Vendredi, 15 novembre. Deux spectacles en trois jours. Encore un seul groupe sur quatre de connu pour ma part. Décidément, ma culture musicale métallique underground en arrache. Soyons indulgents cependant, ça fait à peine trois ans que je suis à Montréal et seulement une année que j’ai décidé d’aller voir des shows steady. Comme je le disais pour le spectacle de Nekrogoblikon, j’aime bien découvrir des groupes.

Encore une fois, je fais cavalier seul. Mais cette fois, avec l’intention planifiée d’engager la conversation et de prendre une bière (ou plus) avec le batteur remplaçant pour Sig:Ar:Tyr, Cory Hofing, aussi batteur pour Vesperia et Crimson Shadows (mon coup de cœur de l’année).

 

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Les pieds dans le métro, je me mets en mode réceptif pour capter un maximum d’ondes positives. En contraste, le métro est toujours aussi morne, aussi mort. Les gens entrent, les gens sortent, l’air hagard. Le rythme est mécanique, sans harmonie. La seule mélodie est celle du frottement des roues contre les rails, des trois notes nous avertissant de la fermeture des portes et du départ de la station, et de la voix monocorde enregistrée nous indiquant la prochaine station au cas où je ne saurais pas lire.

Sur le chemin de la salle de spectacle au nom vertueux (Foufounes Électriques), j’arrête au guichet automatique et laisse ma cigarette dehors le temps d’effectuer la transaction. Fuck! Je ressors et un SDF m’avait spotté et il a pris ma clope! Il y a de ces événements qui ont le don de nous rappeler à quel point nous vivons dans un système qui produit des inégalités sociales démesurées… Ce petit imbroglio ne vient qu’ajouter à la colère intérieure qui sera sublimée ce soir.

Quelques minutes plus tard, je franchis les grilles de la salle de spectacle et monte les escaliers menant au second étage. Virage à droite vers l’endroit sombre où se trouve la scène. Il est clair que Dagaz ne commencera pas à l’heure prévue. Ne me demandez pas quelle heure il était ou l’heure qui était prévue, je ne l’ai pas écrit dans mes notes et ce n’est pas important de toute manière. L’important est qu’il y a encore très peu de gens arrivés et que je vais aller me chercher une bière en attendant patiemment que la salle se remplisse de metalheads. Les metalheads, ces petits animaux affectueux, fragiles, sensibles et vulnérables qui viennent canaliser leur énergie négative en se défoulant sur de la musique agressive.

Dagaz commence. Les ayant vus et entendus à deux reprises cette année, je savais un peu à quoi m’attendre. En effet, ils ont été fidèles à eux-mêmes. Plein d’énergie, avec un soupçon de chaos. C’est cet ersatz de dysharmonie dans leurs chansons qui fait que je reste toujours mitigé face à ce groupe. Ne vous méprenez pas, leurs compositions sont solides, ils ont l’air bien sympathique mais j’ai simplement de la difficulté à m’abandonner complètement à leur musique. Et pourtant, leur musique insufflait toujours une bonne dose d’énergie à la foule de leurs fans les fois précédentes. Par contre, tristement pour eux ce soir, le petit public présent pour la première partie ne s’est pas manifesté comme je l’ai déjà vu dans une de leurs prestations précédentes. Soit!

 

 

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Juste après leur prestation, j’aperçois Cory accompagné de son frère Ryan (guitariste pour Crimson Shadows) et sa copine, ainsi que Morgan Rider (bassiste pour le même groupe, en plus de l’être pour Sig:A:Tyr et Vesperia, ce dernier groupe pour lequel il chante de surcroît). Je vais donc les saluer et leur souhaiter la bienvenue. Fidèle à son habitude, Cory est très agréable à parler. Toujours enthousiaste et positif, musicien dévoué à son art et très travaillant tout en étant capable de bien festoyer. Il se prépare mentalement pour sa prestation plus tard dans la soirée. Il a tout de même dû apprendre une dizaine de chansons en l’espace d’un mois, sans oublier qu’il était au même moment en train d’en apprendre et d’en composer des nouvelles pour le prochain album de Crimson Shadows.

Avant de quitter la conversation, Mat Paré vient nous rejoindre et échange avec Cory au sujet de différentes villes ontariennes en matière de public et de réceptivité à l’égard de la musique qu’ils font respectivement. Avis aux intéressés, la ville de Guelph en Ontario possèderait un public à forte concentration… pour le punk rock. J’aime bien le punk rock mais moins que le metal. Toujours est-il que je souhaite un bon show à Cory et que je m’éloigne vers le fumoir.

Le temps d’une cigarette plus tard, Triskèle, descendu du Saguenay pour cette soirée, embarque sur la scène et commence sa performance. Lex, qui a eu une discussion avec Jonathan, leur nouveau drummeur, apprend que c’est seulement leur 4ème show avec eux et que ce serait comme son 1er en tant qu’officiel. Il pourra donc maintenant s’intégrer à part entière au groupe… quoiqu’il a aussi dit à Lex qu’il a 6-7 autres groupes!! Et de toute façon, côté intégration, j’ai été surpris de constater que seul un des membres, Morteus, un des 2 guitariste/chanteur, arborait le maquillage facial identifiant leur allégeance au black side of metal. Mais en même temps, leur musique bien que largement teintée de la saveur old school black metal n’est pas faite que de black. On sent aussi un côté bien pagan que j’ai peut-être plus associé à la voix de Skogen l’autre guitariste/chanteur qui, planté bien droit devant son micro, nous entonne ses strophes d’une voix clean aux tonalités graves. Particulièrement réussi dans cet univers où les screech, growls et autres techniques vocales tenant du registre des Enfers sont sureprésentées. Mais ne vous méprenez pas ici par la teneur de mon propos car j’ai bien mentionné un second chanteur, Morteus. C’est lui qui assure qu’au moment choisi, la solennité de Skogen cède la place à l’interprétation démoniaque qu’offre la voix de Morteus mais également sa posture plus recroquevillée devant son micro qui lui donne un air plus torturé. Grognements et autres cris à l’appui. Une prestation intéressante bien que je n’ai pas particulièrement accroché dans leur musique. Remarquez que je n’ai rien de personnel envers ce groupe, je n’accroche tout simplement pas au style comme c’est le cas pour certaines autres choses. Pas dramatique anyway, non?

 

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Une autre bière et je me retrouve dans le fumoir, question d’attendre que Sig:Ar:Tyr s’installe. Entre-temps, une amie adepte de musique m’a rejoint pour apprécier les deux groupes en co-tête d’affiche ce soir. Puff, puff, give! La fumée devient plus dense au fur et à mesure que le fumoir se remplit d’adeptes de ce vice tabagique et de leurs camarades. Une dizaine de minutes s’écoulent et il est temps de retourner devant la scène.

C’est à ce moment que Sig:Ar:Tyr, projet solo de Daemonskald, qui recrute des musiciens pour ses prestations scéniques, entame leur première chanson. Outre ceux mentionnés ci-haut s’ajoute Mike Grund, guitariste de Battlesoul. Nous venons de prendre un virage prog. Riffs très lents, rythmes plutôt simples, solos bien placés et accrocheurs, la patience et l’écoute sont de mise plus qu’à l’habitude; on est dans un autre monde. Je trouve intéressant de voir jouer Cory Hofing dans un style qui n’est habituellement pas son style de prédilection. (Pour être musicien amateur à mes heures, je dois dire que ce qu’on aime écouter, composer et jouer ne se ressemble pas nécessairement mais peut être tout aussi agréable tout dépendamment de notre humeur et de notre mindset.) Leur performance est assez impeccable. Quelques petites hésitations ici et là, mais rien de très apparent.

 

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1477466_636311069745123_1137042512_n(Nous tenons à remercier Alain de Québec-Métal pour les photos qui illustrent et agrémentent ce texte jusqu’ici mais ce devra malheureusement se terminer ici car Alain s’est transformé en citrouille avant l’entrée en scène de Talamyus. ndlr)

 

J’ai quand même trouvé le moyen d’en glisser un mot au cadet des Hofing, non sans un brin de malaise. Il ne semble pas l’avoir mal pris. Ryan quant à lui, était très satisfait du travail de son frère puisqu’il m’a dit immédiatement après la prestation:

He nailed it!

Commentaire qu’il a agrémenté de « And don’t tell my brother I said that! » Ah! La rivalité fraternelle… Que ne ferions-nous pas pour avoir le dessus sur notre frère? C’est dans la constitution même de la famille. Les enfants doivent se battre pour avoir l’attention de leurs parents. Et le combattant le plus sage ne sera pas nécessairement le plus victorieux en matière d’attention. C’est plus souvent qu’autrement le plus jeune qui hérite de cette dernière ainsi que de l’expérience accrue des parents en matière d’éducation, choses que le plus vieux n’a pas pu avoir. Le plus jeune rétorquera cependant que le plus vieux a des privilèges que le plus jeune n’a pas, ce qui est généralement, aussi vrai.

Je plaide coupable pour une dérape digne d’un vendredi soir. Avant même d’entamer une conversation plus approfondie avec Cory suite à sa performance, je me dis à moi-même que je commence à ressentir considérablement les effets des quelques bières que j’ai enfilées une à la suite de l’autre. Serai-je apte à converser de façon fluide dans ma langue seconde? Il existe une règle non-écrite qui veut que si nous sommes juste un peu paquetés, nous serons plus fluides et moins inhibés, mais si nous sommes carrément saouls, il sera impossible d’articuler une phrase cohérente ou de comprendre son interlocuteur. J’invite donc mon ami musicien à venir boire une bière au bar. Il est agréablement surpris par le fait que la bière ne coûte que deux dollars et qu’il peut en outre choisir la sorte qu’il souhaite. Bienvenue au Québec!

Au cours de cette conversation, nous avons discuté de plusieurs choses dont le prochain album de Crimson Shadows, la signature avec Nuclear Blast, les prochaines tournées, la manière dont je les ai connus, le Viking Fest aux Katacombes de juin dernier, ma virée à Brampton pour leur show fundraiser qui allait les aider à payer les billets d’avion pour aller au Wacken Metal Battle (et le gagner), etc. Très agréable échange, agrémenté de shooters de Jagermeister bien froids et de quelques bières.

Merde! Je me rends compte que pendant une bonne partie de la conversation, j’ai manqué plusieurs bouts de Talamyus qui avait commencé depuis un moment. Tout de même, j’en entendais des bribes et les fois où je me suis approché de la scène, j’ai été complètement flabbergasté, particulièrement lors du duo au chant (Roxanna, chanteuse de Your last Wish est venue se joindre au groupe pour interpréter Never betrays de leur 1er album, As long as it flows… ndlr). Deux chanteuses avec des techniques de chant guttural sur une même scène pour un même groupe, on ne voit pas ça tous les jours dans un spectacle à quinze dollars! Excellente performance!

J’aimerais bien les revoir car ça avait l’air particulièrement intense et extrême et j’adore de plus en plus ce style; mes oreilles n’étaient pas encore assez habituées il y a quelques années. Il faut un certain temps pour l’adaptation de notre ouïe à des sons multiples, complexes, qui colorent une saturation musicale d’une manière encore inaccessible au profane. C’est un peu comme la première fois que vous buvez une bière : elle goûte mauvais, vous voulez quelque chose de plus sucré et de plus doux. Par la suite, vous prenez du sucré et du plus doux à vous en rendre malade et vous reconnaissez dorénavant les vertus d’un produit a priori plus amer. En outre, vous apprenez à beaucoup mieux distinguer les nuances entres Ale, Lager et Pilsner ainsi qu’entre blanche, blonde, rousse, brune et noire, ou encore entre légère et forte.

Il est maintenant déjà temps d’aller manger la traditionnelle pointe de pizza avec la comparse que j’ai mentionnée précédemment (qui a assisté à l’ensemble de la prestation de Talamyus pour mieux tourner le fer dans la plaie et me dire qu’elle avait adoré). La panse bien remplie, nous marchons jusqu’au métro et effectuons les salutations et câlins d’usage avant de se quitter. Quelques minutes plus tard, je retrouve mon lit et sombre dans un sommeil paisible et profond qui me guettait de près.

 

Doc Light