Critique d’Album: Mare Cognitum – An Extraconscious Lucidity

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Mare Cognitum 

« Extraconscious Lucidity »

2012

 « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie » se tourmentait déjà le philosophe et mathématicien Blaise Pascal en 1669 dans ses « Pensées ». Évidemment, depuis cette époque, les avancées technologiques du monde moderne, les multiples découvertes scientifiques et l’exploration spatiale ont su répondre à certaines interrogations de l’homme par rapport à l’univers qui l’entoure et grâce à celles-ci nous savons maintenant, par exemple, de quelles matières sont faites les étoiles et comment elles réussissent à émettre de la lumière pendant des milliards d’années sans jamais s’épuiser. Nous savons que la Terre n’est pas plate, mais plutôt de forme sphérique et qu’elle n’est, jusqu’à preuve du contraire, qu’une épave stellaire qui a su engendrer la vie bien malgré elle. Nous avons une bien meilleure idée de la mécanique quantique et de celle qui anime les astres autour de nous, une connaissance relativement approfondie de la «fabrication du réel» et de comment la vie a pu voir le jour et nous avons même l’audace d’aller jusqu’à prophétiser comment elle pourrait bien s’éteindre.

Nos accomplissements sont tels que nous avons réussi à marcher sur la lune, mis des centaines de satellites en orbite autour de notre planète, envoyé des dizaines de sondes aux confins de notre système solaire pour voir de quoi il en retournait et avons pris des quantités monstre d’images d’événements qui se produisent à des années lumières d’ici. Les voyages à la station orbitale internationale sont devenus si banals qu’ils n’attirent presque plus l’attention des médias. Bordel, nous avons même envoyé des robots sur Mars pour étudier sa composition géologique.

Malgré toutes ces innovations,  toutes ces réussites, toutes les reconstitutions en laboratoire, les théories et les spéculations du monde scientifique, les vraies questions, elles, demeurent toujours. Aucune de ces réalisations, aussi géniales qu’elles puissent être, n’ont réussies à ce jour à nous donner, ne serait-ce qu’un seul indice tangible sur notre nature intrinsèque et sur le but de notre existence; l’angoissant ‘Pourquoi?’ persiste toujours et nous restons recroquevillé sur nous-mêmes, isolé sur notre cailloux dans notre coin de galaxie, effrayé de ce qui peut bien se trouver au-delà des limites de notre compréhension.

Vous vous demandez sûrement pourquoi je vous radote tout ça, n’est-ce pas ? Eh bien loin de moi l’idée de transformer cette critique en un épisode de « Cosmos » de Carl Sagan, mais je ne peux faire autrement que débuter par une introduction comme celle-ci puisque la formation dont il s’agit aujourd’hui s’inspire directement de ce genre de réflexion pour créer son œuvre et j’ai nommé, Mare Cognitum.

J’utilise le terme « formation », mais à dire vrai, Mare Cognitum est un « One man band » de Santa Ana, USA, qui nous offre, à mon humble avis, un black atmosphérique des plus solide et qui se situe au-dessus de tout ce qui circule sur le net dernièrement.

Pour ceux qui sont peut-être un peu moins familier avec le terme « one man band », j’expliquerai ce dernier en disant qu’il s’agit d’une pratique assez fréquente dans le black métal et les « groupes » de ce type ne sont en fait composé que d’un seul membre qui fait tout, tout, tout.

Depuis la production du démo, en passant par l’écriture des textes et l’élaboration des pièces pour terminer par l’enregistrement final, tout est joué, composé, enregistré, produit, distribué etc. que par une seule et unique personne. Une discipline qui, vous comprendrez, demande énormément d’organisation et surtout de talent et Mare Cognitum ne fait pas exception à cette règle.

Ceci étant dit, formé en 2010 par Jacob Buczarski, Mare Cognitum n’a pas chaumé depuis ce temps et à déjà deux LP à son actif. Le premier, « The Sea Which Has Become Known », est un bon album mais tire plus ses racines dans le black dépressif et je vous laisserai le plaisir de le découvrir par vous-même si le cœur vous en dit. Celui qui nous intéresse plutôt ici est le deuxième, « An Extraconscious Lucidity« , sorti l’année dernière, soit le 26 Juin 2012.

Mais tout d’abord le nom : Mare Cognitum. D’où vient t’il ? Que veux t’il dire ?

En fait, c’est simple. Mare Cognitum est l’appellation donnée à la « mer de la connaissance », un bassin lunaire baptisé en 1964 par la NASA après que l’engin spatial Ranger 7 s’y soit déposé.

Tous ceux qui osent encore lever les yeux vers la nuit pour s’émerveiller devant l’éclat de son ciel comprendront pourquoi ce nom est un choix judicieux. Parce qu’en plus d’être une expérience extrêmement intéressante au niveau du son, Mare cognitum est aussi un essai sur la (non)connaissance de l’homme et de sa place dans le grand dessein de l’univers. Le nom colle donc tout à fait au concept du « band » qui est respecté à chaque mesure et, au final, on nous propose une musique aux allures glaciales et désolantes, mais aussi au paysage allégorique et harmonieux.

L’album s’ouvre en effet sur différents échantillonnages et sonorités qui rappelle un vieux film de science-fiction et pose rapidement la ligne directrice de l’ambiance recherchée. C’est envoûtant et feutré et dès les premiers instants on a l’impression de se retrouver passager à bord d’une navette spatiale pour un voyage d’introspection tortueux avec Mare Cognitum aux commandes.

Après quelques planantes secondes, c’est la guitare qui démarre habilement le compte à rebours. Les moteurs s’échauffent au son de la batterie qui annonce une mise en orbite éminente et le décollage s’avère parfait lorsque le ‘blast beat’ s’installe. On traverse rapidement la mésosphère musicale pour atteindre l’altitude désirée et ainsi reprendre une rythmique plus stable. C’est à ce moment que le vocal déchiré nous accroche à notre sinistre trajectoire pour une cinquantaine de minutes d’angoisse dans le vide sidéral.

Pour tout dire, les habiletés de musicien de monsieur Buczarski sont si étonnantes qu’il en vient presque impossible de conclure quel est son instrument principal tellement tout est exécuté de main de maître. Il contrôle tous les aspects de sa création de façon hyper convaincante et livre une impressionnante prestation. Et je ne fais pas seulement référence à la musique mais aussi à la qualité de la production. Je ne suis pas un expert dans le domaine mais après plusieurs écoutes, je n’ai su relever aucune fausses notes ou défaut d’enregistrement. Tout est immensément droit sur ce disque.

Les six titres du LP ellipses tous autour d’une structure composée de long « riffs » mélodique, d’une succession de tempo rapide, moyen et lent ponctués d’interludes ambiantes, glaciales et dépressives très prenante qui aide à garder l’effet « grim » tout au long de l’album. Personnellement, j’adore.

Pour terminer tout ça, je résumerai simplement le tout comme une excellente célébration musicale à propos de l’absurdité de notre espèce et de ses pseudo conflits de race, religion etc. qui apparaissent bien vide de sens lorsqu’on réalise toute l’insignifiance de notre place dans l’univers. C’est un hymne à la prise de conscience du fait qu’en fin de compte, l’homme n’est rien et qu’il se doit, malgré tout, de donner un sens à sa vie dans tout ce foutoir.

Si vous désirez vous procurer la copie physique de ce disque vous pouvez le faire pour la modique somme de 10.00$, livraison incluse, à cette adresse ou vous pouvez aussi choisir d’encourager Mare Cognitum via leur Bandcamp en téléchargement le tout pour le montant qui conviendra le mieux à votre portefeuille.

 

Cheers !

Critique: Thantifaxath – EP

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Thantifaxath

EP

2012

 

Ce soir, j’ai envie de vous faire découvrir Thantifaxath, une formation black de Toronto qui a capté mon attention l’année dernière avec un EP de plus ou moins quatre titres que je me suis procuré via l’excellente maison de disque « Media tree recordings » de Montréal.

Je dis plus ou moins quatre titres parce que la première « track » est une intro similaire à un cantique religieux. Je sais, c’est cliché, mais est-ce que tout bon album de black métal qui se respecte ne devrait pas avoir ce genre d’intro question de préparer le terrain et d’installer l’ambiance dès le départ? Et puis d’ailleurs, que ce soit cliché ou non, que ce genre d’intro ait été fait et refait d’incalculable nombre de fois, vous avouerez que si c’est bien exécuté, ça nous fait tous frissonner pratiquement à chaque fois, n’est-ce pas ?

Mais peu importe tout ça, revenons plutôt à l’essentiel. J’ai découvert ce groupe par un joyeux hasard en surfant sur Youtube à la recherche de quelque chose de bien à me mettre dans les oreilles. Leur nom a, bien sûr, su tout de suite retenir mon attention (quelles sont les chances qu’un groupe avec un nom comme le leur ne soit autre chose qu’un groupe de métal obscure comme je les aime?) mais c’est surtout la petite image dans l’encadré que j’ai aussitôt reconnu qui m’a convaincu de faire l’effort de cliquer sur le lien pour voir de quoi il en retournait. En effet, Thantifaxath a choisi de placarder « La cour du domaine du Gras » sur le devant de sa pochette. Cette image est reconnue comme étant la première photographie prise par l’homme en 1826 par Joseph Nicéphore Niépce. J’ai trouvé l’idée plutôt bonne et après coup elle représente bien la nature du groupe. Elle est sinistre juste à souhait et témoigne d’une époque révolue maintenant figée dans le temps et je trouve également que c’est un peu ce que tente de nous exprimer Thantifaxath avec sa musique. Ce que je veux dire, c’est que leur son est très urbain et moderne et il exprime une sorte d’urgence d’agir, un besoin de donner un sens à la réalité qui nous échappe plus souvent qu’autrement. Comme si le trio nous invitait à regarder vers le passé pour s’inspirer et reconstruire en apprenant de nos erreurs. Mais ça, ça ne reste que mon interprétation, après tout !

Tout cela considéré, ce n’est quand même qu’après l’intro terminée que j’ai été conquis par Thantifaxath. Ils déploient sans contredit un solide black métal qui ne pardonne pas et qui n’a absolument rien à envier à aucune autre formation de ce genre et réussissent à accomplir quelque chose d’original et de frais sans s’abandonner dans le « n’importe quoi ». Le côté sombre, glacial et désolant est présent durant la totalité de ce EP et à la seconde où « Violently expanding emptiness » démarre, le ton est définitivement donné pour un petit quinze minutes qui ne s’essoufflera tout simplement pas.

À l’occasion, oui, je l’avoue, ça peut paraître décousu mais au final ils ne perdrent jamais la mélodie de vue et l’évolution des pièces reste classique au black. Il y a aussi cette audace qui ne déplaît pas du tout dans leur son. Comme une envie d’aller expérimenter ailleurs, entre autre, avec les sonorités de guitares et du retour de son; j’aime bien.

Les « riffs » de guitares ne deviennent jamais ennuyants ou redondants, les arrangements sont intelligents et c’est bourré de petites notes tout en contraste avec la basse qui, elle aussi, se démarque par sa personnalité unique. La batterie, pour sa part, sans qu’elle ne soit mal exécutée ou quoi que ce soit, ne sert vraiment que d’accompagnement mais réussi tout de même à garder le tempo sans broncher. Pour un premier effort, c’est vraiment du beau et bon boulot, je vous le dis.

Sur ce, je vous conseille fortement Thantifaxath et question de vous convaincre pour de bon, vous pouvez écouter l’intégralité du EP juste ici. Et n’oubliez pas ! Si ça vous plaît, achetez-le !

Critique d’album – Nanochrist – « Erase the sky »

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NANOCHRIST

« Erase the sky« 

2012

(par Lex Ivian)

 

Quand j’ai vu NANOCHRIST, de Toronto, le 14 décembre au Café Chaos de Montréal en 1ère partie de THE RABID WHOLE et OGËNIX (voir autre texte), j’avais bien apprécié leur prestation et m’étais procuré leur plus récent album paru en 2012, « Erase the sky« .

Bon, on règle tout de suite une question d’auditoire. Ceux qui ne trippent pas sur l’album « KEфANH » de MINISTRY, sur l’album Antichrist superstar de MARILYN MANSON ou sur Sehnsucht de RAMMSTEIN pour parler de choses connues, vous pouvez passer à autre chose parce que c’est de ça qu’il sera question ici. Pour ceux qui suivent encore, je vous ai déjà donné 3 références, ben je peux vous en donner une foule d’autres toutes aussi trippantes, pis ça va jusqu’au style électroindustriel british des années 1990. Quand je parle des divers parallèles que je peux établir entre cet album et ce qui se fait dans ce monde depuis que THE CURE et le british darkwave a sorti le new wave de son carcan post-disco… Ouff!!! Là, c’est sûr que je viens d’en perdre une autre gang. Bon pour les autres, je parle de THE CURE parce qu’il ne faut pas oublier que l’industriel sort du dance via des groupes comme THE CURE, BAUHAUS, KRAFTWERK, DEVO … YARRKK!!! Ben non! Des groupes comme MINISTRY et PRODIGY faisaient du technodance avant de tester un nouveau son qui devait engendrer le métal industriel, techno/électro métal et toutes les formes de métal alternatif ou même technodancethrash qui existent aujourd’hui. De ceux-ci jusqu’à RAMMSTEIN et une foule d’autres, on est dans un univers où les machines sont omniprésentes et le programming joue un rôle de 1ère importance. Ok! J’ai peut-être un peu trop tardé sur le prologue de la discussion mais je voulais bien situer le contexte dans lequel on allait plonger. Donc avec un nom comme NANOCHRIST et un look à la Blade Runner, personne ne sera surpris d’apprendre qu’on va parler de musique électronique, mais attention pas de musique faite par des machines! Non, on va parler d’un groupe thrash industriel. D’une guitare/basse/batterie accompagnées d’une trame électronique sur lesquelles Scworm, le chanteur évacue sa frustration et nous livre son message. Mike, guitariste et programmeur, et Ciel, drummeuse accompagnent Scworm au chant.

La 1ère pièce, « Hatelover« , qui m’a fait penser à « Dog Star » de HELIOS CREED, nous met tout de suite dans le ton avec une intro de synthétiseur puis c’est la pilonnade. Un bon thrash industriel a besoin d’une batterie et d’une basse qui pilonnent tel un piston et c’est là-dessus qu’on enfile les riffs de guitares répétitifs et obsédants accompagnés des échantillonnages et autres effets. On a aussi besoin d’un vocal agressif, Scworm entre à l’œuvre avec un flot de paroles qui donne déjà le ton.

What makes you think I care if anyone of you continues breathing? I would be ecstatic if your hearts would discontinue beating!

La pièce suivante, « Two minutes hate« , rappelle plus le style KILLING JOKE. C’est encore une fois une pilonnade où on thrashe la guitare. L’agression est perpétuelle. Écoutez rentrer la 4ème pièce. « Disposable genepool« , est un vrai train. Et c’est littéralement le cas. Le beat rappelle le bruit des gros moteurs rotatifs. Une pilonnade dans la plus pure tradition de l’électrothrash tout comme les pièces #6, « Trace« , #8, « Betaphysical » et #12, « Salt & Ashes« . Encore une fois, le flot vocal est vraiment dans le ton et je dois souligner que c’est souvent le vocal qui permet de briser la structure répétitive de leur composition.

Même lorsque les beats sont plus dance comme dans la 3ème pièce, « Decontaminate« , la 7ème « Exquisite corpse » ou la 9ème, « Murder corps« , la guitare reste thrash et vous pouvez être assuré qu’une variante sera introduite que ce soit dans la rythmique des paroles ou des guitares. Réussir à faire un thrash avec une pièce comme « Apostasy« , la 10ème, qui débute avec une ligne tirée directement du dancefloor et qui aurait pu être composée par MOBY, témoigne de leur témérité mais également de leur allégeance à la scène électroindustrielle des années 1990. De toute façon, la rythmique dance électronique ne dérange pas vraiment parce qu’ils nous ont déjà habitué que les beats soient parfois dance pour devenir carrément thrash comme c’est le cas dans celle-ci. Pis se faire chanter en chœur en roulant des hanches et des épaules…

You are the cancer in society’s asshole.

… dans « Decontaminate« , a son côté catchy.

L’album se termine sur une balade, « Ultraviolet« , qui rappelle les atmosphères de DREADFUL SHADOWS. J’ai dit balade mais comme toutes les autres pièces, elle inclut une passe thrash naturellement.

NANOCHRIST ont enregistré un album qui est parfaitement dans le ton. Outre les pièces qui vous permettent de faire danser votre partenaire, on y retrouve aussi des compositions plus agressives. Bien sûr, les rythmiques sont répétitives mais c’est le style qui le veut. On peut aussi apprécier un vocal intéressant où Scworm nous module un flot tout en hargne et frustration. Le tout est accompagné de toutes sortes d’effets électroniques et de ligne de clavier qui enveloppent la musique et jouent un rôle important.

À ce sujet, je veux terminer ici en vous parlant du nouvel instrument électronique que Mike veut introduire dans le groupe. Afin de pallier l’absence de claviériste suite à un départ et puisque Mike s’occupe de la programmation électronique et de faire les lignes de clavier, il s’est acheté une « Touchpad guitar« , un instrument qui a la maniabilité d’une guitare mais qui est en réalité un ordinateur avec un écran tactile au niveau de la boîte de la guitare et des touches de clavier tout le manche. Voir une photo de la « bête » ici bas. Cet instrument permet donc de contrôler tous les effets électroniques et peut également servir de clavier ou de guitare selon la nécessité. Le guitariste de COAL CHAMBER a déjà utilisé une de ces « Touchpad guitar » pendant un de ses shows. Je vous mets le lien pour ceux qui sont intéressés à en savoir plus. Je vous annonce également que Dave aura Mike Bryant de NANOCHRIST en entrevue dans la capsule de mardi prochain pour nous parler de NANOCHRIST et naturellement de ce nouveau type d’instrument.

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Sleeping Peonies: Entre le rêve, le désespoir et la beauté

Vous arrive t-il parfois d’avoir le goût de sortir un peu des sentiers battus ? De vous laisser aspirer dans un vortex sonore unique et une expérience musicale quasi incomparable pour ne revenir qu’une fois étant complètement déconstruit et repensé ?  ? Si la réponse que vous avez envie de donner est oui, j’ai peut-être une formation qui saura vous plaire.

Au caractère éclectique et aux accents sans pareil, il est extrêmement difficile de classifier et de venir déposer un étiquette sur l’essence de ce jeune duo formé au UK en 2009. Déjà fort de deux LP et d’un EP, Sleeping Peonies vogue constamment à la dérive sans jamais s’ancrer dans une mouture simple et en empruntant toujours plusieurs chemins. Il tire leur inspiration de nombreux genres et sous sous-genres musicaux et si je dois absolument me mouiller pour le bien de cette revue, je dirais qu’il s’agit de quelque chose qui pourrait peut-être ressembler à un « post-black métal minimaliste aux ambiances expérimentales qui prend le détour du shoegaze post-rocké sur les bords ». J’ai même lu l’appellation « Dreamo » quelque part…

Bien entendu, cette description est tout à fait ridicule, mais il faut bien se rendre à l’évidence que chaque influence mentionnée ci-haut est utilisée et intégrée dans un tout absolument hallucinant et dément qui vous glacera le sang. Parce que oui, quand je parle d’ambiance je ne fais pas référence à celle d’une fête d’amis ou encore celle d’un carnaval pour enfants. Je fais plutôt référence à une ambiance sombre et sulfureuse, quelque chose de pestilentielle qui vous afflige et vous laisse par terre la gueule ouverte souhaitant ne jamais avoir vu le jour. Sleeping Peonies vous offre tout simplement un voyage toutes dépenses payées vers vos démons intérieurs et vos angoisses les plus ténébreuses. Vous aurez été avertis…

Même si leur musique est très tourmentée, il y a aussi ce petit « je ne sais quoi » qui la rend remplie d’espérance et de regards tournés vers l’avenir. Elle a cette forme d’éloquence qui l’enrichie d’une grandeur majestueuse et qui rappelle l’étoffe du rêve ou devrais-je plutôt dire celle du cauchemar. Une sorte de rêverie obscure qui flotte constamment entre les mesures et qui se mélange entre l’espoir naïf et l’anéantissement complet, le bonheur et la détresse, l’abandon et l’accomplissement. Quoiqu’il en soit, leur musique reste définitivement complexe et il en sera de vous pour en tirer vos propres conclusions.

Ce qui me plaît aussi énormément chez Sleeping Peonies est la nature parfois cinématographique de leur musique. Il arrive à l’occasion, dans certains moments plus langoureux de certains morceaux, de ressentir l’impression que l’on fait partie de la soundtrack d’un film d’épouvante et ce duo réussi à nous foutre les ch’tons et nous faire lever les poils sur les bras tellement c’est bien fait.

Tout ceci est enveloppé par les échos des guitares torturées à la distorsion qui grince, par les cordes acoustiques si simples mais si efficaces lorsqu’elles se doivent de l’être, par une atmosphère feutrée aux claviers de toutes sortes mais surtout animé par les cris déchirants et affligés qui trament tout au long des différentes pièces qui sont livrées avec cœur et passion. Nous avons aussi droit à de subtils moments au doux vocal féminin qui nous laisse respirer un peu avant de reprendre sauvagement le tempo.

A priori, vous verrez, il y a quelque chose de franchement inquiétant à la première écoute de n’importe lequel des trois albums de Sleeping Peonies. Cependant et à mon humble avis, il est impossible de bien saisir toute l’ampleur de la profondeur qui s’y trouve. Il faut d’abord s’installer seul, mettre des écouteurs, fermer les yeux, focuser, écouter, ré-écouter, laisser de côté, y revenir, écouter encore et puis soudain, lorsqu’on a bien saisi et qu’on est prêt pour le voyage proposé par ce duo, tout devient clair et on découvre alors du génie.

Avant de terminer, je vous rappellerai qu’il ne faut pas être pressé pour découvrir Sleeping Peonies. C’est une adaptation de longue haleine qui vous demandera probablement un certain effort et autant pour les moins initiés que pour les amateurs aguerris de sonorités particulières, il faut prendre le temps de s’impliquer pour être à l’aise et apprécier leur offrande puisque leur musique est très intense et tout sauf accessible aux oreilles « grand public ». Elle n’est pas cependant intense dans le sens de la vitesse ou quoique ce soit, non. Elle est plutôt intense dans le sens propre du terme,  c’est-à-dire qu’elle est puissante et d’une très grande force. Mais ce n’est vraiment qu’au moment ou elle a été bien absorbée et bien digérée qu’on commence à la cerner dans toute sa splendeur et ce n’est vraiment aussi qu’à ce moment que la musique de Sleeping Peonies nous apparaît sous son vrai jour, soit, dans toute son horreur paralysante mais aussi dans toute sa beauté affligeante.

 

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Critique d’Album: Loss Of Self – demo

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Loss Of Self

– demo –

2012

 

Maintenant que les réjouissances des fêtes de Noël sont derrière nous, nous pouvons nous remettre aux choses sérieuses et laisser ‘le malin’ accomplir son œuvre encore pour une autre année. Donc, question de repartir tout ça du bon pied, je vous propose un excellent démo d’une formation (post)black métal prometteuse, mais évidemment, encore inconnu.

Attention ici, il se peut que cet demo ne plaise pas à tous. Alors, si vous ne jurer que par une production hyper-léchée, une batterie triggée de A jusqu’à Z, des guitares lustrées et un beau chant ‘screamé’ bien juste, cessez tout de suite la lecture de cette revue et passez à la nouvelle suivante puisque vous ne trouverai rien de cela en écoutant les 3 pièces qui compose la démo de Loss Of Self.

Enregistré de façon totalement indépendante par le groupe lui-même, je ne peux m’empêcher d’émettre que de bons commentaires sur le travail accompli par cette formation de Melbourne en Australie. Un enregistrement sobre avec quelques petites erreurs par-ci par-là, mais qui révèle tout de même la nature authentique de l’exercice et de la formation et, surtout, l’incroyable potentiel qui s’y trouve. À mon avis, Loss of Self est voué à un bel avenir si tout continue de se dérouler dans les règles de l’art.

Pour ce qui est du contenu musical en soit, je dirais que sans apporter quelque chose de nouveau au genre, leur son a un petit quelque chose de frais, quelque chose qui se distingue peut-être de la masse par son côté plus brute, moins vernis, quelque chose qui garde aussi la discordance du style sans jamais la laisser s’échapper dans un délire incompréhensible. Tout est bien structuré, harmonieux, arrive au bon moment et on ne s’éternise pas à créer d’interminables pièces de 13 minutes sans que ce ne soit nécessaire. Un petit démo superbe et génial, je vous le dis!

D’ailleurs, j’aime particulièrement comment la voix nous est livrée. Comme il arrive parfois dans ce genre musical, elle est un peu plus en retrait dans l’enregistrement. Elle est, comme on dirait, dissimulée à l’intérieur de l’ambiance générale. Cachée derrière la ligne directrice de la charpente musical et de la mélodie, elle ne s’oublie jamais dans un ton colérique inutile et la rage n’arrive tout simplement pas à me gagner en écoutant Loss Of Self. À mon avis, la voix à peine audible intégrée ainsi à la formule des compositions y est pour beaucoup, mais peut-être que non aussi, à vous d’en juger.

Une chose étrange par contre est comment les trois titres se terminent, c’est-à-dire, comme ça, pouf, d’une seul coup, sans avertir. Je suis obligé d’avouer qu’à la première écoute j’ai resté l’air bête. Je me suis dit  » Ah putain, le download a chié! », mais non, elles se terminent belle et bien comme ça. On fini par s’y habituer mais bon, reste que c’est bizarre quand même… on ne sent vraiment pas la fin arrivé et je crois que j’aurais préféré des finales peut-être plus élaboré.

Ceci étant dit et pour ma part, je vais définitivement garder un œil et une oreille attentive au prochain matériel que cette formation nous offrira et je vous tiens aussitôt au courant.

En attendant et d’ici là, bien que les 49 copies physiques de ce démo se sont tous envolées, je vous invite quand même à aller profiter de ce petit bijoux d’à peine 10 minutes offert gratuitement en téléchargement sur le bandcamp du band.

 

Bandcamp

 

Cheers !

Critique d’Album: Wintersun – « Time I »

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Wintersun

 « Time I »

 

Wintersun est un fascinant groupe finlandais formé de Jari Mäenpää,  l’ancien chanteur et guitariste du groupe métal-viking, Ensiferum et de plusieurs autres groupes comme Cadacross et Arthemesia. Aujourd’hui on se tourne vers le deuxième album «Time I», une sortie death métal mélodique et symphonique à souhait.

Il faut comprendre qu’initialement l’album était prévu pour sortir bien avant la fin de 2012. La raison du retard est un peu de la faute du leader de cette formation qui avait écrit et composé beaucoup trop de matériel en 8 ans, ne pouvant pas tout se retrouver sur un seul disque et rajoutez à cela une tournée et un mixage non terminé. Ils ont donc décidé de couper le tout et faire une suite de deux disques, dont la deuxième partie intitulée «Time II» devrait sortir vers la fin 2013 ou dans le pire des cas au début de l’an prochain, quelque part en 2014 sous la même compagnie Nuclear Blast.

«Time I» ne ressemble pas trop au premier album éponyme sorti en 2004, puisque les mélodies sont beaucoup plus présentes, soignées et maléfiquement bien faites. On n’y retrouve que cinq chansons, mais n’en juger pas trop vite le nombre de pièces. Ce sont des pièces longues originales et abrasives. Si vouz aimez écouter de longues chansons, ce disque vous comblera, à titre d’exemple «Son of Winter and Stars» qui  frôle les 14 minutes, décortiqué en quatre actes musicales des plus intéressantes! «Time», la pièce qui clôt ce disque avec une sonorité fidèle à l’ambiance que l’on absorbe tout au long de l’album, est aussi la deuxième chanson la plus longue du disque avec 11 minutes et 44 secondes.

Pour vous donner une petite idée du contenue musicale de cet album, mélanger la complexité symphonique du disque de Rhapsody of Fire «From Chaos to Eternity», la puissance éclectique de Blackguard, la hargne vocale de Stu Block d’Iced Earth et bien entendu, comme complément idéal, une touche d’Ensiferum grâce à Jari.

En conclusion, si vous aimez la dextérité mélodique admirable et que vous aimez le death métal qui sort hors des sentiers battu et bien «Time I»sera sans aucun doute l’un de vos meilleurs achats d’albums parus en 2012. Vous n’êtes pas convaincu? Écoutez le disque en entier, comme si vous alliez faire un essai routier d’un nouveau véhicule; un seul essai et vous accrocherez à Wintersun.