Dirty Shirt - Dirtylicious

Dirty Shirt
«Dirtylicious»
Promusic Prod
Avril 2015

Liste des pièces
«Ciocârlia»
«Moneyocracy»
«Mental Csárdás»
«Maramu’»
«Balkanique»
«Dulce-i vinu’»
«Cobzar»
«Hotii»
«Dirtylicious»
«My Art»
«Căluşarii»

 

*Scroll down for the English version
Célébrant cette année 20 ans d’existence ponctué d’un hiatus entre 2000-2004 qui a dispersé ses membres un peu partout en Europe, le groupe roumain Dirty Shirt a fait paraître en avril dernier, «Dirtylicious», son 4ème album en carrière (un 3ème depuis leur reformation) qui s’insère parfaitement dans la foulée de sa nouvelle orientation musicale que j’ai découverte avec l’album précédent «Freak show» qu’il a sorti de façon indépendante en 2013. Notons que pour celui-ci, il est accompagné par le Transylvanian Folkcore Orchestra.

Je dois dire d’entrée qu’avec Dirty Shirt, je suis content et rassuré de constater qu’il existe des musiciens qui ont une vision du metal qui dépasse le metal. Ce que je veux dire par là est qu’il existe des musiciens qui font du metal par goût mais qui de toute évidence, ont dépassé le stade de pensée sectaire qui encarcane les genres musicaux et préfèrent plutôt les mélanger avec brio et dextérité. Dirty Shirt est ce genre de bibitte bizarre.

Dès le début de l’album, on entre dans un tourbillon folk classique métallisé qui m’a vaguement fait penser à la très bonne reprise metal que Skyclad a fait, en 1996 sur son album «Irrational anthems, de «Sabre dance» du célèbre compositeur arménien Aram Khachaturian. Une recherche plus approfondie stimulée par la note de presse fournie avec l’album, m’a fait découvrir que c’est de facto une adaptation de la pièce «Ciocârlia» composée par le joueur de flûte de pan Romani-Roumain Angheluş Dinicu qui s’inscrit dans la tradition de la musique des Lăutari («trouvères», en roumain) et qui fut présentée au public pour la première fois à l’inauguration de la Tour Eiffel en 1889 et qui a fait l’objet de multiples reprises depuis. Et cette découverte explique tout car la musique des Lăutari (lăutărească music) s’inspire de toutes les musiques avec lesquelles ces derniers sont entrés en contact et auxquelles ils ajoutent une bonne dose d’improvisation tout comme le fait Dirty Shirt et pour une connexion encore plus directe, Dirty Shirt chante principalement en roumain comme dans la tradition de la musique des Lăutari (avec de l’anglais et du français saupoudrés à gauche et à droite). Maintenant que je vous ai fait cette petite lecture à propos de cette musique, vous comprendrez que cette première pièce ouvre toute grande les vannes pour ce qui suivra.

Alors, ne vous fiez pas sur ce que vous entendez dans cette première chanson pour vous faire une idée de l’ensemble de l’album et donc, ne vous attendez à rien ou plutôt attendez vous à tout (et même plus) avec ces zigotos car dès la pièce suivante, «Moneyocracy», on tombe dans un mélange où se côtoient l’industrial death  (pensez à la rythmique d’un groupe comme God is LSD) avec un son de guitare à la Sepultura et le côté pop folk aux influences Moyen-Orientales de System of a Down.

Avec «Mental Csárdás» vous aurez justement ça, une csardas, cette danse des Balkans popularisée par les Romani et Dirty Shirt nous envoie ça encore une fois avec des influences industrial death.

L’intro de «Maramu’» vous donnera l’impression d’assister à une session d’invocation d’une entité divine quelque part dans la région du Croissant Fertile, le berceau de la civilisation telle que nous la connaissons aujourd’hui.

De son côté, «Dulce-i vinu’» avec ses percussions introductive m’a vaguement fait penser à «Ratamahatta» de Sepultura mais comme depuis le début de l’album, ce petit moment ne dure guère et nous sommes transportés dans un univers qui rappellera encore une fois les moments plus folk de System of a Down (le refrain en la-la-la fait immédiatement penser à cette façon de faire de Serj Tankian qui rappelons-le, a des racines arméniennes comme les autres membres de System of a Down).

«Hotii» est celle qui permettra aux métalleux de lever leurs cornes du diable en scandant le Hey-Hey-Hey qui est si spontané en spectacle.

Maintenant que j’ai survolé rapidement certaines pièces de l’album, vous comprendrez que le groupe roumain embrasse les constructions classiques et folkloriques pour les distortionner et les tordre afin de les métalliser sans que les structures de l’un ou de l’autre n’entrent en conflit. Quand on écoute Dirty Shirt, il faut vouloir être déstabilisé mais en même temps les transitions sont rarement abruptes pour une écoute sans à-coups et d’ailleurs j’applaudis leur contrôle des structures car ça fait longtemps que j’ai compris que tout se joue et se combine ce qui permet beaucoup de choses quand on connait la musique et qu’on est prêt à dépasser les limites acceptées (et peut-être les limites acceptables dans votre cas). Ma connaissance de la culture folklorique des Balkans n’est pas assez approfondie pour y repérer tous les clins d’oeil qu’on retrouve sur cet album mais je dirai que j’ai tout de même pensé que cela aurait pu être la trame sonore adaptée en conséquence si le film «My big fat Greek wedding» s’était tenu dans une famille de métalleux. YOUPLA!!!

Pour ceux qui aiment la musique qui refuse les carcans, je vous suggère fortement de découvrir Dirty Shirt à l’aide des lecteurs ci-bas.

Lex

Celebrating this year 20 years of existence punctuated by a hiatus between 2000-2004 which scattered its members across Europe, the Romanian group Dirty Shirt has released in April, «Dirtylicious» its fourth album (a third since their reformation) which fits perfectly in the wake of its new musical direction that I discovered with the previous album «Freak Show» released independently in 2013. Note that for this album, Dirty Shirt is joined by the Transylvanian Folkcore Orchestra.

I must say from the outset that with Dirty Shirt, I am pleased and reassured to find out that there are still musicians who have a vision of metal music that exceeds the genre. What I mean by this is that there are musicians that create metal song by taste but obviously have gone beyond sectarian thought about genres and prefer to rather mix musical genres with brilliance and dexterity. Dirty Shirt is that kind of weird sound hacker.

Right from the start of the album, one enters a metallized folk classic maelstrom that vaguely reminded me of the very good metal cover Skyclad made in 1996 on its album «Irrational anthems», for «Sabre Dance» of the famous Armenian composer Aram Khachaturian. Further research stimulated by the release notes included with the album, made me discover that it is de facto an adaptation of the song «Ciocârlia» composed by Romani-Romanian the pan flute player Angheluş Dinicu which is in the tradition of the music of the Lăutari and was presented to the public for the first time at the inauguration of the Eiffel Tower in 1889 and which was the subject to multiple adaptations since. And this discovery explains everything because the music created by the Lăutari (lăutărească music) is inspired by all the music with which they came into contact and to which they add a good dose of improvisation as does Dirty Shirt and for an even more direct connection, Dirty Shirt sings mainly in Romanian as in the tradition of the lautareasca music (with some English and French lyrics sprinkled here and there). Now that I have done a little lesson about this music, you will understand that this first song opens wide the floodgates for what’s next.

So do not rely on what you hear in this first song to get an idea of the whole album and therefore, do not expect anything or rather expect everything (and more) from these weirdoes because the next song, «Moneyocracy» brings a mixture in which industrial death metal (think the rhythm of a group like God is LSD) rub shoulders with a guitar sound «à la» Sepultura and with the folk Middle Eastern influences of System of a Down.

With «Mental Csárdás» that’s exactly what the title says, a czardas, the Balkan dance popularized by Romani and Dirty Shirt brings it forth again with influences from industrial death metal.

The intro of «Maramu’» will give the impression to attend a session of invoking a divine entity somewhere in the region of the Fertile Crescent, the cradle of civilization as we know it today.

For its part, «Dulce vinu -i’» with its introductory percussion reminds me vaguely of Sepultura‘s «Ratamahatta» but as it goes from the beginning of the album, this moment does not last and we are transported into a universe which again reminds me of System of a Down folk influences (the chorus with its la-la-la reminds immediately of this way of doing them by Serj Tankian who has Armenian roots like all the other members of System of a Down).

«Hotii» is the one that will prompt metalheads to raise their devil horns while shouting the Hey-Hey-Hey that is so spontaneous in every metal show.

Now that I quickly flew over some songs of the album, you will understand that the Romanian band embraces the classical and folk constructions before distorting and twisting them to create metal music without the structures of one or the other being in conflict or clashing in any way. When you listen to Dirty Shirt, you have to be confortable with being destabilized musically but at the same time there’s rarely abrupt transitions for a smooth listening and besides, I applaud their control of musical structures because it’s been a while that I realized that many things if not everything can be played in combination allowing to stray afar from the beaten path when musicians know music and are ready to go beyond the established limits (and perhaps the acceptable limits in your case). My knowledge of Balkan folk culture is not detailed enough to identify all influences found on this album but I will say that I thought it could have been the accordingly adapted soundtrack for the movie «My big fat Greek wedding» if the scenario had put the story in a family of Greek metalheads. YOUPLA!!!

For those who love music which refuses the shackles, I strongly suggest you to discover Dirty Shirt using the players up here in between the french and english version.

Lex