Vous avez peut-être eu la chance de découvrir Stéphan au cours des derniers mois alors qu’il nous a offert quelques petits textes qui nous ont fait découvrir ce qui le fait tripper dans le metal: les groupes qui utilisent de douces voix féminines lyriques. Le voici maintenant avec sa chronique bimensuelle régulière dont j’ai le plaisir de vous présenter ici la 1ère offrande. – Lex

 

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Après avoir offert aux lecteurs de Ondes Chocs quelques collaborations, dont un récit de mon passage au Metal Female Voices Fest XI en Belgique l’automne dernier, l’idée de vous parler de ma passion sur une base plus régulière a fait surface. Voici donc « Les elles du metal« . « Elles » parce que les albums que je vous présenterai mettront toujours en vedette une voix féminine; « elles » aussi parce que, nous, fans de metal, irons bien sûr tous en enfer. Publiée sur une base bimensuelle, j’espère que cette nouvelle chronique vous permettra de faire d’intéressantes découvertes. Bonne lecture et, surtout, bonne écoute!

 

La période des Fêtes étant passée, c’est le temps de digérer toutes ces victuailles ingurgitées en trop. Pour ce faire, rien de mieux que quelques séances intenses d’entraînement avec, à la clé, de la bonne musique pour donner du rythme! Voici donc ma première chronique de l’année 2014, qui inaugurera le format que je veux désormais donner à ma collaboration chez Ondes Chocs: tout d’abord je vous présenterai une nouveauté ou une parution relativement récente, avant de fouiller ensuite dans mon coffre aux trésors pour vous suggérer un album un peu moins nouveau (2012 ou plus âgé) qui vaut la peine d’être (re)découvert.Steph

 

 

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Sorronia

« Words of Silence »

Bakerteam Records

2013

 

Dans la vie, à la quantité de musique que l’on écoute, il est parfaitement normal de tomber sur un album qui nous plaît moins; Words of Silence, premier essai du jeune groupe hongrois Sorronia, se classe dans cette catégorie. Première déception dès l’entrée du CD dans le lecteur : la durée totale n’est que de 32 minutes. Payer le prix régulier pour ce qui est un EP déguisé s’apparente à de la fausse représentation. Par contre, je me disais que si les 32 minutes étaient mémorables, ce serait une consolation. Malheureusement ce n’est pas le cas.

La première pièce, la courte instrumentale Intro, est fort prometteuse. C’est avec un mur de claviers symphoniques que l’on entre dans l’album et ceci annonce les couleurs de la musique de Sorronia qui est dominée par ces claviers despotiques qui enterrent les autres composantes sur toute la (courte) durée de l’album. La sonorité de ces derniers est agréable, ce qui constitue le principal point fort de Words of Silence. En fait, la guitare réussit à ne sortir du lot que lorsqu’un solo est prévu, sinon elle se retrouve totalement enterrée, ce qui est décevant car le guitariste Laszlo Szabo s’en tire très bien sur son instrument.

Pour ce qui est du reste, ces 32 minutes s’avèrent plutôt décevantes. La deuxième chanson, Fallen Angel, est fort bien construite mais la production qui étouffe tous les instruments sous les claviers, ainsi que l’insupportable narration dévaluent considérablement ce qui aurait pu être une pièce franchement solide. Le reste de l’album est à l’image de cet extrait: Sorronia nous souffle le chaud et le froid en gratifiant ses chansons de bons moments malheureusement masqués par un parti-pris de la production et certaines mélodies linéaires. Ces mélodies n’accrochent pas l’oreille, la guitare – à l’exception des solos plutôt intéressants – et la section rythmique sont virtuellement absentes et le chant de Anna Kiraly, pas forcément mauvais, manque d’aplomb et de force et ne suffit pas à servir d’arbre pouvant cacher la forêt.

Words of Silence n’est pas, au final, un ratage majeur, mais il ne passera pas non plus à l’histoire. Bref, il manque cet ingrédient, ce petit quelque chose parfois indéfinissable qui nous rendrait ce premier tour de piste beaucoup plus agréable. Ce ne serait donc pas erroné de dire que Sorronia s’est précipité trop vite au studio pour enregistrer un album qu’il aurait pu améliorer grandement s’il avait pris le temps de peaufiner son art.

 

 

 

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Victorians

« Revival »

auto-production

2012

 

Il est toujours surprenant de constater que certains groupes, malgré un talent remarquable, se retrouve obligé de publier sa musique de manière indépendante car aucune maison de disques n’a cru bon de lui faire signer un contrat. Ceci n’a pas empêché le groupe polonais Victorians de frapper un grand coup avec son premier album, Revival, publié en 2012.

Voici un album taillé sur mesure pour les mélomanes qui aiment la musique grandiose et théâtrale. Le premier élément qui aide Victorians à se démarquer est la voix de la chanteuse Eydis, qui possède non seulement beaucoup de puissante, mais aussi un timbre bien particulier plus grave que la moyenne des chanteuses oeuvrant dans le même créneau musical. Elle utilise cette voix à bon escient, explorant la large palette de ses capacités en se montrant apte à s’élever dans les hautes notes lorsque nécessaire tout en étant capable d’offrir un chant rock avec efficacité. Il n’y a nul doute qu’une voix comme celle-ci ajoute une grande chaleur à la musique.

Parlons-en de la musique, justement. Comme tous les groupes de metal symphonique, ce sont les claviers qui occupent la place principale. Ceux-ci, reproduisant souvent des sons de cordes, sont bien choisis et arrangés avec soin. Malgré cette grande présence des claviers, les autres instrumentistes ne sont pas relégués au rôle de figurants, grâce à la production claire qui donne à chaque instrument la juste place qui lui revient. La section rythmique, solide, formée de V. à la basse et de Mr. Nice (!) à la batterie s’illustre particulièrement sur la pesante Who Never Loved et sur la très enjouée Servants of Beauty. Quant à lui, le guitariste Utis soutient bien le jeu grâce à des riffs efficaces et il a la chance de démontrer son habileté à la six cordes lors de quelques solos bien exécutés, même si Victorians ne mise pas sur l’aspect performance pour se démarquer. C’est davantage la belle unité affichée par les instrumentistes que leur habileté individuelle qui apporte à la musique toute sa puissance.

Si j’avais une réserve mineure à émettre au sujet de Revival, c’est l’absence d’un ou deux titres instrumentaux qui viendraient varier un peu le cours des festivités. En effet, les 11 chansons sont construites relativement de la même manière et sont d’une durée sensiblement identique, ce qui a pour conséquence que la musique cesse de nous surprendre en milieu de parcours malgré sa grande qualité. Cette objection peut être toutefois rapidement balayée sous le tapis car, fait rare pour un groupe à son premier album, aucun morceau ne s’avère faible. Pourtant, le groupe démontre sur Siren et sur Juliet’s Tale qu’il peut ajouter ici et là un élément de surprise en ajoutant un court passage instrumental se détachant de la mélodie ou bien une narration colorée. Souhaitons que Victorians se montre un petit plus aventureux sur ses essais futurs car le talent de ses musiciens, sa riche palette sonore et la voix unique de sa chanteuse l’autorisent à se permettre toutes les audaces. Les éléments sont là, prêts à être maximisés.

Ce n’est donc pas exagéré de prétendre que Revival s’avère une réussite quasi-totale, l’inspiration étant constante de A à Z. Ces Polonais au look hors de l’ordinaire ont entamé l’écriture de nouveau matériel qui pourrait, selon mes informations, donner naissance à deux nouveaux albums qui seraient publiés à la fin de cette année et au début de 2015. Voici une bonne nouvelle car il n’y a nul doute que la musique colorée du groupe se prête très bien à l’exercice de l’album concept qui, conformément au souhait que j’ai exprimé au paragraphe précédent, résulte souvent en une musique plus aventureuse.

Stéphan