Monarque (retour sur scène à Québec après 5 ans d’absence), Brume d’Automne et Цар Стангра à L’Anti Bar & Spectacles de Québec le samedi 9 avril 2016. Une présentation de Les Productions Hérétiques.

Ô sombre félicité! Ô morbide joie! Après 5 ans d’absence des planches de la Belle Province, ponctuée seulement par la sortie de son dernier effort complet, l’excellent «Lys Noir» (2013), Monarque annonçait récemment son retour sur scène à Montréal, Rouyn-Noranda et ensuite Québec avant de s’envoler pour la France et le Festival Ragnard Rock à la fin juillet où il jouera en compagnie de grosses pointures telles que Belphegor, Amorphis, Graveland et Nokturnal Mortum. Connaissant les intérêts occultes de votre humble serviteur, vous comprendrez qu’il était hors de question qu’il ne manque le retour du grand artisan du mal et de la noirceur dans sa ville natale, qui plus est en compagnie des païens bulgares de Цар Стангра et des traditionalistes québécois de Brume d’Automne! C’est donc avec hâte et fébrilité qu’il se faufila parmi les rues et ruelles glauques de la Basse-Ville de Québec pour se diriger vers les lieux de la Messe noire annoncée.
Arrivant sur les lieux peu avant l’heure prévue de début du concert, soit 20 h 30, votre scribe eut l’agréable surprise de constater que la salle était déjà presque remplie à pleine capacité et qu’il y régnait une atmosphère fébrile qu’on ne ressent que dans ce genre d’occasions très spéciales où une formation extrêmement marquante pour un courant musical fait un retour après plusieurs années sans représentations scéniques. Après quelques minutes de retard qui sont la règle dans tous les concerts, Цар Стангра prit d’assaut la scène pour entamer les hostilités.
Création de deux Québécois d’origines bulgares, Stanislav Stefanovski (basse, chant, composition) et Dobrin Stoyanov (guitares, composition), Цар Стангра (se prononce Tsar Stangra) évolue depuis environ un an en tant que quintette avec l’addition de Raphaël Raymond (guitares), Mike Raymond (batterie) et Marc-André Houle (claviers). Après la sortie de deux démos et un premier concert l’an passé, il s’agissait d’un grand moment pour la jeune formation qui partageait maintenant la scène avec deux grosses pointures du Métal noir québécois. Avec leurs compositions longues, mélodiques et élaborées avec des idées et des paroles provenant du folklore bulgare, le quintette capta assez aisément l’attention des très nombreux spectateurs présents. Avec leur présence belliqueuse et dynamique et leurs costumes de guerriers païens revenus d’outre-tombe, les membres du groupe eurent même droit à des échauffourées assez importantes dans la fosse. Musicalement, leur performance fut très intéressante, pour un groupe qui n’en était seulement qu’à sa deuxième prestation sur scène, mais ne fut pas dépourvue de quelques passages ardus sur le plan du synchronisme musical. Il y a donc encore place à l’amélioration, mais la reprise de «Perun’s Celestial Silver» de Nokturnal Mortum en fin de parcours aura suffi à marquer la mémoire des nombreux amateurs de Black Metal présents, j’en suis sûr! Enfin, la sonorisation de David Lizotte fut impeccable après un ajustement au cours de la première pièce de leur prestation.
Après un court entracte, c’était au tour des vétérans de Brume d’Automne de venir nous présenter leur Black Metal teinté de nationalisme québécois, de folklore et d’histoire. Active depuis 2003, la formation a marqué la scène Black Metal avec deux albums: «Fiers et Victorieux» (2005) et «Brume d’Automne» (2012), mais ne s’est dirigé vers la scène que l’an passé. Muni de ceintures fléchées et de quilles de Labatt 50, le quintette mené par Nordet (chant) se lança dans une interprétation intense et énergique de son Métal noir cru, mélodique et teinté de passages à saveur folkloriques. Malgré quelques problèmes avec le son de guitare sur scène qui semblèrent mettre à l’épreuve la patience des membres du groupe en début de parcours, leur son fut tout à fait clair et défini pendant tout le reste de leur performance. La bande en profita pour nous livrer de nombreux classiques comme «Tels des béliers», «Quand les morts s’agitent» ou « La Mort d’un patriote» et en fin de parcours, une toute nouvelle pièce à paraître sur leur prochain album: «La grande noirceur». Musicalement très solide, leur performance leur attira les réactions enthousiastes des nombreux spectateurs et le houblon se répandit en douche dans la fosse. Ce fut donc un excellent moment de Métal noir québécois!
Après une pause un peu plus longue que la précédente, c’était maintenant le grand moment tant attendu du retour de Monarque devant son fidèle public de Québec. Outre Monarque (chant), la nouvelle incarnation scénique de ses hymnes malsains se complète de Bardunor (Basse), Atheos (guitare), Anhidar (guitare) et Sulphur (batterie). La quinte infernale s’installa sur scène au son de la narration introductive de l’album «Lys noir» avant de nous assaillir de ses motifs de guitare glaciaux et de ses «blastbeats» démoniaques avec «L’appel de la nuit». Bénéficiant d’un son admirablement bien balancé et des violentes réactions des partisans du mal présents, la performance musicale de la formation fut précise, puissante et malicieusement charismatique. Enchaînant les succès tels que «La quintessence du mal» et «Fier Hérétique», Monarque nous offrit même en fin de parcours une participation vocale de Thorleif (Délétère, Valknacht) et une reprise magique de «Under a Funeral Moon» de Darkthrone avant de quitter sur un moment particulièrement épique avec «Marches funèbres ». Après plus d’une heure d’une performance particulièrement réussie et relevée, la troupe de damnés put donc se retirer sous les acclamations d’une horde reconquise, ayant triomphé dans un retour de conquérant!
En conclusion, ce fut un concert et un évènement unique comme la scène Black Metal québécoise en connaît trop peu depuis quelque temps déjà, à l’exception de l’annuelle Messe des Morts. Monarque aura réussi le pari de son retour sur scène après cinq ans avec une majesté diabolique et aura su s’entourer de vétérans, comme de nouveaux venus afin de le faire avec encore plus de panache. Enfin, je me dois de dire un gros merci au Monarque en personne pour m’avoir donné accès aux trésors de Satan en cette soirée de magie noire.
Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas




