« Multispectral Supercontinuum«
Autoproduction
2013
J’étais plutôt étonné de constater que ce monstre musical n’avait pas encore été raconté par les plumes d’Ondes Chocs donc j’ai décidé qu’il fallait que ça se fasse! Commençons par faire le portrait du groupe. Originaire de Montréal, Teramobil est un trio instrumental de metal très chaotique, à la fois groovy et psychédélique, ayant un son puissant et non conventionnel. On ne parle pas de belles harmonies, mais bien de gros groove gras et de dissonances, de matériel très radical et exécuté avec précision, dégageant une forte tension constante et ne laissant pratiquement aucun répit au cerveau de l’auditeur pour respirer.
Le trio est constitué de musiciens que je considère comme étant parmi l’élite de la scène metal au Québec, et même au delà de notre province bourrée de musiciens talentueux. Tout d’abord, le guitariste est Mathieu Bérubé (également bassiste du groupe Unhuman, donc inutile de mentionner qu’il sait manier les manches, ce Babe!) puis son playing à la guitare est très caractérisé et loin d’être générique. Ensuite, c’est Alex Dupras (aussi de Unhuman) qui livre la frénésie comparable à une pieuvre – vous avez compris que je parle de batterie, right? – puis le dernier mais non le moindre, c’est le légendaire Dominic Forest Lapointe qui s’occupe des basses fréquences (connu pour des grands noms de la scène metal tels que Augury, Beyond Creation, B.A.R.F., antérieurement Quo Vadis, Atheretic, et plusieurs autres). Particulièrement dans Teramobil, son jeu à la basse est très animé et on peut en apprécier la forte présence.
Quand je décrivais la musique de Teramobil comme étant psychédélique, c’était pas des farces, c’est même le terme qui convient parfaitement. Il suffit d’entendre les premiers secondes de leur EP, « Multispectral Supercontinuum » pour le constater. Pas de préliminaires, on envoie la sauce à plein régime dès le début et comme je l’ai mentionné les pauses pour respirer sont rares. Soit dit en passant, j’ai toujours eu une appréciation particulière pour les titres de pièces des groupes instrumentaux car ils sont souvent très imagés/élaborés, et précisément dans le cas de Teramobil, l’image projetée par le concept de ces titres va à merveille avec l’univers musical qu’on retrouve dans les pièces. Je vous laisse constater, voici la liste des pièces:
01. Terawatt
02. Temporaly recompressed Pulse
03. Molecular spectometry
04. Multispectral supercontinuum
05. Lightbeam diverge
06. Regulator prism
Pour ma part, je trippe vraiment sur le parallèle qu’on retrouve entre l’architecture complexe de la musique et la complexité des titres des pièces. C’est comme si tout le travail acrobatique exécuté par les musiciens du groupe était décrit en un ou deux mots! La musique telle que celle de Teramobil peut se faire étiqueter comme étant du n’importe quoi par le commun des mortels, ou encore comme étant de la masturbation instrumentale. Mais en fait, c’est tout le contraire: c’est de l’art qui fait appel à ce que je pourrais qualifier d’ingénierie musicale. C’est plein de subtilités et d’éléments qui requièrent de la minutie. Ce n’est pas n’importe quel cerveau d’auditeur qui peut assimiler la musique de ce groupe à sa juste valeur. Ce qui pourrait être considéré comme barbare par certains s’avère être à mes yeux (ou plutôt mes oreilles) du matériel très intellectuel.
« Multispectral Supercontinuum » (lancé en 2013) est un court EP de 6 pièces totalisant 16 minutes de musique. C’est peut-être court, mais ça contient plus de notes que plusieurs discographies et vous et moi n’avons probablement jamais passé un 16 minutes de ce genre auparavant. Dès la première pièce, on peut sentir la tension, les sonorités utilisées reflètent cette tension, parfois dans certaines montées de tonalité, ça sonne comme de l’angoisse, une ambiance pas du tout rassurante, un peu comme la trame sonore creepy d’un film épeurant, mais dans un contexte lourd et metal, bien sûr. Tout au long du EP, on retrouve ce genre d’ambiances qui violeraient en une seconde celles des films de Disney. C’est carrément une orgie de grooves et rythmes disjonctés, mais réalisés avec brio. Ma pièce préférée est la troisième: « Molecular Spectometry« . C’est une sorte d’ambiance bipolaire qui décape les murs en l’espace d’une seconde comme un monstre qui déboule des escaliers en entrainant avec lui tout ce qui se trouve sur son chemin, puis soudainement, ça devient hyper groovy, quasiment joyeux mais imprévisible car la dernière place pour baisser sa garde c’est bien dans une pièce de Teramobil, on a l’impression que n’importe quoi peut survenir. La quatrième pièce est probablement la plus caractérisée, c’est la pièce titre du EP. Souvent, les groupes metal exploitent les notes graves et lourdes, et ce que j’aime de Teramobil c’est qu’ils exploitent souvent des sonorités aigües, des accords dissonants, des harmoniques de guitare avec des trills de whammy bar (même les licks de basse!!) et pardonnez mon jargon de musicien qui commence à avoir raison de moi, je ne peux pas m’empêcher de pointer ces particularités qui me mettent un sourire vilain dans l’esprit chaque fois que je les entends. Parfois c’est plaisant de briser le confort des mélomanes avec des sons stridents et dérangeants. Et que dire de la batterie, bourrée de blasts et de jeu de cymbales ahurissants! Alex Dupras est tout un batteur, et ce que j’aime de son jeu c’est qu’il est organique et coloré en plus d’être démentiel. Je l’ai dit et je vais me répéter, ça peut sembler barbare et exécuté n’importe comment pour certaines oreilles, mais Teramobil, c’est de la fine gastronomie auditive, faite par des musiciens de renommée et de talent spectaculaire. Je n’oserais même pas essayer d’associer leur musique à une appellation particulière parce que c’est simplement space et débordant d’originalité. Tous les éléments sont bien superposés dans cette architecture imposante. Je vous encourage fortement à regarder la vidéo sous le lecteur bandcamp afin de découvrir un autre aspect de leur univers déjanté.
Francis





