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Kröwnn

Hyborian Age

PRC Music

2013

 

Liste des pièces

For the throne of fire
The Woodwose
At the Cromlech
Gods of Magnitogorsk
Stormborn
The Melnibonean

 

Conan, what’s the best thing in life?

Crush ennemies, see them driven before you then hear the lamentations of their women.

Cette citation, en ouverture d’album, tirée de Conan the Barbarian, colle bien avec le titre du 1er album du trio italien, Kröwnn, qui s’intitule Hyborian age. Pour faire un petit cours d’histoire fantastique rapide, l’âge hyborien est un passé mythique – créé par Ron E. Howard en 1932 dans une série de short stories qu’il soumet au magazine Weird Tales.  Cette « âge disparu » se situe entre la chute de l’Atlantide et l’essor des anciennes civilisations que l’on connaît et fut le théâtre des aventures de Conan, le Cimmérien. À la lecture des titres des pièces, qui ont titillé ma passion pour l’archéologie et la littérature fantastique – j’aurais aimé avoir les lyrics mais j’ai reçu les pièces en format MP3 du directeur de Ondes Chocs!! – on se sent tout de suite immergé dans un univers préhistorique de l’époque de la découverte de la métallurgie. On parle, dès la 1ère pièce, de conquête de royaume et du tourment du trône; Woodwose fait référence à des personnages mythiques couverts de poils qui habitent une zone floue aux confins de la civilisation et qui forment un lien entre l’humanité civilisée et les esprits elfiques de la nature sauvage, et qui apparaissent dans la littérature et les œuvres d’art de l’Europe médiévale; les Cromlech dans la 3ème pièce, sont des monuments mégalithiques préhistoriques constitués par un alignement de menhirs formant une enceinte généralement circulaire avec parfois un menhir placé au centre, paraissant dater pour la plupart, en Europe notamment, de l’âge du bronze (2500 av. J.-C. à 1000 av. J.-C.). La 4ème composition fait référence à la ville de Magnitogorsk, une ville minière et industrielle de Russie reconnue pour ses riches gisements de minerai de fer tirés de la montagne Magnintaïa ce qui s’intègre très bien dans une histoire situé à l’époque de la recherche of the riddle of steel. Finalement, les Melnibonéens sont une race humanoïde fictive, vaguement associée à des elfes, qui occupe une place centrale dans Le Cycle d’Elric de Michael Moorcock créé en 1961. Le Cycle d’Elric est marqué par l’opposition des principes cosmiques de la Loi et du Chaos, inspirée du zoroastrisme. Il est paradoxal que Moorcock a créé Elric, qui est albinos, faible et maladif, comme l’antithèse du héros musclé sans faiblesses et morale à la Conan, mais que Kröwnn les rapproche ici – mais en même temps l’album semble être justement un cheminement entre l’état de barbare de Conan jusqu’à devenir plus comme Elric qui présente un caractère fortement romantique et désespéré, ne recherche ni gloire ni richesse abandonnant de son plein gré le trône de Melniboné pour courir le monde. Je rapprocherais également la 5ème pièce aux Melnibonéens puisque la pièce s’intitule Stormborn et l’épée de Elric se nomme Stormbringer.

Bon maintenant que vous avez eu un aperçu du concept de cet album, faisons place à la musique. Bon, premièrement, à la lecture de toute mon interprétation de la trame fantastique de l’album, plusieurs s’attendent à avoir un album de power, – tout comme moi d’ailleurs en lisant les titres sans savoir à quoi m’attendre ou m’informer sur qui Kröwnn étaient ou même jeter un coup d’oeil à la pochette qui est pourtant un bon indice de leur allégeance musicale quoique j’aurais pu tomber sur cette image que je vous ai mise plus bas et ça ne m’aurait pas aidé – mais détrompez-vous car Kröwnn disent qu’ils font du doom mais encore là, même avec l’accent mis sur le fantasy metal, ça n’a rien à voir avec du Summoning. Pour ma part, je dirais qu’ils font du southern rock doomisé légèrement teinté de black, mettons. Si j’avais à pointé du doigt ce à quoi j’ai pensé tout au long de l’album, ce serait l’oeuvre de Sal Abruscato (Type O Negative, Life of Agony, A Pale Horse Named Death) avec un côté un peu plus Black Sabbath et des influences rock américain fin des années ’70 qu’on aurait adaptées dans une sonorité southern rock.

 

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Dès le début de l’album, on sent immédiatement le goût et la capacité de faire un stoner rock pesant et crasseux avec des bouncing riffs puis Michele el Lello Carnielli vient ajouter sa voix alors que la musique se doomise. Et c’est là que j’ai tout de suite trouvé que la façon de chanter me faisait penser à Keith Caputo (Life of Agony) dans les montées et généralement à Peter Steele (époque Type O Negative pas époque Carnivore) dans la façon de déclamer les phrases mais tout ça avec un fond de rockeur qui a le goût de lancer des Yeah! à gauche et droite . Remarquez que Peter Steele faisait ça aussi. D’ailleurs, cette impression vient beaucoup du son southern rock des cordes.

Quand a débuté la 2ème, The Woodwose, j’ai eu l’impression de réentendre un bout de American Woman de The Guess Who comme si elle était jouée par Down ou Corrosion of Conformity, impression renforcée par le son downtuné de la basse de Silvia Selvaggia Rossato qui graffigne et gruge comme une meule dans du béton, . Même la voix fait southern rock avec des petites intonations Zack Wild-esque. Puis encore une fois, on quitte le « presque stoner » pour alterner avec du doom puis à la 4ème minute, on nous amène un riff de guitare black qu’on sentait sourdre dans l’approche musicale.

La 3ème, At the Cromlech, débute avec des riffs de guitare rock psychédélique et on aura une pièce assez linéaire qui ne sera agrémentée que par le jeu de la batterie dont l’utilisation de la « cloche à vache » installe une nouvelle sonorité intéressante. D’ailleurs, même si je ne parle du jeu de batterie de Elena Fiorenzano qu’à la 3ème pièce, soyez assuré qu’elle constitue un atout de 1er plan depuis le début de l’album. Sa façon de puncher et d’amener les transitions dans son jeu garde l’intérêt à chacune des pièces.

Avec Gods of Magnitogorsk, ça part dans des envolées de guitare à la Katatonia/Paradise Lost peut-être aussi old school black avec des rythmiques qui rappellent Old Man’s Child/Bornagar des premiers albums, avant de retourner vers le son de Kröwnn alors que le vocal se fera pourtant beaucoup plus aigu. Bien qu’encore une fois, l’atmosphère est définitivement southern rock, ça restera la plus black atmosphérique de l’album.

Stormborn débute en bon stoner et on s’attend à entendre un autre yeah mais oubliez ça parce que celle là est instrumentale et on pourra encore une fois apprécier le jeu de batterie de Elena qui vient épicer et rehausser des riffs qui se répètent de façon lancinante mais en même temps c’est cette répétition qui installe toute l’atmosphère de la pièce. Et je me dois de souligner l’apparition d’un bruit de bombarde (Bon y’en a qui disent guimbarde mais on partira pas un débat linguistique) au milieu de la toune. Je le dis souvent, et je me répète cette fois encore, les tonalités de basse me font tripper et pour moi la bombarde rentre dans cette sonorité grave et vrombissante. Ya aussi un solo de guitare psychédélique judicieusement placé aux 2/3 de la pièces venant briser la monotonie.

Vous me direz ce que vous voulez mais j’ai pris la dernière pièce, The Melniboneans, comme un hommage à Type O Negative ou plutôt à Peter Steele, décédé au printemps 2010. La façon de dire Yeah! pour lancer la pièce puis l’utilisation de la version la plus grave et aussi la plus mélancolique de sa voix, très semblable à celle de Steele, pour lancer la 1ère phrase

A resting place where all candles burning

m’a amené tout de suite dans l’univers gothdoom que ce dernier savait créer et surtout pour les fans finis comme moi de Type O Negative, à la 1ère phrase de Love you to death de l’album October rust.

In her place, one hundred candles burning

Tout dans cette toune, le ton mélancolique et sérieux de Michele, le vrombissement lourd de la basse de Silvia, les atmophères languissantes et creepy – hurlements « animal » vaguement humains à l’appui – font une très belle sortie pour cet album alors que Michele nous répète sans arrêt I sleep alone! I sleep alone! Allez écouter Die alone de A Pale Horse Named Death et vous comprendrez ce que je veux dire par « influencé par l’oeuvre de Sal Abruscato » dans la façon que Abruscato nous chante Die alone! Die alone!

Comme il est coutume de le dire maintenant, le 1er album de Kröwnn ne réinvente pas la musique, et comme je l’ai mentionné déjà, ressemble beaucoup à la musique des divers groupes de Sal Abruscato mais par contre, je dois avouer que, quand c’est bien fait et c’est le cas ici, je n’ai rien contre un album qui montre clairement ses influences mais sans faire un « à la manière de », réussit à transcender son modèle pour créer une toute autre musique. Le 1er album de Kröwnn est solide musicalement avec une guitare qui, malgré la construction répétitive voulue par le style, reste inventive dans ses arrangements, une basse qui sait bien alterner les bouncings riffs stoner rock avec les grondements plus appropriés au doom alors que la batterie, avec sa présence rythmique indispensable dans le 4/4 rock, s’installe en tant que soliste également dans les passes doom. Et pour terminer, point non négligeable, l’album repose sur un imaginaire qui plaira sûrement aux plus fervents amateurs de sword and sorcery adventures. Je vous recommande fortement de l’écouter car dans tout ce psychedelic rock revival européen surtout british, vous pourriez passer à côté d’un groupe intéressant, dans un pays où on ne s’attend pas à les trouver, dont la musique ne prend que peu de temps avant de se lover bien blottie dans notre subconscient musical. Pour ceux qui trouveront que un peu moins de 38 min c’est trop court, dites-vous que le groupe n’existe que depuis le milieu de 2012 et qu’il a sorti Hyborian Age comme un démo quand même rapidement après sa formation. À titre anecdotique, l’enregistrement n’aurait pris que 6 heures ce qui témoigne à l’écoute de cet opus d’un talent indéniable. C’est donc avec un intérêt certain que j’apprends que le groupe travaille présentement sur son nouveau matériel.

Je vous termine ça avec le vidéo officiel qu’ils ont produit pour la pièce Gods of Magnitogorsk.

Bonne écoute

Lex