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(Toutes les photos du show disponible en suivant ce lien.  Une entrevue avec Jesse, chanteur/guitariste de KEN Mode, est offerte à la fin de ce texte.)

En une journée particulièrement mouvementée dans la tour à bureau titanesque qui sert de siège social à la corporation multinationale Ondes Chocs, le PDG hyperactif Dave Rouleau entra dans mon bureau de façon impromptue en hurlant : « GÉLINAS!!! Lâche les photos de pitounes Black Metal, pis va interviewer Jesse Matthewson (guitare, voix) et couvrir le spectacle de son groupe KEN Mode à l’Agitée ce soir! Moi j’ai un souper important avec les actionnaires majoritaires! » C’est ainsi que je pris la direction du haut lieu de la culture souterraine de la ville de Québec, en compagnie de ma fidèle amazone.

L’entrevue précédemment évoquée étant originalement prévue pour 19 h 30, nous arrivâmes sur les lieux du massacre prévu un peu passé 19 h où je profitai de l’accès à la salle, gracieuseté de Karl-Emmanuel Picard de District 7 qui était sagement assis à la porte pour accueillir les spectateurs (merci beaucoup!). Puisque la soirée était encore jeune et que notre interviewé semblait être parti se nourrir, nous posâmes notre postérieur au bar, où nous fîmes le plein de houblon tout en parlant de musique poche, mais involontairement comique avec la barmaid. C’est alors que le photographe d’Ondes Chocs, Elliott Garneau, fit son entrée et qu’il me proposa gentiment de m’aider technologiquement à réaliser l’entrevue prévue avec Jesse. Cependant, le principal intéressé n’était toujours pas là, alors nous allâmes « humer » l’air automnal dehors pendant quelques minutes. Peu après notre retour à l’intérieur, nous aperçûmes les membres de la tête d’affiche arriver en retard sur l’heure prévue et je me précipitai donc pour remplir ma tâche. Une fois cette dernière terminée, je dus remonter l’escalier à la course, puisque Rope avait déjà entamé la soirée.

Avant de parler de leur prestation, je me dois de vous présenter ce groupe local brièvement. Rope est un groupe de Québec qui fait dans le D-beat (fusion de Death Metal primaire et de punk) et le Powerviolence. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec ces genres, disons simplement qu’il s’agit de pièces simples,  très courtes et violentes, interprétées avec un son gras et extrêmement sale et des paroles hurlées. Le groupe est formé de membres issus des formations Unfallen, Striver, Blacklashed, Punch Out et Revolt et comprend : Yann (Unfallen) au vocal, Matt à la batterie, Charles à la guitare, Jay à la guitare et Sam à la basse. Arrivé en haut je constatai, qu’ils avaient dû s’installer sur le plancher de l’Agitée en avant de la scène puisque cette dernière était trop petite pour accueillir tout le matériel des quatre groupes de la soirée. Cela avait malheureusement pour effet de compacter les nombreux spectateurs présents à l’arrière et sur les côtés, mais cela donna aussi une énergie punk appropriée à leur prestation qui se manifesta par des montées de violence dans la fosse. Je fus d’ailleurs impressionné par la performance très énergique du groupe, notamment Yann qui n’hésitait pas à violenter les spectateurs tout en poursuivant la démolition musicale entamée par leurs pièces superbement agressives et interprétées avec efficacité. Le groupe lançait d’ailleurs son premier EP, intitulé simplement MMXIII, ce soir-là et les amateurs du genre sont cordialement invités à se le procurer au prix que vous souhaitez sur le bandcamp du groupe.

Après une courte pause, ce fut au tour du quatuor Apes de prendre le crachoir, eux aussi installés directement sur le plancher de la salle. Apes est un groupe de Québec qui pratique un Grindcore sombre et violent. Le groupe a sorti son premier album cette année, enregistré au studio Broil et mixé par Raph Malenfant (The Aftermath). C’était la seconde fois que j’avais la chance d’assister à une de leurs prestations dans les derniers six mois et je fus surpris par l’énergie qu’ils démontrèrent cette fois. Si le chanteur, Alex, détonnait du reste du groupe lorsque je les avais vus en mai avec Despise You, car il était beaucoup plus énergique que les autres membres plutôt statiques, cette fois le groupe au complet semblait prendre son pied à présenter ses pièces directes et annihilatrices. Peut-être était-ce le fait de jouer parmi les spectateurs sans frontière entre la fosse et eux? Quoi qu’il en soit, leur performance fut enlevante, notamment lors de la participation de Cath, la vocaliste de la formation Striver, a une de leur pièce. De plus, leur utilisation de passages plus lents et pesants ajouta grandement d’atmosphère à leur prestation endiablée. Leur performance fut donc un succès démontré par une poursuite ininterrompue des hostilités dans la fosse. L’album du groupe pourra être téléchargé, moyennant une participation monétaire de votre choix, en suivant ce lien.

Le prochain groupe à prendre place sur scène (cette fois réellement sur scène hormis le vocaliste) fut Full of Hell, un quatuor de psychopathes provenant d’Ocean City au Maryland et de Pennsylvanie, pour ce qui est du chanteur. Ce groupe évolue dans un genre très original combinant des éléments de drone et de noise à un Death/Grind hyper agressif aux atmosphères nihilistes et démentes. La formation est composée de Dylan aux cris et aux gadgets électroniques, Spencer à la guitare, Brandon à la basse et Dave Bland à la batterie. En cette soirée, le groupe semblait s’être récemment échappé d’un asile psychiatrique à sécurité maximale tellement leur présence scénique et leur performance combinaient violence et démence palpable. Composé de pièces courtes et extrêmement agressives entrecoupées de bidouillage du chanteur sur un attirail de pédales et de boîtes d’effets électroniques, leur tour de chant fut un véritable mur de son érigé par l’expression des aspects les plus sombres de l’humanité. Le jeune chanteur passa le plus clair de son temps dans la fosse à violenter les spectateurs en hurlant tel un damné avec un regard rempli de démence et de rage. Cependant, je notai un certain déséquilibre en ce qui a trait au ratio de pièces présentées par rapport aux interludes bruitistes agressant, résultants de la manipulation desdits gadgets électroniques du chanteur. En effet, ces interludes me semblèrent beaucoup trop nombreux et longs, ce qui nuisit grandement à la fluidité de leur prestation. Pour ceux qui souhaiteraient plonger plus profond dans la folie humaine, suivez ce lien.

Après une dernière pause, c’était maintenant à KEN Mode de venir terminer la soirée en beauté. Pour ceux qui ne les connaîtraient pas encore, cette formation provient de Winnipeg au Manitoba, existe depuis 1999 et à cinq albums à son actif dont les deux derniers, Venerable (2011) et Entrench (2013) ont largement été acclamés par la critique. Leur musique est un amalgame de Metal, de Hardcore, de Noise et de Progressif qui rappelle parfois les premiers efforts de Mastodon par sa combinaison d’un son sale et de voix hurlées râpeuses avec une musique techniquement avancée. Le groupe se constitue des frères Jesse Matthewson (guitare et voix) et Shane Matthewson (batterie) alliés à Andrew Lacour (basse). Excellente sur album, leur musique se transposa excessivement bien sur scène en ce jeudi soir. En effet, autant l’exécution et la présence scénique furent de haut niveau, ce qui permit au côté envoûtant de leur musique de ressortir et de plaire aux nombreux spectateurs présents. Il fut impressionnant de constater qu’avec seulement trois membres, KEN Mode arrive à produire une musique aussi riche et techniquement élaborée avec autant d’apparente facilité. De plus, ils furent favorisés par un son puissant et enrobant, comme pour tous les groupes de la soirée d’ailleurs, sûrement grâce au nouvel équipement sonore de l’Agitée. La seule réserve que je pourrais soulever fut la brièveté relative de leur performance (environ 45 minutes) qui aurait pu être rallongée d’un rappel compte tenu de la discographie bien garnie du groupe et de son talent. Je vous conseille fortement d’aller consulter leur bandcamp!

En somme, ce fut encore un excellent spectacle présenté par District 7 et la soirée fut un succès autant sur le plan de l’achalandage que des talents démontrés par les groupes à l’affiche. En terminant, je désire remercier Karl-Emmanuel Picard pour l’accès à l’équipe d’Ondes Chocs et Elliot Garneau pour les photos et le support technique de l’entrevue avec Jesse Matthewson!

 

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas

 

***Voici une entrevue de Jesse, chanteur/guitariste de KEN Mode, avec une sélection de leur dernier album (« Entrench »), ‘The Promises of God’, ainsi qu’une autre à la fin de leur album précédent (« Venerable »), ‘Obeying the Iron Will’.***