Decapitated, Theories, Unbreakable Hatred et Soiled By Blood au Cercle, le mardi 2 février 2016. Une présentation de District 7 Production.
Decapitated est l’un de ces groupes longtemps considérés comme faisant partie de l’élite du Death Metal Technique moderne, avant une tragédie routière en 2007 qui coûta la vie à son batteur original, Vitek, et handicapa son second chanteur, Covan, de telle façon qu’il ne fut plus en mesure d’assumer son rôle. Le groupe connut donc une seconde incarnation avec Krimh, puis Młody à la batterie, Rafał Piotrowski au chant et une succession de bassistes, ne laissant que Vogg (guitare) comme membre original. Ce changement se traduisit aussi dans leur musique qui évolua vers un hybride de Death Metal et de Groove Metal qui leur fit perdre des plumes auprès de leurs fanatiques de la première mouture de la formation polonaise qui avait produit quatre excellents albums.
Deux albums et quelques 8 ans après leur reformation de 2009, votre humble scribe n’avait pas encore eu la chance de voir ce groupe sur scène et comptait bien se reprendre lorsque le concert de Québec fut annoncé il y a quelques semaines. De plus, après un premier alignement sans groupes locaux, le retrait de Black Breath de la tournée provoqua une refonte de l’affiche avec l’ajout des brutes locales du Death brutal de Unbreakable Hatred, dont j’avais raté le lancement d’album en septembre et de Soiled By Blood qui furent invités par District 7 Production pour entamer les hostilités. Ce fut donc avec excitation que ma douce moitié métallisée et moi-même enfilâmes bottes et manteaux pour nous diriger vers Le Cercle.
Soiled By Blood, jeunes prodiges de la scène Death Metal de Québec entrèrent en piste à l’heure prévue de 20h tapantes pour nous livrer un assaut brutal composé de pièces de leur très bon album «Serving The Bowels of God» (2014), ainsi que de quelques nouveaux morceaux. Bénéficiant de la sonorisation experte de François «Franky Blastbeat» C. Fortin, mais, contraint de s’exécuter dans un espace très restreint en raison de la présence de la batterie de tournée de Decapitated, en plus de la leur, sur scène, le quintette nous livra une prestation honnête et droite, mais peut-être un peu moins mouvementée qu’à leur habitude en raison du fait évoqué précédemment. Quoi qu’il en soit, la troupe fut encore extrêmement efficace dans sa livraison et réussit non sans insistance, mardi soir oblige, à déclencher quelques échauffourées en fin de set. Ce fut donc une très belle entrée en matière pour une soirée relevée de Death Metal.
Après une pause rallongée par des problèmes techniques avec l’amplificateur de basse, Unbreakable Hatred put enfin entrer en scène avec une vingtaine de minutes de retard sur l’horaire. Le trio de brutes locales se lança donc sans plus de délais dans une prestation de Death brutal et technique comme eux seuls savent le faire. Techniquement époustouflante et musicalement ravageuse, leur prestation fut marquée par le rendu monumental de la pièce titre de leur nouvel opus «Ruins» (2015), lancé en septembre dernier. Malheureusement, en raison des retards évoqués précédemment, leur prestation fut écourtée et ils ne purent que jouer une vingtaine de minutes sur les 45 minutes prévues d’entrée de jeu. Malgré cela, ils eurent le temps de déclencher la folie des spectateurs relativement nombreux pour un mardi soir dans la vieille Capitale.
C’était maintenant au tour de Theories de Seattle de venir nous montrer leur savoir-faire en matière de Death/Grind abrasif. Avec une agressivité palpable, le quatuor nous défonça les tympans de manière très professionnelle, tout en faisant étalage d’une belle présence scénique dynamique. Bien que leur musique ne soit pas nécessairement la plus complexe qui soit, les musiciens firent montre d’une excellente maîtrise des tempos élevés et d’une très bonne agilité sur leur instrument respectif. Je fus néanmoins plus ou moins ravi par le côté linéaire de leurs morceaux assez similaires entre eux et contenant assez peu de variations, ce qui est souvent le cas chez les groupes à tendance Grind, cependant. De plus, j’aurais apprécié que Rick, leur chanteur, descende plus dans un registre gras qui aurait, selon mon humble avis, mieux convenu à leur musique brutale et malpropre. Celui-ci resta en effet plutôt ancré dans un hurlement de registre moyen typiquement «core» qui n’apporte pas plus de variations et de couleur à l’ensemble. Toutefois, leur prestation fut tout de même agréable et divertissante avec quelques brisures de rythme intéressantes dans les deux dernières pièces de leur manche.
Le grand moment de la soirée était maintenant arrivé et Decapitated s’installa assez rapidement en selle pour nous démonter les vertèbres cervicales. Après une brève introduction sonore, le quatuor commença son massacre à la précision chirurgicale et à la lourdeur titanesque. Sans surprise, beaucoup de matériel plus récent fut au menu, surtout au début de la prestation, ce qui me laissa un peu sur ma faim, mais en seconde moitié de parcours le groupe remédia à la situation en sortant l’artillerie lourde avec l’interprétation de pièces plus anciennes, notamment l’incontournable «Spheres of Madness», de l’excellent album «Nihility» (2002). De plus, je fus captivé par le bassiste de tournée, nul autre que celui de Decrepit Birth, Sean Martinez avec son son unique et son jeu sublime. Malgré quelques réserves en ce qui à trait au manque d’intensité du chanteur entre les pièces, à ses grognements plus génériques que ceux de ses prédécesseurs (principalement les voix gutturales inhumaines de Sauron, vocaliste original du groupe), au fait que ce ne sera jamais comme quand Vitek était aux tambours avec son jeu d’une fougue irréelle, je fus tout de même largement impressionné par la qualité d’ensemble de la prestation, tant en terme de son (Decapitated avait son propre ingénieur sonore), de dynamisme sur scène que de parfaite synchronie musicale sur des pièces hautement complexes.
En somme, malgré mes déceptions de mélomane envers l’évolution de Decapitated vers une musique plus formatée, il demeure que la bande polonaise reste une force herculéenne en concert. La prestation de Theories aura donc été le moment le moins relevé de la soirée, malgré une performance solide au chapitre de leur professionnalisme et leur acuité musicale, après un passage court, mais impressionnant de Unbreakable Hatred. Quant à Soiled By Blood, le groupe aura su encore une fois marquer des points auprès des amateurs de Death Metal de la scène locale. De plus, des spectateurs nombreux pour un mardi soir de février se présentèrent à l’appel. En terminant, je désire remercier District 7 Production pour l’accès au concert!
Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas





