène!

Parlant de l’arène devant eux, nous avons droit aux requêtes du band pour premièrement, mon premier wall of death dont j’ai pu être témoin depuis fort longtemps. Suivi d’un circle pit aussi commandé par les divinités grecs de l’obscure! Il est important de noter que beaucoup de néophytes en pugilisme de concert métal étaient présent ou que de telles pratiques étaient loin dans leur mémoire car le wall of death ne semblait pas avoir été compris et plusieurs faux départs étaient constatés, ce qui a été pris en main rapidement par le vocaliste tel un maître d’orchestre.

La qualité du son a atteint une sommité pour l’ensemble des prestations. Même mon ami irritant de la droite s’est tût de ses imperfections (ENFIN!!).

C’est dans le tonnerre d’applaudissement et de cris que les infatigables guerriers nous reviennent pour deux pièces en rappel avant de fermer les valves, laissant des fans meurtris mais, Ô combien, satisfaits de leur croisière en eaux internationales du black métal.

Parlant de croisière, c’est au très underground et accueillant Bateau de Nuit de Québec que je finirai la soirée pour l’after-show organisé par GMPQ Media. Un super service et un décor unique s’offrent à nous et quelques membres de la communauté métalleuse du Québec réunit. Autant fans que photographes, chroniqueurs que musiciens y sont. Même des musiciens de Vale of Pnath feront leur apparition sirotant breuvages grisants au son de Celtic Frost et Hellhammer entres autres,

Merci aux organisateurs et aux bands pour cette magnifique et sombre soirée dans la grande capitale!

-Dany Marchand