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Eshtadur

« Stay Away From Evil and Get Close to Me »

Gates of Horror Records

(2013)

 

Étiqueter la musique d’un artiste est parfois une tâche complexe même pour le principal intéressé. En effet, de nos jours, l’offre musicale est tellement segmentée et subdivisée en catégories qu’il est parfois difficile de déterminer avec précision à laquelle de ces catégories correspond l’artiste en question surtout lorsque celui-ci appartient à l’univers particulièrement complexe du Metal. Le groupe colombien Eshtadur fait partie de ces artistes qui semblent avoir de la difficulté à se définir une identité claire. Présentés par leur label, Gates of Horror Records, comme un groupe Black Metal mélodique expérimental, le groupe se présente quant à lui comme un groupe de Metal /Experimental/Darkened Melodic Death sur leur page Facebook. Sceptique devant cette ambivalence, votre humble serviteur se propose donc de décortiquer le dernier opus de ce groupe afin de mieux comprendre où ils s’en vont avec tous ces termes définissant leur style et si leur second opus pleine longueur en vaut le détour.

Tout d’abord, l’auditeur qui s’attend à du Black Metal de quelque forme que ce soit sera cruellement déçu. En effet, mis à part la croix inversée, le pentagramme du logo du groupe et les titres de chanson qui tentent de donner une atmosphère malveillante tels que: Beyond The Shadows, Abigor ou Take Me to The Morgue, la musique présentée sur cet album ne contient que très peu d’éléments qui pourraient le relier à ce genre musical. Seul le vocal du chanteur-claviériste-batteur Jorge Lopez, un hurlement râpeux dans un registre assez élevé, et quelques rares passages dominés par des mélodies de guitare en trémolo et des blastbeats pourront nous permettre de faire des liens avec le Black Metal, liens ténus on en conviendra. En outre, l’album ne contient absolument rien d’expérimental et présente plutôt un Death mélodique très inspiré des maîtres scandinaves du genre tels que le vieux Dark Tranquillity, Soilwork et le vieil In Flames avec une très large dominante de motifs saccadés en palm mute, des soli mélodiques, des claviers d’atmosphère un peu fromagée et quelques influences Metalcore et Black Metal disséminées ici et là.

Tel le consommateur qui a acheté du Ketchup et se retrouve avec de la confiture de groseilles, l’auditeur qui s’attendait à quelque chose de très sombre et d’expérimental sera donc inévitablement déçu à la première écoute. Toutefois, l’auditeur ouvert d’esprit y trouvera tout de même des éléments intéressants. Premièrement, Eshtadur nous offre tout de même des compositions qui compensent un certain aspect générique par une excellente exécution et une production puissante. Effectivement, autant la section rythmique que les guitares présentent une exécution sans faille et un son qui arrache tout sur son passage et qui conserve un côté entraînant. Cependant, les claviers auraient quant à eux bénéficié de sons plus riches qui auraient amoindri leur effet quelque peu ringard par moment. Ceux-ci conservent malheureusement des sonorités beaucoup trop synthétiques, comme dans la pièce Take Me to the Morgue ou l’introduction franchement fromagée de  The Gilrl Who Hated a Priest. Le vocal sera aussi un élément problématique pour certains puisque, malgré qu’il soit très bien exécuté et enregistré techniquement parlant, son timbre flûté et son caractère traînant seront certainement rebutants pour les auditeurs plus difficiles. Il est à noter que cet état de fait est accentué par le peu de variations et de couleurs offertes par le chanteur sur l’album. Parfois, celui-ci décroche de son vocal principal pour employer un grognement plus guttural très efficace, mais cela n’arrive qu’à de rares moments sur toute la durée de l’album et il aurait eu avantage à l’utiliser plus souvent à mon avis.

En somme, l’adéquation d’une incapacité à identifier son art de façon claire, d’une musique aux accents plutôt génériques alors que le groupe tente de se présenter comme « expérimental », de faiblesses en ce qui concerne la production des parties de clavier et d’un vocal potentiellement agaçant nuisent grandement à un album autrement produit de manière très professionnelle, aux compositions qui compensent leur manque d’originalité par un côté très entraînant. Bien qu’il ne soit pas le plus pur des puristes, votre humble serviteur déteste se faire présenter du spaghetti comme des hot-dogs et malgré toutes les étiquettes trompeuses qu’ont peu accoler à un groupe, la musique sera toujours une délatrice fiable. Cela dit, Eshtadur n’a pas complètement raté son coup avec cet album et ils ne leur resteraient qu’à capitaliser sur ce qu’ils font de bien pour passer au niveau supérieur plutôt que de chercher à se présenter comme quelque chose qu’ils ne sont pas.

5/10

Louis-Olivier « Winterthrone » Brassard-Gélinas