Samedi, 23 novembre. Cette soirée s’annonce d’emblée pour être tranquille. Je relaxe dans mon chaud chez moi avec ma douce moitié. Lex Ivian me contacte pour m’indiquer qu’il organise un show à L’Hémisphère Gauche, un show mettant en vedette ses amis de Black Absinthe, un groupe de thrash metal originaire de Toronto. Ne connaissant ni Black Absinthe, ni les deux autres groupes à l’affiche, Corey vs the Hitmen et Before It Blurs (question de rester fidèle à mes habitudes de néophyte de metal underground), je décide d’écouter un extrait de Black Absinthe sur Youtube. Au même moment, ma copine entre dans la pièce et me demande d’un air intéressé quel est le groupe qui est en train de jouer. Je lui réponds que c’est le groupe qui jouera ce soir à L’Hémisphère Gauche. Je lui demande si elle a envie d’y aller et elle me répond par l’affirmative, à ma grande joie. Disons que pour elle, vouloir assister à un show de metal est un peu l’équivalent pour moi d’aller assister à un concert de pop rock; ça pourrait me tenter, mais plus souvent qu’autrement, je suis indifférent à la chose!
Pendant que je savoure encore mon enthousiasme pour la soirée en perspective, je prépare en même temps le souper question d’avoir le ventre bien plein avant notre départ. Une bonne bouteille de rouge et un lapin braisé aux olives plus tard, nous sommes en route vers L’Hémisphère Gauche. À notre arrivée, un peu en retard sur l’heure de début du spectacle (9h30), nous constatons qu’il n’y a que deux groupes d’arrivés, une poignée de fans (et je dis bien une poignée dans la mesure où je pouvais les compter sur les doigts d’une main), ainsi que Lex, son partenaire Alexis et la barmaid. Il faut dire que le fait qu’un show de Slayer ait lieu le même soir n’aide en rien à remplir la salle..
Lex, que je remercie de nous avoir accueillis gracieusement ma copine et moi, nous aborde dès qu’il aperçoit notre présence et nous informe que la tête d’affiche de ce soir sera en retard pour cause d’un accident de la route qui a créé un bouchon de circulation monstre. Ce genre d’événement est de toute évidence déplorable et surtout, en dehors du contrôle des bands. Jusqu’à maintenant, je me suis rendu compte que ce genre d’imbroglio arrive en moyenne une fois sur vingt. Qu’il s’agisse d’un bris mécanique du véhicule de tournée, d’une tempête de neige infernale ou encore d’une difficulté à traverser les douanes, ce sont des choses qui font partie de notre dure réalité de citoyen moyen. Soyons donc indulgents et buvons lentement une pinte ou deux le temps que les choses se placent.
Il semble que les deux autres groupes présents soient inquiets de ne pas voir le bout du nez de Black Absinthe, d’autant plus que ce sont ces derniers qui sont censés apporter le matériel audio manquant jusqu’à maintenant (un amplificateur). Les membres de Corey vs the Hitmen vont jusqu’à aller chercher un minuscule ampli Peavey pour faire le travail et commencer le spectacle aussitôt que possible. Notons qu’il y a environ 1 heure 15 minutes de retard sur l’horaire prévu.
Les voici donc sur scène prêts à entamer la première partie du spectacle de ce soir. Malgré les limites évidentes de leur « ampli de secours », leur set est assez thrash, assez efficace et leur présence scénique est impressionnante pour un groupe jouant devant un public passablement restreint (il y a moi, ma copine, le groupe Before It Blurs et leurs quelques amis devant la scène). Bien que Corey vs the Hitmen nous aient entretenus d’une « mini » mise en scène intéressante, leur exaspération due au retard de la tête d’affiche fut palpable lorsqu’ils ont mis fin à leur prestation de manière expéditive après seulement quatre morceaux. Disons que j’en aurais pris davantage!
Ils étaient définitivement aigris par l’absence toujours évidente de Black Absinthe. Je m’en suis rendu particulièrement compte lorsque je suis sorti braver le froid glacial pour aller consommer mon vice tabagique. Le chanteur, Corey, était en pleine diatribe contre Black Absinthe (qui n’étaient pas là pour se défendre) et leur reprochait aveuglément de n’être pas venus, et il semblait convaincu qu’ils ne viendraient jamais. Je m’immisce dans son fiel pour lui indiquer gentiment qu’ils ont été retardés par un accident de la route. Il me répond avec étonnement qu’il n’était pas au courant et qu’il devrait être moins impulsif parfois, pour ensuite me quêter illico une cigarette, la fumer et s’en aller avec ses comparses sans même prendre le temps d’écouter les deux groupes qui suivent. Soit! Il a tout de même offert son petit Peavey de secours à Before It Blurs, mais ces derniers ont décidé de patienter jusqu’à l’arrivée de Black Absinthe.
Ils arrivent finalement vers 11h15 (si ma mémoire est bonne…) et déposent rapidement leur matériel alentour de la scène, question que Before It Blurs puissent s’installer le plus vite possible. Une dizaine de minutes plus tard, ces derniers commencent leur performance. Performance est un mot bien choisi dans la mesure où chacun des musiciens maîtrise définitivement son instrument, à l’exception peut-être du chanteur, qui en a même fait un sujet d’autodérision entre deux chansons. L’harmonie globale de leurs compositions consiste cependant en une lacune importante. Même si la batterie, les guitares et la basse, prises individuellement sont très impressionnantes, le tout mis ensemble évoque une certaine cacophonie. Autant à certains égards, les chorus sont accrocheurs, autant certains riffs et certains solos forment un amalgame indigeste. Comme je leur ai partagé après le show, leur talent musical n’est pas nécessairement en cause, il leur manque simplement un « liant » qui doit faire ses preuves. J’en ressors mitigé, ce qui vaut bien une autre pinte et une autre clope.
Deux autres clopes finalement. Et pourquoi pas une cigarette de course, question d’être bien en selle pour le plat de résistance de la soirée : Black Absinthe. Des gens qui viennent de sortir du show de Slayer se joignent à la foule. Ne sachant pas trop à quoi nous attendre, nous tendons les yeux et les oreilles vers les trois Torontois en retard, avec un soupçon d’appréhension compte tenu de l’attente qu’ils nous ont fait subir bien malgré eux.
Wow! Incroyable. D’une efficacité, d’une diversité et d’un enthousiasme à couper le souffle. Les multiples solos de Jack, la fluiditié des rythmes et fills de Austin à la batterie, et la dextérité exemplaire de Kyle, sont parfaits. Je ne comprends pas pourquoi ce groupe n’est pas plus connu! « So underrated » comme diraient certains. C’était plus que solide. Un thrash metal qui ne se gêne pas pour emprunter toutes sortes d’influences à d’autres styles sans qu’on soit nécessairement capable de le reconnaître immédiatement. Pendant toute la prestation, les fans sont déchaînés et hochent la tête au même rythme que chacun des morceaux. Un rescapé du show de Slayer s’en donne à coeur joie, est définitivement dans un état éthylique avancé, et il danse avec un enthousiasme contagieux et embarque les gens devant la scène et même Jack, le chanteur, dans son délire. C’est d’un bonheur exemplaire et les gars de Black Absinthe le ressentent et nous le démontrent avec leur enthousiasme qui ne cesse de s’exprimer dans leurs mimiques. Voici d’ailleurs un vidéo de cette soirée filmé par notre collègue, Daniel Velichko. Malheureusement, on n’a pas le titre de la pièce!!
Au moment de la dernière chanson, les musiciens nous font peur. Nous ne connaissions définitivement pas le groupe et ils nous disent, en mettant un micro à notre disposition, que nous chanterons avec eux la dernière chanson, « pour ceux qui connaissent les paroles » disent-ils. Évidemment, tout un chacun se regarde, incrédule, ayant l’air de se dire « Il n’y a personne ici qui connaît les paroles de leurs chansons! ». C’était avant les trois premiers accords de la chanson en question, qui a soulevé l’excitation de la foule à son comble. Surprise! « Seek and Destroy » était finalement leur dernier morceau. Du bon vieux Metallica à son époque thrash, ce qui a conclu à merveille cette prestation à laquelle je ne m’attendais définitivement pas.
Suite au spectacle, je me suis juré d’aller les encourager en achetant leur album. Déception pour ma part, ils n’avaient pas de copie physique mais seulement des copies électroniques pour la somme ridicule de 2$. Pour le reste, je leur paie une tournée de shots de Jagermeister et j’entame la conversation avec eux. Très volubiles et chaleureux, ils ont vraiment apprécié la réaction du public et ils étaient positifs malgré le fait que la route fut longue et pénible, d’autant plus qu’il faisait un froid de canard à l’extérieur. Un exemple de professionnalisme que je n’oublierai pas de sitôt. On vous termine ça avec une entrevue impromptue réalisée toujours par mon collègue Daniel, à l’extérieur de L’Hémisphère Gauche peu après l’arrivée des gars de Black Absinthe.
Prochaine escapade à l’agenda: Alestorm, Trollfest et Gypsyhawk, samedi le 30 novembre au Club Soda.
Dr Light





