Blind Guardian avec invités spéciaux Grave Digger à l’Impérial Bell de Québec le samedi 17 septembre 2016, une présentation de Saint-Roch Expérience, District 7 Production, Capitale du Metal et Impérial Bell.
Ceux qui connaissent bien les fanatiques de Metal de la ville de Québec savent à quel point le courant Power Metal y a toujours trouvé de très nombreux adeptes. Toutefois, même parmi les formations de ce genre, Blind Guardian a toujours reçu un accueil complètement déjanté dans la Vieille Capitale, comme si ses citoyens étaient tombés dans la potion mise au point par Hansi (chant) et ses comparses dès la naissance. En effet, s’il a fallu attendre près de vingt ans avant que la formation germanique de Speed/Power/Prog aux paroles importées d’œuvres littéraires du genre fantastique ne se présente pour la première fois à Québec en 2006, ce passage fut hautement mémorable pour les spectateurs exceptionnellement bruyants et pour les membres du groupe, tout comme leur seconde visite en 2010. Six ans plus tard, Blind Guardian revenait pour fêter leur album le plus vénéré, le sublime «Imaginations from the Other Side» (1995), maintenant âgé de 20 ans, en le jouant en intégral dans le cadre du tout nouveau festival Saint-Roch Expérience consacré à la musique, à la cuisine et aux arts. De plus, la troupe de bardes s’était adjoint les services d’une autre formation allemande célèbre et qui n’avait jamais visité Québec si je ne m’abuse, soit Grave Digger et leur Heavy/Power Metal dévastateur. Dans ce contexte, nul besoin d’autres formations pour ouvrir cette grande messe du samedi soir qui, sans surprise, afficherait complet bien avant le début du concert. C’est donc avec le sourire aux lèvres et une grande excitation que ma tigresse d’acier et moi nous dirigeâmes vers la salle célèbre de la Basse-Ville.
Arrivant sur les lieux quelque trente minutes avant le début du concert, nous constatâmes qu’une file impressionnante de métalleux s’agglutinait sous la pluie sur la rue Saint-Joseph, fermée à la circulation automobile à l’occasion du petit festival qui promet de prendre de l’expansion dès l’année prochaine. Les portes de l’Impérial étaient déjà ouvertes et, une fois arrivés à l’intérieur, nous pûmes constater que la soirée serait vraiment complète de chez complète (comme disent certains cousins dans leur argot). Environ cinq minutes avant l’heure annoncée du début du concert, soit 20 heures, les lumières s’éteignirent et la mascotte-claviériste de Grave Digger vint nous présenter la renommée troupe germanique.
Semblant surprise par l’immédiate réaction bruyante et enthousiaste de la foule gigantesque, la formation menée par le charismatique Chris Boltendahl (chant) se lança tête baissée dans une interprétation puissante de «Headbanging Man», première chanson de leur premier album «Heavy Metal Breakdown» publié en 1984. Visiblement ravis par l’accueil superbe qu’ils reçurent, les musiciens expérimentés n’hésitèrent pas à s’amuser avec la foule vraiment festive et bruyante, entonnant les plus grands succès du groupe en chœur de manière infatigable. Axel «Ironfinger» Ritt (guitare) et Jens Becker (basse) rivalisèrent en termes de «poses Metal flamboyantes», alors que le premier livrait ses soli avec une conviction mémorable. Marcus Kniep (claviers) se fit lui aussi remarquer sous son costume articulé de squelette barbu en cloaque, notamment lors de son solo de cornemuse dans l’immense classique «Rebellion (The Clans Are Marching)» qui fut précédée par l’incontournable «Excalibur». Stefan Arnold (batterie) ne fut aucunement en reste et le fait qu’il soit placé bien au milieu de la scène et plutôt avancé nous permit d’apprécier son jeu lourd, précis et démonstratif. Ainsi, lorsque Grave Digger acheva son heure de prestation avec l’inévitable «Heavy Metal Breakdown», la foule était en liesse et vraiment bien réchauffée pour affronter Blind Guardian.
Après seulement une vingtaine de minutes de pause, la foule était maintenant aussi compacte qu’une brique et il régnait une chaleur infernale dans l’ancien théâtre fraîchement rénové. C’est à ce moment que les lumières s’éteignirent et que Blind Guardian entra sous un tonnerre d’acclamations avec l’épique «The Ninth Wave», une pièce progressive de plus de neuf minutes qui introduit leur dernier album «Beyond The Red Mirror» (2015). Les choses prirent ensuite une tournure dantesque avec la succession de classiques «Welcome to Dying», «Nightfall» et «Time What is Time» entonnées en chœur par l’ensemble de la foule devant un groupe visiblement ému et ravi par un accueil aussi démonstratif. Après quelques interventions en français et en anglais, Hansi nous introduit ensuite l’intégrale de «Imaginations from the Other Side» ce qui lui valut encore une réaction nucléaire de la foule. Aucune parole de tout cet album ne fut omise par les spectateurs et lorsque le groupe se retira après la finale «And the Story Ends», on aurait cru que l’Impérial s’effondrerait sous le piétinement et les acclamations des amateurs déchaînés. C’est alors que le sextuor revint nous présenter pas moins de cinq pièces (!!!) en rappel, alors que les «setlists» de tournée en annonçaient seulement quatre, nommément «Majesty» du premier album «Battalions of Fear» (1988), «The Holy Grail» de leur dernier effort, l’acoustique «The Bard’s Song-In the Forest» qu’Hansi n’eut point besoin de chanter au complet puisque le chœur de Québec était assourdissant, la puissante «Mirrror Mirror» et l’imprévue, mais toujours appréciée, que dis-je, adorée «Valhalla» de l’album «Follow the Blind» (1989) que la troupe offrit à Québec et que les spectateurs rallongèrent d’au moins cinq minutes en répétant le refrain a capella, accompagné par la batterie de Frederik Ehmke. En somme, ce fut certainement le meilleur des trois concerts que Blind Guardian aura donné à Québec, notamment en raison de la sélection de pièces superbes interprétées en ce samedi soir et ce n’est pas peu dire compte tenu de l’accueil légendaire que reçoit le groupe à chaque fois qu’il passe dans notre cité. Mes deux seules réserves seront modestes. Tout d’abord, j’aurais apprécié que le bassiste (Barend Courbois) et le claviériste (Mi Schüren) de tournée soit moins en retrait et moins réservés sur scène. En effet, leur attitude presque impassible et statique détonnait avec celle très énergique des membres de la formation régulière surtout avec la réaction du public auxquels ils eurent droit. Enfin, j’aurais préféré avoir un vieux classique de plus en rappel que la nouvelle «The Holy Grail», bien qu’elle soit excellente, que j’aurais plutôt placée en début de parcours. Toutefois, c’est un peu se plaindre le ventre plein et cette prestation mériterait une note parfaite de 100% et je pèse mes mots.
En conclusion, ce fut une soirée d’anthologie auquel on eut droit en ce samedi pluvieux de septembre et je suis prêt à mettre ma main au feu que ce passage de Blind Guardian restera gravé à jamais dans la mémoire des très nombreux spectateurs qui y ont assisté. Grave Digger aura aussi été une véritable gâterie pour les amateurs de vieux Metal germanique qui sont légion à Québec et ils n’auront pas fait mentir leur réputation avec une performance généreuse et flamboyante. Enfin, je désire remercier Karl-Emmanuel Picard de District 7 Production et Stéphanie Legros, attachée de presse du festival Saint-Roch Expérience, 3 E évènement expérience émotion, pour l’accréditation gracieusement accordée à votre humble serviteur de Ondes Chocs.
Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas





