C’est au cœur d’une semaine complètement rocambolesque que je décidai, à la suggestion du pertinent impertinent Dave Rouleau, de couvrir le spectacle des Suédois de Screamer. Ne connaissant ceux-ci que de nom et de réputation et désirant un divertissement dans une période extrêmement chargée de mon année, je me mis à fouiller dans leur répertoire et y trouvai un son N.W.O.B.H.M très intéressant. Effectivement, ce jeune groupe formé en 2009 présente une musique qui rappelle des groupes tels que Motorhead, Angel Witch, Diamond Head et Iron Maiden et le fait d’une façon extrêmement efficace. Le tout était donc fort approprié pour me faire oublier ma semaine de fou et c’est donc enthousiaste et accompagné de ma sauvage tigresse que je pris le chemin de la sempiternelle Agitée, en ce beau mercredi soir de septembre.
Arrivés sur les lieux du crime peu après 19 h nous nous introduisîmes à l’intérieur où nous pûmes saluer l’organisateur de cette soirée, Félix de Solaris Booking, qui me fit bénéficier de l’accès à la salle (merci beaucoup!). Aussitôt, je remarquai que la salle était dangereusement vide, à l’exception des membres des groupes qui joueraient ce soir là et de leur entourage. Parmi les quelques personnes présentes se trouvaient Marc Lavoie du Challenge Parkinson, avec qui j’allai converser en buvant une délicieuse bière, et je constatai aussi la présence de François C. Fortin derrière la console de son, ce qui est toujours bon signe! Ce fut ensuite aux membres en santé de Phosphorus de faire leur entrée dans la salle, eux qui avaient dû annuler leur prestation à ce même spectacle en raison d’ennuis de santé assez importants de leur batteur et des traitements qu’il devait subir. Il était donc intéressant de voir que les gars avaient le respect et la politesse de venir encourager les autres groupes avec qui ils auraient joué si le sort en avait décidé autrement. Donc, les langues se délièrent sous l’effet de l’alcool et de la bonne compagnie et une vingtaine de minutes après 20 h Fuck The Middle East s’installa sur scène pour ouvrir la soirée devant un public plutôt maigre, probablement en raison du soir de la semaine où le spectacle avait lieu et du contexte de rentrée scolaire.
Fuck The Middle East, un trio originaire de Trois-Rivières, est un hommage à Stormtroopers of Death (S.O.D.), le célèbre groupe de Crossover satyrique des années 1980. Formé de Jeff Houle à la basse (très connu pour sa grande implication dans le Trois-Rivières Metalfest), de Dominic Naud à la guitare et au vocal et de Stéphane Patry à la batterie, le groupe s’amusa ferme en reprenant le célèbre album Speak English or Die (1985) de son groupe fétiche en y ajoutant d’importantes surprises comme un medley des plus grands succès de Celtic Frost. Bien que je ne sois pas un maniaque des groupes hommage, la joyeuse performance du groupe, remplie d’humour au second degré, de cabotinage et d’interprétations plutôt solides des pièces choisies me plût et sembla faire le bonheur des quelques spectateurs présents qui ne se firent pas prier pour se brasser la tête à l’avant de la scène. Très en forme, les vétérans de la scène qui composent la formation firent montre d’une éthique de travail exemplaire en se donnant pleinement à leur performance malgré le faible nombre de spectateurs présents pendant celle-ci. Ce fut donc un moment très agréable comme mise en bouche à une soirée de Metal aux saveurs de la vieille école. Si vous recherchez un groupe pour une soirée hommage ou tout simplement pour démarrer la fête, allez voir ça.
Suite à une pause consacrée a diverses conversations et a quelques boissons rafraîchissantes, Tales of Destiny entama son tour de chant sur la scène de l’Agitée devant un public un peu mieux garni que précédemment. Fondé en 1995 (!), ce groupe de Power/Thrash Metal de la Côte-de-Beaupré a continué sa route malgré les nombreux changements de personnel et présente cette année son tout premier album intitulé Reign of the Eclipse et est maintenant formé d’Alexis Gaulin à la guitare, de Bruno Pouliot au chant, de Luc Coulombe à la basse, de Simon Vaillancourt-Girard à la batterie et d’Olivier Vaillancourt-Girard à la guitare. Composé de musiciens expérimentés et techniquement très talentueux, le groupe nous présenta une musique qui souffre quelque peu d’un caractère convenu. Effectivement, bien que les musiciens se démarquèrent par leur talent sur leurs instruments respectifs, leur musique combinant de fortes influences de Powermetal européen, particulièrement Helloween et quelques passages plus agressifs inspirés par le Thrash Metal des années 1980, resta en territoire défriché et malheureusement parfois prévisible. Cela dit, ce n’est pas nécessairement un problème pour tout le monde, puisqu’il s’agit de mes goûts personnels et que plusieurs des spectateurs présents semblaient conquis. Toutefois, bien que l’ensemble du groupe donna une prestation très énergique, le caractère statique de la performance du chanteur fut à mon sens un peu plus problématique. Bien que celui-ci livrait ses lignes vocales avec beaucoup de talent et de précision, sa tendance à regarder ses souliers et à rester immobile entre celles-ci n’aida pas du tout à déchaîner les spectateurs qui restaient à quelques mètres de la scène. J’aurais donc souhaité que le chanteur soit plus mobile et aille chercher les spectateurs, au moins avec plus de contacts visuels. Vous pourrez découvrir ce groupe et sa musique ici.
Après un dernier entracte passé sur la terrasse en bonne compagnie, les têtes d’affiche de la soirée s’installèrent sur scène et nous nous précipitâmes à l’intérieur pour ne rien manquer de leur performance. Comme je le disais en introduction, Screamer est un de ces jeunes groupes qui cherche à reproduire les sonorités du début des années 1980 et qui y arrive avec une très grande efficacité. Leur musique ne se démarque donc pas par son originalité, mais plutôt par la joyeuse nostalgie qu’elle fait naître dans l’esprit de l’auditeur. Le quatuor de Ljungby est composé de d’Anton Fingal à la guitare, de Christoffer Svensson à la basse et au chant, de Dejan Rosic à la guitare et du géant Henrik Petersson à la batterie. Possédant une impressionnante expérience de scène malgré sa jeune existence et fort de ses deux excellents albums pleine longueur, le groupe suédois nous asséna ses hymnes à la débauche avec une attitude démonstrative et une présence scénique digne des plus grands du genre. N’hésitant pas à foncer vers les spectateurs, maintenant beaucoup plus nombreux, à leur diriger des regards agressifs et à se déplacer sur scène le groupe sut donc garder les spectateurs en haleine du début à la fin de sa performance. Les spectateurs furent immédiatement conquis dès les premières notes et réagirent avec un bel entrain aux regards furieux du bassiste-chanteur, aux classiques mouvements synchronisés des guitaristes et aux martèlements précis du batteur tout accompli et bien emballé par un son très bien calibré de François C. Fortin et quelques jeux d’éclairage. Tout au long de leur set, on aurait facilement pu se croire revenus en 1980 dans un pub londonien, assistant à un des légendaires faits d’armes d’une des formations de la célèbre New Wave of British Heavy Metal, tellement la musique de Screamer et leur capacité à la rendre efficacement sur scène fonctionnait bien. Ce fut donc une mission formidablement bien accomplie pour les Suédois à leur deuxième passage dans la Capitale et je vous encourage à aller découvrir leur matériel, si ce n’est déjà fait.
En conclusion, ce fut une autre belle soirée Metal à l’Agitée quelque peu ternie par la participation timide en nombre des fanatiques de Québec. Il est vrai que le mercredi soir et que le contexte de la rentrée scolaire ont sûrement joué pour beaucoup dans ce cas, mais la qualité du groupe en tête d’affiche aurait dû attirer beaucoup plus de monde, sans compter le talent des deux groupes qui ont ouvert la soirée. En effet, bien que je ne fus personnellement pas totalement convaincu par Tales of Destiny, ce groupe possède un talent indéniable sur le plan musical qui gagnerait à être présenté de façon plus flamboyante sur scène et je me dois de souligner le malin plaisir que savent transmettre Fuck The Middles East avec leurs reprises de S.O.D. En terminant, je désire remercier, encore une fois, Félix de Solaris Booking pour l’accès et l’excellente soirée.
Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas






