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Au-delà des Ruines

« Psychose des barbelés »

Hymnes d’Antan

2013

 

Fondé sur les cendres de Culte d’Ébola, le duo de Blackened Death Metal, Au-delà des Ruines, composé de Blanc Feu (voix, guitares, basse) (Chasse-Galerie, Mêlée des Aurores) et de Cadavre (Percussions) (Chasse-Galerie, Mêlée des Aurores et Chaos Catharsis) nous présentait cet automne son premier album intitulé Psychose des barbelés sur le label local Hymnes d’Antan. Découvrant leur musique suite à la sortie d’extraits sur leur page Facebook (que vous pouvez atteindre en cliquant le lien au haut de la page) et à leur formidable première prestation à vie au Psaume II de La Messe des Morts le 30 novembre dernier, ma curiosité fut piquée et je me procurai ledit album lors de cet évènement magique. Lors de mes premières écoutes de leur opus, je fus ravi par un mélange de Black Metal et de Death Metal au côté technique et brutal assez exacerbé que l’on a peu entendu dans nos contrées, plutôt orientée sur le Black Metal plus puriste et dans la langue de Molière qui plus est. Or, qu’en est-il après de nombreuses écoutes de cet album? Vaut-il toujours le détour ou son intérêt s’est-il effacé peu à peu? Laissez-moi vous répondre d’emblée qu’il s’agit du premier cas de figure.

Tout d’abord, dès les premières notes furieuses de Combustion spontanée, l’auditeur attentif est accueilli par une superbe production, œuvre de Blanc Feu (enregistrement et mixage) et de François C. Fortin (mixage final et mastering). Celle-ci combine donc à merveille le côté crasseux, malsain et violent du Black Metal à une excellente définition qui nous permet d’apprécier toutes les subtilités de la musique de Au-delà des Ruines.

Et des subtilités, il y’en a. En effet, si l’on se concentre sur les compositions, on découvre des pièces riches en notes et en motifs de guitare dissonants entrecoupés de passages plus mélodiques en trémolo. Le tout est placé sur des rythmiques effrénées et à la complexité technique époustouflante de Cadavre, qui nous livre une performance inspirée, une pièce d’anthologie de son talent de batteur. Côté vocal, Blanc Feu utilise une voix hurlée râpeuse typique du genre, aux tons légèrement plus graves que ce qu’il fait dans Chasse-Galerie.

Stylistiquement parlant, on se retrouve donc en territoire mitoyen, comme je le mentionnais en introduction, avec une combinaison de motifs typiquement Black Metal, de motifs saccadés plus près d’un Death Metal technique sur une batterie qui penche définitivement plus du côté Death par ses variations rythmiques et ses fioritures organiques. Aucun remplissage n’est au rendez-vous et l’album forme un tout très compact rempli de motifs divers présentés dans des pièces courtes et directes. Une seule pièce se retrouve en haut de la barre des cinq minutes.

La diversité n’est donc pas la préoccupation principale des membres de Au-delà des Ruines qui ont plutôt opté pour une formule d’agressivité homogène. Effectivement, la grande majorité des pièces sont très touffues, courtes, rapides et agressives. Quelques moments sur un tempo plus lent sont présentés, entre autres dans les pièces Mise à mort, Massacre d’orphelins et Exil, mais il s’agit d’exceptions. Avec 36 minutes remplies à pleine capacité d’agressivité débordant de motifs techniques, l’album sera donc peut-être un peu dur à apprivoiser pour certains et sa pleine appréciation réclamera donc de nombreuses écoutes qui permettront à l’auditeur d’en découvrir les subtilités et les moments distinctifs entre les pièces. Cependant, le jeu en vaudra fortement la chandelle pour les auditeurs qui recherchent l’élaboration et la complexité dans l’agression et ceux-ci, lorsqu’ils auront apprivoisé cet opus, en resteront marqués. L’album aura donc une forte valeur de réécoute.

En dernier lieu, je me dois de mentionner la superbe approche lyrique que Au-delà des Ruines nous présente sur son premier effort. En effet, on a droit à de superbes poèmes entièrement francophones sur une thématique guerrière qui est aussi merveilleusement illustrée par la présentation graphique de l’album conçue par Industrie Chimère Noire. Les paroles sont d’une richesse exemplaire et délivrent un imaginaire de guerre postapocalyptique qui se combine admirablement bien à la musique agressive et violente présentée par le groupe.

« Procession de masques sur les murs écaillés. La nuit on guette, chaque lueur un signe. Les frontières de l’ennemi déformées par le brouillard. Asile incertain des fantômes condamnés à la honte. Barricadés dans cet hôpital abandonné, les réfugiés crèvent de faim ». – Psychose des Barbelés

En somme, avec Psychose des barbelés, Au-delà des Ruines frappent très fort avec un premier album superbement produit, interprété de main de maître et qui présente une approche musicale différente de ce à quoi est normalement associé le Black Metal québécois d’expression francophone. Touffu, complexe et agressif, l’album pourra être dur à apprivoiser pour certains, mais les auditeurs persévérants et ouverts à la technicité y trouveront largement leur compte. À écouter à répétition pour en savourer toutes les subtilités!

8/10

Pièces favorites: Combustion spontanée, Psychose des barbelés, Exil

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas