Behemoth-TheSatanist

 

Behemoth

The Satanist »

Metal Blade Records

2014

 

 

 

Liste des pièces
Blow Your Trumpets Gabriel
Furor Divinus
Messe Noire
Ora Pro Nobis Lucifer
Amen
The Satanist
Ben Sahar
In The Absence ov Light
O Father O Satan O Sun!

 

Le Béhémoth, entité biblique dérivée d’un monstre mythique des Babyloniens et mentionnée dans le Livre de Job (40 :15-24), serait une bête dont le nom, sous forme hébraïque plurielle, signifierait qu’elle est la plus grande et la plus puissante des créatures terrestres. Utilisée symboliquement pour évoquer la Bête, l’animal intérieur que l’Homme est incapable de domestiquer ou de contrôler ou encore le Démon et le mal qu’il incarne, ladite créature n’a jamais eu de forme définie. En effet, elle a tantôt été représentée par un hippopotame, un rhinocéros ou une créature marine mâle imaginaire dont la femelle serait le Léviathan.

Le même constat pourrait s’appliquer au légendaire groupe polonais aussi connu sous le nom de Behemoth. Effectivement, ayant d’abord évolué comme une formation de Black Metal cru de 1991 à 1996 environ (voir les albums Sventevith (Storming Near The Baltic) (1995), Grom (1996) et les EP précédents), Behemoth a ensuite opéré une transformation, à partir de l’album Pandemonic Incantations (1998) qui l’a mené à progresser de plus en plus vers un Death Metal moderne caractérisé par une production léchée, des pièces ultras rapides et des thèmes lyriques sataniques connaissant son aboutissement logique avec l’album Evangelion en 2009. Or, alors que rien ne semblait pouvoir arrêter ces Polonais, Behemoth subit un coup dur lorsque son leader, Nergal, apprit qu’il souffrait de leucémie. C’est donc après avoir vaincu la mort et repris la tournée avec brio que Nergal et ses acolytes nous reviennent, presque cinq ans plus tard, avec un album logiquement intitulé The Satanist. Est-ce que les membres de Behemoth reprendront là où ils nous avaient laissés avec la formule qu’ils avaient peaufinée depuis Satanica (1999) et qui s’est fixée avec Demigod (2004), ou auront-ils opéré un changement dans leur direction musicale? Est-ce que le groupe arrivera à satisfaire les attentes démesurées et contradictoires (désir de changement ou continuité) de ses nombreux fanatiques? Voilà les questions que votre humble serviteur s’est posées lorsqu’il entamait sa première écoute d’une offrande longuement attendue, et auxquelles il tentera de fournir une réponse dans les prochaines lignes.

Tout d’abord, cherchant sans doute à déstabiliser ses auditeurs et à proposer quelque chose de différent, Nergal et sa bande nous accueillent avec l’atmosphérique Blow Your Trumpets Gabriel, rompant ainsi avec les albums précédents qui s’ouvraient habituellement sur une pièce rapide et accrocheuse. Construite sur des motifs de guitare très simples enveloppés de claviers aux textures sombres et guidés par une batterie toujours aussi excellente de Inferno qui entraîne la pièce d’un tempo très lent à un passage rapide au milieu pour revenir à un tempo moyen accompagné de cuivres en finale, la pièce aura tout pour diviser les amateurs de Behemoth. En effet, ceux qui s’attendaient à recevoir un coup de poing sur le visage d’entrée de jeu seront déçus, alors que ceux qui recherchent une atmosphère sombre et quelque chose qui démontre certain retour à un son plus méchant, plus près des origines Black Metal de la formation, seront enchantés. La production jouera aussi un rôle important à cet effet, puisque le groupe a opté pour un son beaucoup moins propre et surproduit que sur Evangelion. Des guitares légèrement plus méchantes et des voix toujours étagées et inhumaines, mais plus naturelles dans leur sonorité que sur les derniers opus sur une batterie qui arrache tout seront les éléments distinctifs de cette production. Celle-ci fera donc ressortir la magnifique performance vocale de Nergal et le talent surhumain de Inferno à la batterie. La première pièce déstabilisera, donc, mais elle ne sera pas nécessairement représentative de ce qui suit et fonctionnera plutôt comme une introduction à l’album, car le groupe renoue brièvement avec son Death Metal typique dès la seconde pièce intitulée Furor Divinus.

Les mots-clés de cet album seront donc la diversité et la richesse des compositions tout en restant dans une certaine forme de simplicité très efficace. En ce qui concerne la diversité et la richesse, on aura droit à des pièces rapides et hyper agressives telles que celle nommée précédemment, Ora Pro Nobis Lucifer qui rappelle fortement l’époque de Satanica de par sa continuité et son rythme stable, Amen ou encore In the Absence ov Light dont le rythme effréné fait bientôt place à un passage de guitare acoustique accompagnée de saxophone et d’une narration en Polonais de Nergal pour ensuite revenir à la tuerie. On aura aussi droit à des pièces plus épiques et atmosphériques telles que Messe Noire, The Satanist et Ben Sahar qui nous montrent une autre facette de ce que peut être Behemoth. Nous sommes donc en présence d’un album synthèse qui présente tous les visages du groupe sans nécessairement totalement réinventer son identité sonore. Toutefois, O Father O Satan O Sun!, la dernière pièce de l’album, présente une toute nouvelle facette du groupe avec une approche musicale plus rock,  un tempo moyen, des chœurs de voix claires et de voix gutturales mélangées et des passages ambiants narrés à saveur gothique. Elle laisse transpirer pour la première fois dans l’histoire de Behemoth une très grande influence du célèbre groupe britannique Fields of The Nephilim dont Nergal est un grand fanatique. Enfin, à ce qui à trait à la simplicité évoquée plus haut, Behemoth opte cette fois pour des motifs de guitares relativement simples et des rythmiques beaucoup plus stables que par le passé, misant plutôt sur la diversité des arrangements et des structures pour apporter richesse et profondeur à ses compositions. Cela aura pour effet que les pièces auront peut-être moins d’impact individuellement, mais prendront tout leur sens lorsque l’album sera écouté dans son ensemble, comme une œuvre entière et non une succession de petites œuvres.

En somme, avec The Satanist, Behemoth nous présente un album qui fait la synthèse de tout ce qu’est et ce que peut être leur musique. Misant sur une diversité de structures et d’arrangements, une production aux textures sombres et malveillantes et en gardant une certaine forme de simplicité, la troupe polonaise réussit donc le pari de nous présenter quelque chose de différent, de nouveau tout en restant ancrée dans sa personnalité sonore. Ainsi, l’album pris dans son ensemble plaira très certainement à ceux, comme votre serviteur, qui ont toujours suivi avec intérêt les sorties de Behemoth, mais ne fera peut-être pas l’unanimité auprès de ceux qui s’attendraient à réécouter un Demigod version 2.0 ou encore qui s’attendent à un retour au son du début des années 1990. Behemoth continue donc à évoluer, à changer et à nous présenter de nouvelles facettes de leur musique, ce qui démontre que sa créativité est loin d’être épuisée après plus de vingt ans d’existence.

8,5/10

Pièces favorites : Furor Divinus, Ora Pro Nobis Lucifer, O Father O Satan O Sun!

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas