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Tears of Martyr

« Tales« 

Massacre Records

2013

 

Si je vous mentionne les Îles Canaries, vous pensez à vos prochaines vacances, n’est-ce pas? Toutefois, ici je ne vous parlerai pas de voyage mais bien de musique alors que je vous présente Tears of Martyr, une formation originaire de ces îles situées dans l’océan Atlantique à environ 1500 km des côtes du Maroc. Après avoir lancé son premier album, Entrance, en 2009, Tears of Martyr s’est fait connaître en tournant entre autres avec Epica et Draconian. Plus récemment, la formation maintenant installée à Madrid (les Canaries sont une possession espagnole) s’est produite avec Sorronia et Xandria pour présenter au public son nouvel album, Tales.

Pour les amateurs de comparaisons, Tears of Martyr évoque fortement deux formations néerlandaises: Epica et After Forever. On retrouve effectivement beaucoup d’éléments typiques de ces groupes bien connus, entre autre au niveau du style musical similaire suggéré, c’est-à-dire un metal symphonique très rythmé où l’on peut flairer des influences death. Cette comparaison est renforcée en raison de l’utilisation de la formule vocale beauty and the beast, soit l’imbrication d’une voix féminine claire avec une voix masculine gutturale. Vous comprendrez donc que Tears of Martyr ne réinvente pas le pain tranché (je vous le demande, qui innove encore de nos jours?) en utilisant une formule bien connue, mais le tout est livré avec efficacité et c’est ce qui compte.

Si la première pièce, The Scent No. 13th, est une entrée symphonique somme toute agréable mais conventionnelle, on se laisse pleinement entraîner dans l’album à l’écoute de l’extrait suivant, le « single » Golem; cette pièce réussit à synthétiser en quatre minutes ce que le groupe a de mieux à nous offrir, c’est-à-dire une musique chargée (la comparaison avec Epica prend ici tout son sens) bien agrémentée d’une partie plus calme afin d’installer une ambiance nuancée. Le mélange des voix y est agréable, le growl intense – mais jamais agressant – est bien exécuté par Miguel Angel Marques (il est aussi le guitariste) et se marie parfaitement à la puissante voix de Berenice Musa, qui en raison de sa richesse pourra nous rappeler Floor Jansen ou Tarja Turunen. On découvre ensuite sur la très belle Mermaid and Loneliness que Tears of Martyr sait jouer sur un autre tableau, celui des balades.

Jusqu’à présent, trois chansons, trois ambiances, et c’est là la principale force de cet album: la routine ne s’installe jamais en raison de la grande variété de la musique offerte tout au long de la quarantaine de minutes que dure le parcours. Afin de garder l’auditeur captif, les Espagnols alternent habilement entre des tempos rapides et lents d’une pièce à l’autre, l’insertion de la très belle interlude folk acoustique Ancient Pine Awaits entre deux morceaux plus musclés démontrant la réussite de cette dynamique. Cette dernière pièce vient également démontrer que Marques sait aussi faire preuve d’une belle retenue lorsque vient le temps de chanter de façon « normale ». Tears of Martyr se retrouve donc avec deux chanteurs à la voix souple, permettant de compléter leur variété musicale par une belle variété vocale, comme on peut ultimement le constater sur l’enlevante Of A Raven Born, pièce hautement symphonique ponctuée à la fois de chant de style opéra, de growl et de chant masculin conventionnel.

Tel que mentionné plus haut, Tales n’est pas un album révolutionnaire mais il s’affirme en raison de sa grande variété au niveau des compositions et de la qualité des musiciens et des chanteurs. La production, très claire, permet de distinguer toutes les composantes de la musique. Bref, tous les éléments sont réunis pour une écoute plus que satisfaisante.

 

 

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Azylya

« Sweet Cerebral Destruction« 

Wormhole Death

2012

 

Vous est-il déjà arrivé, dans la vie, de penser que vous allez détester une personne pour ensuite l’apprécier fortement? En musique, la même chose peut se produire alors que certains signes nous indiquent que l’on écoutera un album une ou deux fois, pour la forme, et que finalement on se rend contre que ce dernier se retrouve régulièrement dans le lecteur CD car on s’y est attaché contre toute attente. C’est exactement ce qui s’est produit dans mon cas avec le premier album du groupe gothic belge Azylya, Sweet Cerebral Destruction.

Premier élément qui jouait contre l’album nommé ci-haut : le sujet. Sweet Cerebral Destruction, c’est l’histoire de la petite Ginger, presque sept ans, qui à la suite du décès de sa mère est abusée par son père. Ce dernier, pour éviter le scandale, fini par l’abandonner dans un hôpital psychiatrique, nommé Azylya, où règne une atmosphère de terreur et de violence. L’album raconte les tribulations de la jeune fille entre les murs de cet institution où il ne fait pas très bon vivre. Étant porté vers le côté positif des choses et voyant davantage la musique comme un vecteur de rêve, je n’étais pas a priori enclin à vouloir me concentrer sur un tel récit. Pourtant, l’adjonction d’un propos musical en parfaite symbiose avec la trame narrative rend l’écoute de l’album passionnante et on se surprend à se laisser embarquer dans l’histoire.

L’autre élément qui était susceptible de me repousser est la forte présence de growl. Force est toutefois d’admettre que cette composante est ici fort à propos, étant donnée la gravité du sujet abordé. L’histoire est si sombre que la voix de Yohann Gaucher, glauque et sinistre à souhait, – bien qu’enregistrée de manière trop « sale », ce qui peut être parfois agressant à l’oreille – s’avère une nécesssité et complète à merveille la voix fragile et émotive de Jamie-Lee Smit, l’auteure de l’histoire, qui sait exprimer de manière convaincante les peurs et angoisses de la petite Ginger. Vous comprendrez donc que Sweet Cerebral Destruction n’est pas un album conventionnel, c’est un tout que l’on écoute en s’imprégnant de l’ambiance de terreur bien portée par les interprètes, autant au niveau vocal que musical.

Si la complémentarité entre les vocalistes est remarquable, les musiciens ne sont pas relégués au second plan. L’aspect performance n’est pas mis en relief ici, – c’est très rarement l’objectif recherché par les groupes de gothic metal – les instrumentistes mettant leurs talents au service de l’histoire et de l’ambiance dégagée par celle-ci. Les claviers, entre autres, jouent un rôle particulièrement efficace dans la création de cette atmosphère inquiétante. La palette sonore de ces derniers est bien élaborée et l’utilisation judicieuse du piano ici et là contribue à donner une touche lumineuse à certains passages. Les meilleures pièces s’avèrent être Incest, qui avec son tempo lent en début d’album, installe l’ambiance, ensuite Electroconvulsive, pièce rythmée ponctuée d’une belle passe d’armes entre la guitare et le piano, et finalement Rise of the Wicked, à la conclusion plus douce qui nous laisse une touche positive en fin de parcours.

Au final, Sweet Cerebral Destruction s’avère être une belle fresque unitaire qui s’écoute sans ennui d’une seule traite; cet album est surtout une belle réussite pour un jeune groupe à son premier essai. Après avoir eu beaucoup de temps pour préparer son entrée, – les premières ébauches de l’histoire datent de 2007 – il sera intéressant d’entendre comment Azylya réussira à se surpasser maintenant qu’il a réussi à nous surprendre de belle façon et que certaines attentes se sont maintenant installées. La réponse nous viendra plus tôt que tard alors que le groupe est en plein processus de création pour son deuxième album qui, souhaitons-le, tombera dans les bacs d’ici la fin de la présente année.