• Les “Elles” du Métal

    Posted by Stéphan Levesque on May 31st, 2014

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    Il y a quelques semaines, je vous confiais que le nouvel album de Delain, “The Human Contradiction“, était à mes yeux un sérieux candidat pour être mon album de l’année. La compétition sera toutefois féroce alors que nous arrive la nouvelle offrande de Diabulus in Musica. Afin de respecter la thématique de cette chronique qui vise aussi à vous présenter des albums moins récents, on revient en 2011 et on se jase du groupe mexicain Dramatvm. Bonne lecture! – Steph

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    Diabulus in Musica

    Argia

    Napalm Records

    2014

     

    Originaire du pays basque espagnol, Diabulus in Musica nous présente son troisième album, “Argia“, mot signifiant «lumière» en langue basque. Première constatation avant même d’introduire le CD dans le lecteur, le groupe a été passablement remodelé. En effet, on note l’arrivée de nouveaux musiciens à la basse, à la guitare et à la batterie, ces nouveaux éléments venant se greffer aux deux seuls membres originaux restants: le claviériste Gorka Elso et la chanteuse Zuberoa Aznarez.

    Malgré ce changement, on constate assez rapidement que cette révolution de palais n’aura pas vraiment entraîné de changements majeurs dans la musique de Diabulus in Musica, compte tenu que les deux musiciens restants sont en fait le noyau du groupe. On retrouve donc un menu similaire à ce que le groupe nous offrait sur “Secrets” (2010) et “The Wanderer” (2012), c’est à dire un power metal symphonique qui se déploie dans les mêmes territoires qu’Epica avec son aspect musclé et l’incorporation de chant masculin guttural ici et là. Toutefois, les Basques le font à leur manière et avec brio, avec le résultat qu’on se retrouve malgré la comparaison devant une œuvre personnelle qui met bien en valeur ce que le groupe sait faire de mieux.

    Ce savoir-faire passe principalement par Zuberoa Aznarez qui nous dévoile ici toute l’étendue de ses talents. En plus de posséder une voix très mélodieuse qu’elle peut pousser dans les hauteurs lorsqu’elle le désire, la dame signe ou cosigne la musique de presque toutes les pièces; généralement, les chanteuses de ce type de groupe s’affairent surtout à l’écriture des paroles. Pour compléter le tout, notons qu’elle n’hésite pas à nous démontrer sa capacité à manier la flûte et la harpe, ajoutant ainsi une autre dimension aux compositions.

    Sur toute la durée de l’album, nos oreilles sont appelées à apprécier des morceaux musclés bien enrobés par des interludes plus calmes qui viennent abaisser la tension et contribuent à créer une belle variété. Après la douce introduction qu’est “Et Resurrexit“, “From the Embers” nous bouscule avec son rythme soutenu bien agrémenté par les choeurs à voix multiples – composante très bien utilisée sur plusieurs pièces – et par le grunt du claviériste, lui qui se révèle être très compétent dans ce registre, surtout que ses interventions sont bien dosées et ne viennent pas retirer le projecteur de l’endroit où il doit être, c’est à dire sur l’excellente chanteuse.

    Ensuite, “Inner Force” nous montre le côté symphonique de Diabulus in Musica, cette pièce nous entrant immédiatement dans la tête avec sa mélodie entraînante et ses claviers très luxuriants. “Furia de Libertad“, augmentée de la participation vocale d’Ailyn Gimenez de Sirenia, s’inscrit grosso modo dans la même lignée, mais avec des arrangements plus lourds. C’est ensuite l’aspect celtisant qui se manifeste avec l’entrée de la flûte et de la guitare acoustique en introduction sur “Maitagarri” (qui signifie «conte de fées»), pièce très riche.

    Afin de calmer le jeu, la harpe fait merveille sur l’interlude “Sed Diabolus“, mais cette accalmie est de courte durée car “Spoilt Vampire” s’avère être le morceau le plus musclé de l’album avec sa musique pesante, son chant masculin rageur et des choeurs qui font encore merveille; la comparaison avec Epica prend ici tout son sens. Nous sommes ensuite frappés par un autre contraste avec la ballade “Eternal Breeze“, pièce absolument magnifique qui contient tous les éléments qui vous donneront envie de coller l’être cher: rythme lent, jolie voix, choeurs et très beau solo de guitare.

    Bien calmés, on repart en vitesse avec “Mechanical Ethos“, musclée, avant d’enchaîner avec la très réussie “Encounter at Chronos’ Maze“, qui met en vedette Thomas Vikström de Therion dans une pièce aux ambiances variées où tous les types de chant y passent. Fidèle au plan, “Indigo” fait baisser la tension avec harpe et flûte avant la finale épique qu’est “Healing“, où les claviers et le chant sont à la fête, particulièrement en conclusion lorsque la chanteuse pousse sa voix à la manière d’une cantatrice d’opéra pour ensuite faire place à un dernier soubresaut instrumental de haute voltige.

    Bref, au final, rien d’ennuyant sur cet album. Les ambiances sont variées et riches, l’instrumentation y est solide, le tout soutenu par une production impeccable. Ce “Argia” risque fortement de se retrouver sur plusieurs listes des meilleurs albums de l’année, Diabulus in Musica s’imposant de plus en plus comme un incontournable dans son genre.

     

     

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    Dramatvm

    The Prophecy of Mhisty: A Prelude of Chaos

    Autoproduction

    2011

     

    Il est très rare, dans mes aventures musicales, que je croise du death metal. D’emblée, je suis obligé d’admettre que ce n’est pas forcément ma tasse de thé et que je suis plutôt néophyte en la matière. On a toutefois pris soin de m’aviser que le groupe mexicain Dramatvm fait du death «mélodique». Ah, ça pique un peu plus ma curiosité. Je scrute ensuite le nom des membres du groupe. Tiens, une chanteuse! Me voilà mieux disposé à entrer dans cet album, le premier complet du groupe de Guadalajara, si on fait exception d’un EP (“Index“), publié en 2004 et d’un album en spectacle sorti en 2008.

    Les premières notes de “The 9 Signs” m’annoncent sans la moindre cachette que je ferai affaire avec du muscle. L’introduction est lourde avec sa batterie effrénée, sa guitare bien appuyée et la voix non moins lourde du chanteur Roberto Perez. On fait ensuite connaissance avec la voix de Cecilia Ledesma, très juste et puissante. Ce premier morceau me laisse une excellente impression avec son instrumentation riche et d’intéressants changements de rythmes; en effet, Dramatvm produit une musique fidèle au style mais sait le faire avec finesse.

    La pièce-titre, elle, est introduite différemment, c’est à dire par une douce voix qui permet ensuite aux autres instruments de se joindre à la parade. Le moins que l’on puisse dire, c’est que personne ne chôme au travail, la section rythmique étant particulièrement active, cette qualité sera constante sur toute la durée de l’album. Tel que mentionné plus haut la musique est pesante mais les claviers d’Angela Ramirez (elle a depuis été remplacée par Uriel Ramirez) font merveille et viennent justement donner cette touche symphonique qui vient un peu adoucir le tout.

    Fire of Fury” mélange ensuite habilement les deux types de vocaux, ma préférence allant bien sûr au chant féminin mais je me dois de donner à César ce qui revient à César: dans le registre guttural, Roberto Perez fait le travail, réussi à imprégner l’album de son agressivité et de son énergie et se révèle un parfait complément aux envolées lyriques de Cecilia Ledesma. “Mhisty: The Universe” et “Web of Bifurcations” me confortent dans mon opinion, la chanteuse est sublime mais je souligne encore une fois l’aspect complémentaire des vocalistes qui fait merveille.

    C’est ensuite la guitare et la basse qui prennent les commandes sur “My Domains (The Black Desert)“, chanson bien construite où la mélodie est bien complétée par des passages où les solistes peuvent s’illustrer. “The Possession” voit encore une fois le guitariste Al Tobias se tailler la part du lion, mais la section centrale de la chanson nous permet de respirer un peu alors que le rythme ralentit un peu tout en faisant place aux claviers. Cette pause est toutefois de courte durée: death metal oblige, on repart en grand vers une conclusion particulièrement lourde et chargée. Quant à l’introduction de “Battlefront“, elle se fait atmosphérique grâce aux claviers, mais la guitare lourde et la très efficace section rythmique viennent reprendre leur place dans ce qui s’avère le morceau le plus complexe du disque, alors que l’on peut facilement le diviser en trois sections bien distinctes et bien reliées entre elles.

    The Ancient Moon – Aaranun Dea” vient conclure comme il se doit, c’est à dire en suivant le plan suivi tout au long du parcours par le groupe: guitare déchirante, rythmique solide et vocaux variés. Je suis bien obliger d’admettre que le grunt me causera toujours un peu de fil à retordre, mais lorsqu’il est appuyé par une musique efficace comme c’est le cas ici, la pilule passe beaucoup mieux.

    En bout de ligne, j’en tire la conclusion d’avoir élargi mon champ musical et d’avoir surtout fait un pas de plus dans mon désir «d’apprivoiser» ce genre musical. En fait, au fil des écoutes, nul doute que l’on a affaire à un groupe qui ne se contente pas de «bûcher» pour le plaisir, mais qui a bien pris le temps de peaufiner sa musique, l’exécution et le travail d’écriture étant de calibre professionnel. Bref, cet album saura contenter tout un chacun.

     

     

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