Par un beau crépuscule d’août, un scribe et sa belle marchaient rapidement sur une artère commerciale achalandée de piétons. Arrivés devant leur lieu de destination à neuf heures, une salle de spectacle à la renommée grandissante couplée d’un restaurant de qualité, les deux protagonistes se heurtèrent à une porte close, fermée à double tour. À travers la glace, personne n’était en vue, mais nos deux comparses attendirent déterminés. Bientôt ils aperçurent une femme qui installait sa caisse et un pupitre afin d’accueillir les spectateurs pour une représentation musicale empreinte de lourdeur, de folie et de psychédélisme. Notre duo entra aussitôt la porte déverrouillée et le scribe utilisa le sortilège : « Sébastien Dallaire » qui lui permis d’avoir accès à la séance d’hypnose prévue (merci mille-fois!). Le scribe et son accompagnatrice fidèle descendirent un escalier et se retrouvèrent dans une pièce bétonnée rectangulaire affublée d’affiches aux couleurs criardes au milieu de laquelle trônait une colonne de béton et dans un coin, une batterie en cours d’installation. Quelques autres visages connus arrivèrent bientôt et les langues se délièrent sous l’influence du dieu houblon. L’attente de la première prestation se fit longuette, mais les invités n’en firent pas trop de cas et allèrent à l’extérieur aspirer des fumées diverses.
Vers onze heures moins quart, Xothogua s’installa sur l’absence de scène, devant une vingtaine de spectateurs, pour nous présenter sa mixture de Doom/Sludge/Stoner Metal aux ambiances opprimantes et hallucinogènes. Le quintette interpréta ses pièces pesantes et lentes avec précision et conviction, soulignons ainsi la performance énergique et démonstrative de Michelle à la batterie. Le son lourd et crasseux de la petite salle rendit aussi particulièrement justice aux compositions du groupe qui sonne de façon similaire sur album. Toutefois, le scribe fut moins convaincu par la présence scénique de la chanteuse Devo, qui partage ce rôle avec le bassiste de la formation, Ari. En effet, si celle-ci se démarque avec son alternance de murmures, de voix claires et de hurlements de démence efficaces combinés aux voix claires litaniques d’Ari, la posture statique, tournant le dos aux spectateurs qu’elle adopta pour l’ensemble de la prestation fut génératrice d’un certain ennui. Même s’il semble que cela soit intentionnel de sa part, comme votre serviteur a pu le constater en s’informant sur le groupe, cela eut pour effet, de cacher les autres musiciens à certains spectateurs et de donner un effet d’exclusion à ladite chanteuse. Malgré tout, musicalement parlant, la prestation de Xothogua fut excellente et après environ une demi-heure elle s’acheva sous les applaudissements des quelques admirateurs présents. Plus d’information sur Xothogua pourra être trouvée ici.
Après une brève pause, ce fut à Striver d’entamer son tour de chant avec son hybride d’Hardcore punk et de divers styles de métal qu’il serait trop long de nommer. Composé de titres très courts et rapides, leur demi-heure de performance fut d’une très grande efficacité grâce, entre autres, à la performance énergique et agressive de Cath à la voix criée. Celle-ci semblait effectivement en avoir gros sur le cœur (ce qui est excellent dans ce style) et sur le point de décapiter manuellement quiconque oserait lui tenir tête. Les autres musiciens du groupe ne furent pas en reste, nous livrant leurs pièces avec énergie et précision : Seb Dallaire à la basse, Math à la batterie et Jeff Émond à la guitare et au vocal, tous étaient dans la zone. Encore une fois, le son lourd et crasseux de la salle rendit service au groupe dont le style est favorisé par ce type de sonorités. De plus, les spectateurs semblèrent apprécier les pièces variées du groupe, malgré leur courte durée individuelle, qui alternent entre des passages lents et pesants et des sursauts de rapidité effrénés typiquement Hardcores qui surprennent l’auditeur à chaque fois. Votre humble scribe vous encourage donc à découvrir ce groupe de Québec qui a deux albums à son actif.
Suite à une seconde pause un peu plus longue, consacrée à l’installation des nombreuses pédales d’effets (guitares et vocales) et des instruments de Show of Bedlam, ladite formation montréalaise nous entraîna dans son univers où l’onirisme côtoie la folie et les hallucinations. Naviguant aux confins du Sludge, du Stoner, du Deathrock et du Doom Metal, Show of Bedlam nous offrit une courte prestation de très grande qualité marquée par la musique pesante et hypnotique de Guillaume Pilote à la guitare, Ari Isensee (Xothogua) à la basse et Math (Striver) à la batterie et par la voix démente et savamment gorgée d’effets de Paulina Richards dont la présence scénique illustre à merveille la thématique de maladie mentale, d’aliénation et de folie pure développée par le groupe. Les quelques spectateurs demeurèrent littéralement médusés par cette excellente représentation pendant que la formation s’exécutait avec brio. L’unique faiblesse de cette performance fut sa courte durée et bien des personnes présentes en aurait assurément pris plus. Qu’à cela ne tienne, le scribe impressionné se dirigea aussitôt vers la table de marchandise pour se procurer l’album de la formation intitulé Roont (2012) disponible sur vinyle! Vous pourrez écouter ce merveilleux opus et le télécharger ici en suivant ce lien.
En conclusion, ce fut une autre belle soirée pleine de découvertes musicales pour notre scribe et sa belle qui reprirent le chemin de la maison les yeux pétillants et rougis par certaines inhalations. La seule grande déception du spectacle, fut la maigre foule qui se déplaça pour trois excellents groupes émergents en un beau samedi soir. Renseignez-vous et encouragez la scène locale, pardi! Un gros merci à Sébastien Dallaire pour l’accès à cette superbe soirée.
Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas





