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WAN 

« Enjoy the Filth »

Carnal Records

(2013)

 

Dans l’univers saturé de la musique, il est parfois très complexe de se démarquer et d’exceller en faisant des choses qui restent simples et efficaces. Pourtant, certains artistes y arrivent avec une apparente facilité en misant sur l’authenticité et l’efficacité de leur art au lieu de la poudre aux yeux et de la masturbation musicale. C’est précisément ce que le groupe de Black Metal suédois WAN a fait avec son second album en carrière, habilement intitulé Enjoy the Filth. En effet, le groupe nous propose avec cet opus, un Black Metal rappelant la première et le début de la seconde vague de ce genre et transpirant la simplicité et le plaisir du mal qui a tout pour accrocher les oreilles des disciples de la noirceur. Voici la recette qu’ils ont employée.

Commençons par quelques considérations stylistiques et voyons quels ingrédients WAN a employés dans la mixture de sa malsaine recette. Tout d’abord, prenez une dose généreuse du Bathory des quatre premiers albums, ajoutez une bonne pincée de Hellhammer, un peu de Celtic Frost et mélangez à une dose généreuse de Darkthrone et de Mayhem des premières années et vous avez la base de la recette employée par la troupe de Eskilstuna. Vous obtiendrez ainsi ce mélange si efficace d’éléments Punks, Thrash et Black Metal. Ensuite, comment fait-on pour se démarquer avec une base aussi classique et en apparence peu originale? Ajoutez une production puissante et bien définie qui conserve cependant une bonne couche de crasse. Vous voulez  entendre tous les instruments, mais une guitare distordue et arrosée généreusement de statique. Faites aussi bien ressortir la basse, trop souvent oubliée dans le Black Metal et couvrez là aussi d’une distorsion bien saignante. Faites bien honneur à la batterie avec un son puissant, mais faites bien attention pour ne pas qu’elle enterre tous les autres instruments.

L’autre élément-clé pour vous démarquer et donner une excellente valeur de réécoute à votre album réside dans les compositions et leur exécution. En premier lieu, gardez les choses simples avec des pièces courtes et efficaces. Même une pièce de 42 secondes peut être excellente lorsqu’elle a un motif de guitare principal aussi puissant que Ni skall dö. Éliminez tout passage atmosphérique superflu ou tout solo inutile. Ne conservez que des motifs de guitares à vous faire décrocher la tête du coup sur une rythmique endiablée de basse et de batterie tout droit sortie de l’Hades. Une voix râpeuse hurlant des hommages à Bélial, à Satan et au mal en général sans jamais faire de compromis sur son caractère méchant. Oubliez les déclencheurs automatiques (triggers) et toute autre forme de surproduction. Misez plutôt sur une exécution authentique et organique tout en étant extrêmement bien rendue et bien droite. Le plus important est de toujours conserver à l’esprit le plaisir de terroriser, de faire le mal et de se baigner dans le sang de son prochain avec une approche sans compromis et sans dentelle. L’ajout de passages de tempo moyen aux grooves accrocheurs permettra à vos disciples de donner du travail à tout ce que le monde connaît de chiropraticiens.

En somme, ce que vous obtiendrez est un foutu bon album de Black Metal de la vieille école, cru et méchant à souhait tout en étant étonnamment amusant et accrocheur. Enjoy The Filth est donc un solide coup de poing au visage des groupes qui décident d’adoucir leur son pour faire plaisir aux gros labels comme Watain l’a fait récemment ou à ceux qui ont oublié que la base du bon Black Metal ne résidait pas dans une surproduction symphonique prétentieuse. Comme son titre le dit si bien, pour faire du bon Black Metal, il suffit de bien transmettre le plaisir du mal!

Pièces favorites : Day of ReckoningSwing the HammerNi skall döEnjoy The Filth et Belial

8/10

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas