Définitivement, il fallait être motivé en simonac pour aller à Brampton en ce vendredi 20 décembre pluvieux/neigeux. La route s’annonce longue et pénible, même si je m’attendais en quelque sorte à pire… En fait, je ne parlerai pas trop vite car nous venons à peine de dépasser Brockville et sommes encore à quelques 400 kilomètres de notre destination. Une seule voie de praticable sur une autoroute, ce n’est pas très… pratique. À tout le moins, nous pouvons approfondir amplement les albums de Crimson Shadows et Battlesoul, les deux groupes principaux de ce soir. Les deux autres groupes sont Livid and the Bloodthirsty et Dawn Vally. Je dis « nous », car sur ce trajet je suis accompagné de ma douce et d’une amie, cette dernière allant assister à son baptême de Crimson Shadows live.
Pour en revenir à la route, elle est clairement stressante; ça doit faire environ quatre automobilistes minimum que nous voyons dans le clos et nous ne sommes qu’au quart de la distance à parcourir. Pour éviter de penser à cela, je m’amuse à lire les noms de villes que je ne connais pas et qui me rappelle que je ne prends pas souvent l’autoroute 401. Des genres de Pohénégamook et Issoudun d’Ontario : Gananoque, Pickering et bien sûr, le village (la ville?) mémorable de Napanee où l’essence était moins chère et le caissier boutonneux du A&W enclin à se moquer de notre accent francophone. Par ailleurs, saviez-vous que Brockville est la « City of the 1000 islands », en d’autres mots la ville des milles îles? Peut-être un rapport avec la rivière qui longe la côte nord de Laval… Peut-être pas aussi.
Dans des circonstances de conduite semblables, il y a toujours des phénomènes assez communs du genre: un 18 roues qui dépasse à 120km/h sans scrupule tout en poivrant bien comme il faut les autos dépassées, une personne prudente à l’extrême qui roule 50 km/h de moins que tout le reste du trafic, des conducteurs téméraires qui ne semblent pas être conscients qu’ils risquent fort de se retrouver dans le champs, etc.
Heureusement, plus nous approchons de Toronto, plus il fait chaud et la pluie reste en pluie, contrairement à la mi-parcours où notre pare-brise portait une épaisse couche de glace. C’est finalement après sept heures et quinze minutes de route bien comptées que nous arrivons à destination: le Courtyard Marriott Hotel. Brampton here we are to party hard!
Après avoir procédé au check-in, il était déjà temps de partir vers le Spot 1 Grill, genre de resto-bar avec salle de spectacle adjacente. À notre arrivée, les gars de Crimson Shadows étaient justement en train de finir de manger et de boire une bière. Salutations d’usage effectuées, je parle un peu avec Cory et Ryan (les deux frères Hofing, respectivement batteur et guitariste), qui semblaient intrigués par le cadeau de Noël emballé que j’avais apporté pour l’occasion (c’était un Christmas show, me dois-je de mentionner…) Ils ont même décidé d’en faire une occasion spéciale entre deux tounes pendant leur prestation. J’y reviendrai.
Deux pintes de Stella Artois plus tard, Dawn Vally entamait leur performance pour l’ouverture du spectacle de ce soir. Leur chanteur était visiblement en état alcoolisé et paraissait plus ou moins content d’être là, comparativement à ses comparses qui donnaient le show de leur vie. Malgré une corde brisée dès les premiers accords, le guitariste n’a pas bronché et a effectué sa performance comme si de rien n’était. Chapeau à toi l’ami! Leur musique se situait quelque part entre le hardcore et le metalcore. Que du scream avec beaucoup de rythmes saccadés par des breakdowns bien placés. Même s’il n’y avait personne en première rangée, le groupe a donné une performance très respectable. C’est un peu simple comme musique mais tout de même efficace. Petit manque de maturité cependant de la part du chanteur qui, avant d’entamer leur chanson intitulée Corrupt, nous fait part de son amertume généralisée envers les relations amoureuses. Dommage pour le mec, mais je ne partage pas son sentiment!
À la suite de leur spectacle, j’ai justement aperçu le chanteur seul dehors dans son coin. Je suis allé lui parler pour constater qu’effectivement, il semblait amer et déprimé par son ex-relation de couple et par sa prestation sur scène. Peu importe ce que ses amis lui disaient, il s’entêtait à exposer son malheur et sa « détresse ». Je place détresse entre guillemets, non pas pour minimiser sa souffrance potentielle, qui semblait bien réelle, mais plutôt le fait que généralement, si tu ne feel pas du tout, tu ne bookes pas un show! De ce que j’ai cru comprendre cependant, c’est qu’il est dans cet état depuis cet été car c’est de là que date sa dernière rupture amoureuse. Souhaitons-lui qu’il s’en remette avant son prochain show!
Pendant l’entracte, je m’aperçois que mes deux comparses féminines se sont fait abordées par des clients réguliers du bar, qui ne sont clairement pas venus pour voir un show de metal mais plutôt pour se saouler la gueule. Nous les avions aperçus à notre arrivée en compagnie de deux femmes dans la quarantaine dont le visage indiquait qu’elles avaient un certain vécu avec les stupéfiants. Dans un élan de générosité, ils nous ont payé bière et shooters. Je dois dire que j’avais une certaine réserve à leur égard, ce qui a fait que je suis subtilement allé voir la barmaid faire nos shooters afin d’être certain que j’ingurgiterais ce que j’avais demandé. Pour ce qui est de la bière, ils l’ont apportée spontanément et nous étions un peu plus méfiant.
Nous nous sommes déplacés en douce vers l’avant de la scène pour voir le deuxième groupe qui se mettait en place: Livid and the Bloodthirsty. La dernière fois que j’étais à Brampton pour le show fundraiser de Crimson Shadows, c’est aussi ce groupe qui était en première partie. J’ai compris de deux choses l’une. La scène metal à Brampton est très limitée, Living and the Bloodthirsty sont des amis du secondaire des headliners; par conséquent, Crimson Shadows fait vivre la scène metal à Brampton. Ces derniers étant originaires de Caledon, petite ville située à 15 minutes au nord de Brampton. Il faut dire que Brampton est à Toronto, ce que Boucherville est à Montréal: une ville industrielle et commerciale qui fait vivre plusieurs petits villages autour. C’était donc l’endroit tout désigné pour que Crimson Shadows fasse leur début et y revienne de temps à autres.
De toute évidence, il doit exister une malédiction qui fait que je ne peux jamais apprécier l’ensemble de la prestation de Livid and the Bloodthirsty. La dernière fois, c’était parce que j’étais occupé à une partie de billard où l’honneur de mon frère et moi était en jeu, et cette fois-ci, j’étais occupé à parler à Morgan (le bassiste de Crimson Shadows) de toutes sortes de choses super importantes… Pas tant que ça mais bon. Il faut dire que j’ai de la difficulté à headbanger avec régularité lorsqu’il y a trop de breakdowns dans une chanson, ce qui se produit avec un groupe comme Livid and the Bloodthirsty. Sans vouloir rien leur enlever, ils donnent un excellent show, mais je ne suis pas fan de leur musique, tout simplement. Je les ai tout de même écoutés du coin de l’oreille et j’ai accroché sur un ou deux morceaux, qui étaient définitivement plus death et plus rapide que les précédents. Voici déjà le moment du deuxième entracte.
Je ne l’ai pas mentionné tout à l’heure, mais avant même que le tout se mette en place, j’ai su que les parents des frères Hofing allaient venir voir leur progéniture faire sa performance. Parents fort sympathiques que j’avais rencontrés au show précédent à Brampton, où la mère des Hofing, Maryann, vendait des billets de tirage « moitié-moitié » pour récolter un peu d’argent question d’aider à payer le voyage en Allemagne de ses deux fils qui participaient, en plus de l’avoir finalement gagné rappelons-le, au Wacken Metal Battle 2013. Apparemment, elle était très contente de me revoir! Tant mieux, je vous dis à un prochain show à Brampton Mrs. Hofing! Ce n’est pas vrai, je ne suis pas si courtois, je la tutoie et je l’appelle par son prénom. En plus, je dois dire qu’elle est très caring. C’est même elle qui a proposé de nous appeler un taxi lorsqu’elle a constaté que notre état d’ivresse dépassaient notre état d’aptitude à penser à appeler un taxi. Thanks Maryann!
Battlesoul embarque sur scène et visiblement, il n’y aura pas de flûte et de violon live. Je vais m’enquérir auprès du chanteur pour être certain que je ne me trompe pas et il m’explique gentiment que la personne qui joue du violon et de la flûte est aussi le batteur. Effectivement, ça compliquerait un peu les choses qu’il essaie de jouer les trois instruments à la fois! Ce sera donc du sampling. Ça sonnait quand même bien, je dois l’avouer. Le technicien de son de Crimson Shadows, Howie, est très professionnel et il est musicien lui-même. Ça paraît dans les shows et encore une fois ce soir.
Battlesoul nous ont donc balancé leur set en plein dans la gueule et j’étais préparé. Ayant écouté à plus d’une reprise leurs albums dans les derniers jours, la performance était impeccable et fluide. Les riffs, les solos, les rythmes s’enchaînaient et je pouvais reconnaître les chansons sur les albums (sans que je n’aie retenu leurs titres cependant…). J’ai par ailleurs remarqué que le chanteur portait un t-shirt fait maison avec l’inscription « Crimson Shitshows », probablement une allusion amicale au fait que l’événement de ce soir avait été organisé à la dernière minute et qu’il n’y avait pas une foule à tout casser. Dans les faits oui, mais pas parce qu’elle était particulièrement nombreuse mais plutôt parce qu’elle était passablement ivre.
Troisième entracte. Je m’empresse d’aller fumer ma clope habituelle de changement de set up pour me rendre compte que les deux «regular» du bar n’ont pas démordu de leur mission de séduction auprès de mes comparses féminines. Pendant que j’étais à l’extérieur, la barmaid est même venue me porter une bière bien neuve et bien fraîche, semblable à celle que j’avais bu le reste de la soirée. J’étais un peu surpris et je n’ai pas pris la peine de demander de qui ça venait. Peut-être un membre d’un des groupes, peut-être les vieux clients réguliers, who knows? Toujours est-il que cette bière a semblé maléfique car j’ai eu un blackout total de mémoire vers la fin du show de Crimson Shadows et ce jusqu’au lendemain matin à mon réveil. Weird!
Crimson Shadows sont maintenant sur la scène et prêts à nous rendre neuf de leurs morceaux épiques. Fidèles à leurs habitudes, ils nous livrent toute une performance. Ils nous ont même fait trois petits cadeaux de Noël: 1) une toune de leur premier démo (Betrayed by thy King), 2) une toune de leur album à venir qu’ils n’avaient encore jamais joué devant public (dont j’ai oublié le nom) et 3) l’ouverture du cadeau de Noël que je leur avais apporté. Ils ont eu l’air particulièrement content de découvrir que je leur avais choisi minutieusement un Hydromel québécois de qualité ainsi qu’un 12-pack de bières fortes de la brasserie Unibroue.
Cela dit, ils nous ont joué presque tout leur répertoire: Beyond the Mountain Wasteland, Lost in a Dark Forest, Battle Hard, Kingdom of Ale, etc. Comme je m’y attendais, c’était parfait. Ces gars sont des virtuoses en chair et en os. Leur musique est inspirée notamment de Dragonforce et de Blackguard, ce qui vous donne une idée du résultat et du genre de performance qu’ils peuvent nous offrir live. Les clean vocals de Greg (qui est aussi un excellent guitariste) s’amalgament à merveille aux screams et au growls de Jimi, le tout agrémenté par les backvocals de Ryan ou Morgan. Les échanges de solos dans presque chaque chanson entre Ryan et Greg, les chœurs pendant les refrains, le rythme rapide et martelant sans cesse de Cory; tous ces éléments forment un tout incroyablement épique. C’est à voir et entendre, et à revoir et réentendre, ad infinitum. Du pur plaisir.
Tel que mentionné précédemment, à ce moment du show, je n’ai absolument aucun souvenir du reste et j’ai dû me le faire raconter par mes comparses qui elles, ont bien évité de boire un quelconque drink leur ayant été offert. Il faut croire que ce qu’on nous dit sur la sécurité dans les bars est vrai. Ou encore que j’ai réellement bu plus qu’à l’habitude sans m’en rendre compte. L’histoire ne le dira jamais. Je peux cependant témoigner qu’il y avait une vibe particulièrement éthylique ce soir-là. C’était la première fois de ma vie que je voyais un moshpit aussi paqueté. Je crois que les gens étaient plus souvent par terre que sur leurs pieds et ils tombaient systématiquement en effet domino. Ça vous donne une idée…
Le lendemain, hangover assez solide qui nous attendait mais ce n’était pas le pire… Le pire était la route du retour, dont les conditions étaient encore plus exécrables que celle de l’aller. Glace, verglas, grésil, neige, pluie, vent, name it! Tout y était. Nous avons dû nous arrêter au minimum à quatre reprises pour enlever la couche de glace qui grossissait à vue d’œil sur le pare-brise et qui rétrécissait notre visibilité à une vitesse surprenante. Nous sommes finalement rentrés au bercail en un morceau, après un pénible et stressant huit heures et quart de route. Merci François Pérusse de nous avoir entertainé pendant ces durs moments. Mais surtout, merci à tous les gars de Crimson Shadows et leur entourage pour avoir organisé et donné un excellent show. À la prochaine fois!
Je vous laisse avec leur ode à la bière, Kingdom of Ale puis le vidéo de leur performance au Wacken Metal Battle 2013.
Dr Light





