Ça allait faire probablement proche un an et demi que j’avais pas mis les pieds au Bar Le Magog avant ce mercredi. La soirée orageuse s’annonçait torride. Mon mood était, pour ainsi dire, aussi crissement ordinaire que la météo qui faisait pas mal dur depuis plusieurs jours. J’étais due pour un sapré bon show.
Depuis ma dernière visite sur place, de nouveaux propriétaires se sont installés et ont légèrement modifié l’arsenal de boissons offertes au bar, ce qui m’a définitivement ravi en partant. Un bon pichet de bière style Blue Moon à la main, je me suis pointée à l’entrée pour jaser avec un Jass (Waarpiig Extravaganza) toujours aussi souriant et empreint d’énergie- chose qui ne semble pas s’apprêter à changer. Ce mec-là fait belle figure dans le réseau de booking Sherbrookois et ramène des shows notables dans le circuit de bars de la ville, ce pourquoi je le salue de vive voix.
Dès mon arrivée, le côté «stage» était déjà empli d’une foule quand même assez notable, ce qui m’a surprise, non pas parce que le lineup me semblait mauvais (bien au contraire), mais plutôt car il demeure assez factuel que Sherbrooke ne dénombre pas nécessairement beaucoup de connaisseurs de black metal. Bien que plusieurs bienheureux buveurs se soient entassés près du stage plus par curiosité que dans l’intention de s’éduquer réellement sur la nature de ce légendaire sous-genre qui a influencé plusieurs continents à exploiter le côté plus sombre de leur spiritualité, cela demeure un peu mythologique pour certains «nouveaux initiés» de la scène qui semblent suivre les foules. Plusieurs spectateurs de cette catégorie étaient faciles à «spotter». Ça me rend tout de même enjouée de savoir que les préjugés semblent remplacés par un intérêt pour la nouveauté, ce qui emmène une nouvelle clientèle au bar, et de l’argent de «tickets» de plus dans les poches de ces groupes (et promoteurs) qui se démènent à la sueur de leurs fronts pour nous emmener des shows vraiment bien montés et extrêmement mémorables.
Je dis ça, et je ne suis pas facile à impressionner.
La première formation à s’emparer de la petite scène (les Sherbrookois ARKOS) s’est un peu tirée dans le pied à bout portant en investissant assez peu d’attention sur leur setup pendant le soundcheck, ce qui est assez tragiquement dommage pour bon nombre de raisons, l’une d’entre elles étant que leur approche est extrêmement définie par l’importance des leads mélodiques et élaborés d’un point de vue technique. La basse et le drum les enterraient tout le long du set, ce qui ne m’a pas rendu la tâche de la critique constructive et attentive nécessairement aisée ou même possible. J’en profite pour faire remarquer aux groupes que ce genre de passe-droit risque de ne pas les aider à long-terme (ceci semble faire de moi la Miss Captain Obvious de l’heure, mais sans vouloir être vexante, je souligne que ceci n’est pas une joke- ajustez votre set-up de façon à ce que le set se distingue et affiche vraiment ce que vous êtes, car ça ne pardonne pas). Ce que j’ai pu absorber de ce que j’ai clairement entendu et déchiffré de leur approche malgré ce problème est qu’ils ont un goût marqué pour l’expérimentation. Leurs influences sont définitivement Scandinaves et Françaises en termes de compartimentation d’idées un peu contradictoires dans chacune des pièces présentées, ce qui leur donne un flair qui se démarque avec de belles subtilités parfois, et qui semble essayer un peu trop fort d’aller speeder dans des zones »black or white » dans d’autres cas (ce qui pouvait être balancé par des leads machiavéliquement bien travaillés mais semblait un peu strippé de ce genre de back-up vu la sono assourdissante et mal balancée qui laissait fortement à désirer). Dans cet ordre d’idées, la setlist était un équilibre entre le black introspectif et le post-black dissonnant et dévergondé qui passe pas par quatre chemins pour extérioriser son véhément besoin de défoulement chaotique. Ça aurait pu être plutôt satisfaisant (sans plus, pour mes oreilles qui tâchent d’être tout de même fairplay) si j’avais pu absorber le tout dans son incarnation optimale, et ce set n’a tout simplement pas offert ce genre de tremplin au groupe vu ce hic technique dont l’énormité ne pouvait être niée.
Dans le cas de BLACKSCORN, j’ai aucune plainte en rapport avec le setup en tant que tel. Je dois aussi avouer que j’étais absolument clouée sur place par la force brute de leur delivery. Ces gars-là sont en feu et ont un besoin absolument palpable et même imposant de se pitcher dans leur art tête première en se foutant complètement d’à quel point ils peuvent virer une gig room à l’envers. Je dis ça avec optimisme et admiration. Ils ont le flair pour la présentation théâtrale, oldschool, et organique, en plus de se pointer avec un son définitivement black, mais aussi marqué par la présence d’influences provenant d’autres sous-styles qui ne sont pas forcément toujours alliés avec les racines scandinaves ou françaises des premières incarnations du genre, mais qui sont tout de même des segway qui valent la peine d’être exploités pour tout musicien qui a des goûts éclectiques- y’avait une certaine spirit thrash, avec un aspect relâché plus punk, et même NWOBHM jusqu’à un certain degré. Tout cela était peut être subtil en surface, mais pour une nitpicky capricieuse comme yours truly, ça ressortait et ça m’a propulsée dans un état de focus absolu dont j’avais réellement besoin en rentrant. J’appelle ça de la bonne job.
HOLLOW déplacent toujours de l’air. Ils sont présentement en tournée avec SETH à travers ce que je pensais être seulement le Québec jusqu’à temps que je commence à spotter des dates en Nouvelle-Zélande. J’avais pas mal hâte que les gars aient de la visibilité jusqu’à ce point parce que je savais, dès la première fois que je les ai vus il y a un sapré bail, qu’ils sont tout simplement et assurément un phénomène avec un avenir déjà établi par leur professionnalisme qui ne manque jamais. Je dis ça en termes de présentation, prestance, composition, promotion, et attitude. C’est mauditement rare que tous ces points sont couverts simultanément. C’est la deuxième fois que je les vois et je n’ai rien à redire. Bob Skelton s’est affairé avec son spray paint pour créer des maquillages toujours aussi décadents qui assurent un visuel mémorable, bien que les gars du band ne donnent déjà pas leur place en termes de charisme et magnétisme puissant. Ils ont assimilé l’art de la performance tels des acteurs sur un plateau de tournage ou sur les planches à jouer du Shakespeare. Peut être que certains pensent que c’est un détail, moi je dis «the devil is in the details» après en avoir vu pas mal d’autres (sans vouloir prétendre que je suis une All Knowing Guru). En regardant ce set, mes yeux étaient tels une «panning video camera». Chaque membre du groupe apporte sa «vibe» au stage et c’est facile de voir qu’ils tripent tous. L’album «Mandrake» est complexe, abstrait, et complètement désarçonnant en termes de hooks mémorables et réellement créatifs. Ceci était audible pendant le show, et joué d’une manière tellement flawless que c’est pas une exagération de dire que ces gars-là ce sont des machines de guerre. La setlist était agencée d’une manière telle qu’ils ont eu une chance de showcaser plusieurs aspects un peu contrastes de leur songwriting en osant intégrer une ballade en plein milieu de deux tracks death black qui n’ont pas manqué de créer des pits petits mais assez relâchés et percutants. Ce que je pouvais sentir dans la crowd autour de moi était une appréciation nette pour ce set, presqu’un point culminant qui était attendu avec une anticipation tel un «craving» littéralement physique qui avait besoin d’être satisfait par ce genre de show qui a le don de changer le mindset de n’importe quel metalhead qui passe le pas de la porte. Satisfaire des besoins réels dans l’esprit et le coeur d’un fan de musique, c’est ça être une entité qui va créer une legacy. Sur ce, je lève mon chapeau à ce groupe pour leur dévouement à cette cause qui est absolument unwavering et dangereusement (je dis ça avec un énorme sourire au visage) passionné.
C’était la première fois que je voyais SETH, mais j’avais une bonne idée à quoi m’attendre après avoir lu l’entrevue écrite par notre Black Metal Expert maison Louis-Olivier Brassard-Gélinas. Leur son est extrêmement bien tissé et composé de toutes les incarnations du black metal scandinave que j’ai entendues sur les nombreux labels qui me gardent en vie avec leurs Lessons of Carnage qui me démontrent les nombreux visages de l’exécution du BM moderne et d’autrefois (i.e. post black aux teintes shoegaze, death-black, technical black, viking black, même progressive black?). Y’a pas à dire, ce set n’était pas homogène et ceci est un compliment, coming from a freak like me. Leurs pièces les plus fracassantes et traditionnelles sont aussi efficaces que leurs expérimentations introspectives qui n’ont pas peur d’être glissantes dans leur ambition débordante. C’est correct d’avoir quelques zoneouts quand les riffs deviennent un peu plus abstraits car c’est le but de ces points culminant des compositions- créer des up and downs tels un gigantesque rollercoaster- en gros, ils savent doser les sensations fortes, tels des dealers de la mort. Ceci ne s’apprend pas en dedans d’une semaine (petit mot aux enthousiastes dans leur garage). Ça prend une tête dure et un courage qui s’accumule avec les années. En termes de prestance- j’avais l’impression de regarder un vidéoclip. Peut être même que c’était un peu trop adroit et contenu pour un set de black et que les gars pourraient lâcher un peu plus leur fou en prenant davantage d’espace sur le stage. Aussi, je dois dire que le »echo filter » sur la voix du frontman n’était pas nécessaire- quand ton vocal est déjà capable d’arracher la tête de qui bon lui semble, pas besoin d’auto-censure.
Si je récapitule, cette veillée fut révélatrice, et fascinante pour une consommatrice d’oldschool fûtée. Je suis loin d’être déçue, et je félicite Sepulchral Productions qui sont à l’origine de cette tournée ainsi que Killing-It Productions et Waarpiig Extravaganza de même que tous les autres organisateurs de ce genre de show qui devrait se faire plus fréquent à Sherbrooke question de rallier les troupes et les rafraîchir avec le genre de métal qui les fait ressortir l’esprit plus clair et mieux guidé. Un gros merci pour la passe VIP et l’opportunité pour Ondes Chocs!
–Noch





