Neige et Noirceur
« Gouffre Onirique et Abîmes Cosmiques »
(2014)
«Gouffre Onirique et Abîmes Cosmiques»
«Future Torture»
«Écho des Abysses»
«Le Portail de Kadath»
«La Marche des Astres Noirs»
«Les Cavernes de Glace I»
«Les Cavernes de Glace II»
«Les Cavernes de Glace III»
Projet productif s’il en est un, Neige et Noirceur, « one man band » de l’infatigable Spiritus nous revient cette année avec un quatrième opus complet s’additionnant à une discographie prolifique de 17 sorties (singles, splits, compilations, EP, démos et albums confondus) en 9 ans d’existence. Devant une telle production artistique, l’auditeur critique est en droit de se questionner, à la vue de la superbe pochette, œuvre de Spiritus et de Chimère Noire, dépeignant une silhouette humanoïde revêtue d’un cloaque invoquant le cosmos étoilé dans une caverne aux figures statuaires imposantes, sur la pertinence et la fraîcheur dudit album. En effet, l’univers du Black Metal atmosphérique est parfois contaminé par des projets solos qui régurgitent les sorties médiocres et/ou répétitives à un rythme effarant. Jusqu’ici, cependant, Neige et Noirceur nous a habitués à un niveau de qualité constant dans un registre mettant en avant, plus que tout autre élément, des atmosphères glacées et sombres. La question est donc de savoir si Spiritus continuera dans la même voie avec « Gouffre Onirique et Abîmes Cosmiques« , ou s’il saura nous proposer de nouveaux éléments qui rehausseront l’intérêt face à son projet? D’entrée de jeu, la réponse sera certainement positive.
Tout d’abord, plutôt que de s’orienter dans une direction totalement novatrice que l’ont pourrait affubler du suffixe « Post– » tel que ses compatriotes de Sombres Forêts et Gris l’ont fait avec beaucoup de succès l’an passé, Spiritus préfère se diriger vers un retour aux sources du Black Metal atmosphérique. Ainsi, le nouvel album de Neige et Noirceur est centré sur des motifs de guitare cycliques et épiques qui rappellent immédiatement les années 1990. Toutefois, cela ne signifiera pas pour autant que le côté ambiant du projet sera relégué aux oubliettes, loin de là. Effectivement, l’ajout de claviers aux textures froides et obscures ainsi que de trames sonores typiques du style de Neige et Noirceur seront immédiatement reconnaissables.
De cette façon, la pièce titre de l’album, offerte comme mise en bouche au reste, présente une introduction de guitares distordues sur un tempo lent rappelant fortement certaines pièces du maître de Burzum. La pièce présente ensuite un enchaînement de motifs cycliques de guitare couplés à des vocalises mystiques et des nappes de claviers atmosphériques nous faisant voyager immédiatement dans un univers onirique mélancolique et froid. Puis c’est au tour de « Future Torture » de s’amorcer sur une introduction lente de claviers aux sonorités pouvant faire penser à celles employées par Satyricon sur « Dark Medieval Times« , puis Spiritus enchaîne avec une rythmique beaucoup plus rapide et encore une fois, centre cette composition sur de superbes motifs de guitares arrangés avec goût couplés à des voix tantôt gutturales, tantôt chuchotées et râpeuses. Spiritus poursuit avec les mêmes ingrédients assemblés de façon différente et y ajoutant d’autres épices comme des narrations lugubres sur « Écho des Abysses« , « Le Portail de Kadath » et « La Marche des Astres Noirs » qui s’enchaînent tel un voyage en des contrées entre cauchemar et rêve fantasmagorique. Puis, on retourne à un univers centré sur l’ambiance avec la suite en trois parties intitulées « Les Cavernes de Glace » qui se rapproche plus près du style développé par Neige et Noirceur sur ses albums précédents.
Côté production, on reconnaît une volonté de rester près du son Black Metal typique des années 1990 tout en proposant une qualité sonore permettant d’apprécier l’ensemble des instruments employés. Le résultat ainsi obtenu présente donc toutes les caractéristiques voulues dans ce style, soit des guitares bien sales, des percussions vibrantes, des textures sonores glacées, des claviers enveloppants et des voix mystérieuses et inquiétantes. Ma seule réserve quant à la production réside du côté de la sonorité des percussions programmées employées par Spiritus ou plutôt la combinaison de percussions réelles et de programmation. En effet, le mariage ne m’a pas semblé nécessairement heureux, puisque les percussions programmées conservent un son quelque peu plastique qui rompt de manière trop évidente avec le son organique de la batterie réelle. Cela dit, la qualité d’ensemble des compositions de ce nouvel opus est très élevée et la production vient clairement bien compléter le paysage sonore voulu par l’artiste.
En somme, Neige et Noirceur réussit, avec « Gouffre Onirique et Abîmes Cosmiques« , son pari de recentrer son Black Metal atmosphérique sur ce qui a fait la renommée de genre dans les années 1990, soit les froids motifs de guitare épiques. Toutefois, loin de désavouer le son très ambiant qu’il a élaboré au cours de ses albums précédents, Spiritus arrive plutôt ainsi à lui infuser un côté classique et une très belle profondeur dans les compositions qui font la force de ce nouvel album. Les amateurs d’ambiances sombres et glacés, tout comme ceux qui préfèrent un son typiquement ancré dans le Black Metal de la seconde vague seront donc comblés par celui-ci. Cet opus sera donc à consommer sans modération dans vos nuits de délire, à la lumière de chandelles et accompagné de sombre littérature occulte.
Pièces favorites : « Future Torture« , « Écho des Abysses« , « La marche des Astres Noirs« , « Les Cavernes de Glace I, II et III »
8,5/10
Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas





