La Messe Des Morts V Psaume I (Lifelover/Hypothermia/Akitsa/Blacklodge/Brume d’Automne/Neige Éternelle/Verglas) au Théâtre Plaza à Montréal le vendredi 27 novembre 2015, une présentation de Sepulchral productions.

Messe des Morts V - Montréal

 

L’essaim d’âmes perdues de la veille se reformait, grossi de nouvelles manifestations fantomatiques, dès les premiers signes de pénombre à l’extérieur. Il était encore tôt, mais déjà la fébrilité envahissait l’air et les goules se dirigeaient lentement, mais sûrement vers un temple plus richement décoré et plus grand que celui de la veille. Le Théâtre Plaza serait le lieu de la seconde cérémonie, soit du premier véritable Psaume de la Messe Des Morts pendant lequel sept entités maléfiques invoqueraient visions apocalyptiques et venimeuses. Lifelover, Hypothermia, Akitsa, Blacklodge, Brume d’Automne, Neige Éternelle et Verglas seraient leurs noms. Bientôt, la première entité se manifesta devant une poignée d’âmes égarées à l’heure précoce de 17 h 30.

Verglas, trio existant déjà depuis environ neuf ans, avait l’ingrate tâche d’ouvrir la soirée à une heure où la salle pouvant contenir un peu plus de 400 personnes n’était peuplée que de quelques dizaines de fervents. Qu’à cela ne tienne, malgré une attitude un peu blasée sur scène, probablement intentionnelle compte tenu de leur style aux frontières du Punk, ceux-ci s’appliquèrent à nous livrer leurs courts hymnes Blackened Punk avec véhémence. En très peu de temps, ceux-ci purent nous livrer une quantité impressionnante de pièces, puisque celles-ci sont généralement très brèves. Simple et efficace, leur musique atteignit la cible notamment en raison du chant déchiré et puissant du chanteur-guitariste de la formation.

Neige Éternelle s’installèrent ensuite rapidement sur scène pour rompre avec leur jeûne de toute activité musicale qui aura duré près de 4 ans. Avec leur attitude irrévérencieuse, la troupe menée par Sti (chant) et ses éternels «Allez chier!», se lança dans un set composé de leurs meilleures pièces en carrière qui nous prouva qu’ils n’ont rien perdu de leur fougue légendaire. Cependant, malgré les nombreuses provocations du chanteur de la formation, le public resta plutôt tranquille et observateur jusqu’à ce que votre humble serviteur ne se dévoue pour enclencher une fosse circulaire. Ma seule déception fut l’absence des proverbiales branches de sapin (à la demande du Théâtre Plaza) que la formation aime lancer dans la foule pour déclencher des échauffourées. Toutefois, Sti avait amené quelques panaches d’animaux chassés par lui pour menacer les spectateurs!

Le temple commençait à se remplir de façon décente et les deux premiers sermons avaient fait leur effet, aidés par le houblon et autres substances. C’était maintenant le moment d’accueillir Brume d’Automne et leurs ceintures fléchées et chemises carottées sur scène pour une des toutes premières fois en douze ans d’existence. Leur sermon à teneur nationaliste québécoise prit une ampleur musicale impressionnante sur scène. Effectivement, bien que leurs deux albums soient d’excellentes œuvres de Métal Noir Québécois, leur musique aux mélodies de guitares longues et mélancoliques prit encore plus de sens et en imposa au public maintenant dans une grande communion. Je fus aussi agréablement surpris par la prestance de «frontman» de Nordet, lui qui est habitué à monter sur scène en tant que guitariste pour Blackscorn. En somme, ce fut un passage extrêmement bien réussi pour Brume d’Automne.

Blacklodge de France était la prochaine formation à fouler les planches du Théâtre Plaza et leur arrivée imposerait un changement drastique d’ambiance et de style, car la troupe française œuvre dans le Black industriel et monte sur scène sans batteur. Effectivement, la rythmique pure de leur musique est assurée par des séquences Techno/industrielles lourdes sur ordinateur, alors que les trois membres du groupe s’occupent des instruments à cordes. Saint Vincent (guitare, chant) et ses deux acolytes se lancèrent avec aisance dans leurs compositions parfois très complexes avec une assurance, une énergie et un brio démontrant toute l’expérience de la formation. Cependant, le technicien de son de la salle n’arriva jamais à mettre les bandes sonores de rythme et de sons industriels assez en avant pour qu’on puisse pleinement expérimenter la puissance dévastatrice que Blacklodge a sur album. Leur passage à Québec deux jours plus tard à l’Anti fut nettement plus réussi côté son. Qu’à cela ne tienne, les spectateurs de Montréal semblèrent au moins favorablement intrigués par ce qu’ils venaient de voir et d’entendre.

Après ce sermon apocalyptique et futuriste de Blacklodge, c’était maintenant à Akitsa de venir donner son premier concert depuis 2008. Œuvrant dans l’univers dangereusement sale et haineux du Raw Black Metal, Akitsa crache son fiel en Français depuis 1999 et sortait cette année son cinquième album complet en carrière. Plusieurs, dont votre humble serviteur, attendaient donc ce moment avec impatience. Sur scène, leur prestation fut solide, malgré un ou deux accrochages mineurs, misanthropique à souhait et froide, mais ce que me surpris le plus, fut la propreté de leur son et de leur visuel en spectacle, comparativement à la saleté malsaine de leurs enregistrements. Principalement composée de ses titres au tempo plus lent et binaire inspiré du Punk, leur prestation sembla ravir la foule et conserva une aura martiale souhaitée dans le genre choisi.

Après ce sermon haineux, élitiste et misanthropique, c’était maintenant à Hypothermia de Suède de nous emmener sur les terres glacées de la négativité avec leur post-Black Metal éthéré et introspectif. Le trio mené par Kim Carlsson (guitare, chant), aussi de Lifelover qui jouerait immédiatement après et de Kall qui jouait la veille, se lança dans ses longues et lentes pièces. Majoritairement instrumentale, si ce n’était d’une pièce jouée vers la fin de leur set, leur performance fut musicalement impeccable, mais ne fit pas l’unanimité chez les spectateurs dont certains trouvèrent la musique ennuyante dans le contexte d’un concert. De plus, cet effet un peu soporifique fut augmenté par la longue durée de leur performance qui dépassa de plus de dix minutes le temps alloué par l’organisation du Festival. Pour ma part, connaissant et appréciant déjà leur musique depuis quelques années, je fus ravi par leur performance musicale solide, mais un peu déçu qu’ils étirent la sauce un peu trop longtemps, ce qui priverait Lifelover de quelques minutes de jeu.

Lifelover s’installa donc à très grande vitesse sur la scène du Plaza et entama sans cérémonial l’ultime sermon de la soirée sur un «It’s cold out here or is it me?» retentissant de Kim Carlsson. Défunte formation ayant cessé ses activités suite à la mort de son compositeur principal en 2011, la célèbre troupe suédoise de Black Metal dépressif est reconnue comme un symbole d’ouverture musicale intégrant toutes sortes d’influences rock, hard rock et alternatives à sa musique imprévisible et elle sut nous le démontrer avec une sélection variée et magique. Contrairement à Kall la veille, leur prestation fut aussi précise et hautement énergique. Kim Carlsson nous démontra même ses talents de danseur sur certaines pièces, exacerbant ainsi le côté ironique et sarcastique contenu dans le nom même de la formation disant être amante de la vie alors que ses thématiques lyriques flirtent avec la plus profonde dépression et le suicide. De plus, celui-ci portait un sarrau blanc maculé de sang pour bien illustrer l’atmosphère unique de Lifelover. Contrairement à Hypothermia et probablement en raison des nombreuses variations stylistiques de Lifelover, leur prestation sembla passer en un éclair et laissa bien des spectateurs pantois alors que d’autres, probablement moins ouverts aux variations musicales, restèrent sceptiques.

Le cerveau rempli d’images de mort et de destruction, les âmes perdues poursuivirent leur infernal festin de destruction ou encore rentrèrent momentanément apaisées dans l’abysse de leur existence habituelle. La Genèse et le premier Psaume passés, les fervents attendaient le second Psaume avec impatience!

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas