Horsehunter - Caged in flesh

 

Horsehunter

«Caged in Flesh»

Magnetic Eye Records

2015

Liste des pièces
«Stoned to death»
«Caged in flesh»
«Nightfall»
«Witchery»

 

Formé en 2012, le groupe australien Horsehunter a vu 2014 s’avérer fructueuse avec des spectacles en support de gros noms dont notamment Sleep, Kylesa et High on Fire, en plus de faire paraître de façon indépendante en septembre leur premier album «Caged in Flesh» sous format digital. À noter que deux enregistrements précédents de l’album ont été scrappés avant que ce troisième devienne le bon.

Leur album a été remis d’actualité quelques mois plus tard suite à leur signature avec Magnetic Eye Record qui a fait paraître les copies physiques sous forme de CD et LP.

«Caged in flesh» ne contient que quatre pièces mais compte tout de même un peu plus de quarante-deux minutes au compteur. Paradoxalement, il y a trois pièces qui tournent autour de 17, 12 et 10 minutes respectivement et une pièce (la troisième) qui ne dépasse 3 minutes que de quelques secondes.

«Stoned to death» (ici on parle de weed et non de lapidation!!), la plus longue pièce avec un temps de 16:52, débute l’album avec un feedback aigu qui s’amplifie avant d’être rejoint par une pluie de cymbales puis la rythmique lourde et lente de la batterie annonce les couleurs, ce sera doomy avec juste ce qu’il faut de crasse sludge dans une approche qui ne sera pas sans évoquer les premiers albums de Black Sabbath. En plus, bien que différent à bien des égards, le vocal clair utilisé présente une approche lyrique, des teintes et les légers échos présents dans la voix d’Ozzy ce qui ne devrait pas déplaire mais ne durera pas… quoique la suite ne décevra pas. En effet, à 6:08 de la pièce, exit ce style tant vocal que musical alors que la transition dans la pièce nous amène des bouncings riffs stoner et le vocal se fait cette fois écorché. Cette portion de la pièce laissera toute la place à la guitare qui s’exécute avec brio nous offrant au passage un solo psychédélique. Je viens de dire qu’ils laissent toute la place à la guitare… et bien le vocal disparaîtra dès que commence le solo au milieu de la pièce. Puis un peu après la onzième minute, alors que je croyais la pièce terminée puisqu’un feedback distorsionné était le seul bruit restant depuis une vingtaine de secondes, ça repart tranquillement, très tranquillement et la pièce se modifie une autre fois et retourne aux ambiances doom/sludge du début mais cette fois, ça devient plus mélancolique avec le riff mélodique de guitare.

Comme vous pouvez le lire, Horsehunter présente en ouverture d’album une pièce complexe et variée qui, vous vous en doutez sûrement maintenant considérant la longueur des autres pièces, sera le modus operandi tout au long de l’album. Ils alterneront du sludge au stoner en gardant tout au long un fond doom et psychédélique. Il y aura même une passe drone accompagnée de vocaux hurlés dans la deuxième pièce qui donne tout son sens au titre de la pièce et installe un sentiment d’oppression malsain.

J’ai cependant une certaine retenue face à la structure de leurs compositions. On dirait qu’ils n’ont pas su passer du stade de pré-prod à pièce finie. Les pièces se présentent comme des collages de tableaux ce qui en tant que tel crée des pièces évolutives mais toutefois, s’il n’y a pas de continuité entre deux blocs musicaux de la même pièce mais qu’ils sont reliés par un fade out de distorsion, je ne vois pas ce qui en fait deux parties d’une même pièce, surtout si le fade out est réutilisé pour terminer la pièce. Donc, dans une écoute continue, il est impossible de discerner le passage d’une pièce à l’autre à cause de l’utilisation des fade out autant pendant les pièces qu’à la fin; ça fait comme si l’album n’était qu’une longue pièce de quarante-deux minutes qu’ils ont choisi de diviser en quatre titres de façon aléatoire à l’emplacement d’une des nombreuses transitions que comportent leurs compositions. Remarquez que je reste ouvert à ce que quelqu’un m’explique la différence entre un fade de milieu de pièce et un de fin. Je souligne ici, pour atténuer l’effet négatif de ce que vous venez de lire, qu’étant donné que l’album s’écoute comme s’il n’était qu’une longue pièce, c’est sûrement positif à quelque part.

Maintenant passons à la pièce d’une durée de trois minutes et des poussières, «Nightfall». Je dois dire que je m’attendais à un exercice particulier nécessitant sa mise en exergue en tant que pièce individuelle. J’ai plutôt eu droit à un interlude, différent seulement par le fait qu’il se fait à la guitare sans accompagnement. C’est un bel exercice mais ni plus ni moins que certains blocs introspectifs déjà identifiés dans les longues pièces et il aurait pu être inséré dans une de celles-ci car il constitue un bloc distinct de trois minutes comme la structure des pièces est montée.

Ça repart en force pour la dernière, «Witchery» qui offre le retour des ambiances à la Black Sabbath, plus agressives et syncopées. Encore une fois, ça mène vers une transition au milieu de la pièce (un fade) qui fera encore basculer l’atmosphère comme c’est la norme depuis le début de l’album. On comprend que la boucle est bouclée quand à 9:30, les notes laissent place à la distorsion qui ouvrait l’album. Remarquez que ç’aurait pu être un autre fade out transitoire de milieu de pièce mais après cinquante secondes de ce son, j’ai fini par comprendre que c’était fini!!!

Horsehunter a donc fait paraître un album où les ingrédients sont très intéressants. Quand il faut, le son est crasse et abrasif ou rond et bondissant, tout en ayant un bon mélange d’agressivité et de pesanteur, de vitesse et de lenteur et naturellement une bonne dose de mesures répétitives comme le veut le style. La rythmique de la batterie de Nick Cron présente plusieurs passes intéressantes parfois à la limite jazzy; les cordes, tant la basse que les guitares, offrent certains riffs qui vous rappelleront des trucs et d’autres dont vous apprécierez la tournure et bien que je ne sois pas un fan de solos de guitare (à cause du penchant «guitar hero»), ici le côté psychédélique de ceux-ci m’empêche d’être tanné; finalement, le vocal est partagé entre Michael Harutyunyan, guitariste, et Himi Stringer, bassiste, offrant une belle opposition complémentaire entre leur style respectif. Côté son, je dois avouer que tout est bien à sa place et j’ajouterai même qu’on distingue les cordes dans le mix; pas juste les guitares l’une de l’autre… même la basse.

Je termine en mentionnant que «Caged in flesh» est un bon premier album dont l’écoute est agréable à cause de tous les éléments mentionnés plus haut mais qui manque un peu de rigueur à mon oreille. J’en ai juste contre la structure et le format des pièces, le reste est excellent. Ça fait en sorte que paradoxalement, je donne une meilleure note aux divers blocs des compositions qu’à ce qu’ils forment en tant que titre individuel selon les divisions de l’album. Un peu plus de maturité (et peut-être moins de weed pour aider le focus) devrait j’imagine régler ça. Ce n’est tout de même qu’un premier album pour Horsehunter. La première pièce de l’album est la plus réussie selon moi.

Lex