Marduk (annulé),Rotting Christ, Carach Angren et Necronomicon à L’Astral de Montréal, le jeudi 8 septembre 2016, une présentation de Greenland Productions et Evenko.
Il est toujours désolant d’apprendre qu’un de ses groupes favoris ne pourra pas, en raison de problèmes de visa, jouer en tête d’affiche d’un concert auquel on avait prévu d’aller avec enthousiasme. Cela est encore plus vrai lorsque ledit concert est à près de trois heures de route de sa résidence et qu’on tarde à avoir une confirmation à savoir si oui ou non, ledit groupe, Marduk en l’occurrence, sera de la partie. En effet, bien que les dates précédentes de la tournée aient été annoncées à l’avance comme ayant lieu sans Marduk, Greenland Productions ne confirma leur absence à Montréal que quelques heures seulement avant le début du concert. Heureusement, Rotting Christ était aussi sur l’affiche et le célèbre groupe grec de Black Metal ritualiste qui ne se présente pas très souvent en nos contrées était une raison suffisante de se déplacer de Québec à Montréal pour leur prestation rallongée, maintenant qu’ils passaient en tête d’affiche de la soirée. C’est donc avec hâte que je rejoins Vincent et Thierry du groupe local Hak-Ed Damm, en cette journée pluvieuse, pour prendre l’autoroute 20 en direction ouest.
C’est donc quelques minutes seulement avant l’ouverture des hostilités par Necronomicon que nous nous garâmes devant les bureaux de Musique Plus, à un jet de pierre de cette salle, L’Astral, que je n’avais jamais visitée encore et qui est plutôt reconnue comme un endroit de Jazz. À peine avions-nous eu le temps de prendre quelques gorgées de houblon que Necronomicon s’installa sur scène pour entamer la soirée devant une salle bien remplie malgré l’annulation de Marduk.
Roulant sa bosse depuis 1988, originaire du Saguenay avant de se déménager à Montréal, le trio de Rob «The Witch» Tremblay (guitare, voix) pratique un Blackened Death Metal qui ressemble beaucoup à ce que Behemoth, Vader et Hate font. Peut-être en raison de cette ressemblance, j’ai toujours eu mes réserves sur cette formation bien que je reconnaisse le talent musical de ses membres et sa position légendaire dans l’arbre généalogique du Metal québécois. Énergique à souhait, mais handicapée par un son extrêmement médiocre qui ne laissait passer que la batterie et le vocal semblant un peu amoché du leader, leur prestation me laissa sur ma faim. Lassé par le grondement indéfini de la guitare et de la basse presque inaudible en dessous d’un tonnerre de batterie, mon attention se porta rapidement sur ma bière et les conversations avec des amis.
Après une courte pause, c’était à la formation néerlandaise de Black Metal symphonique Carach Angren de venir s’exécuter sur la scène de L’Astral. De plus, puisqu’en concert le chanteur-guitariste Seregor préfère se concentrer exclusivement sur son rôle de chanteur, nul autre que Jack Owen (Deicide, ancien membre fondateur de Cannibal Corpse) s’occuperait de la six-corde à ma grande joie! Assistant à un de leur concert pour la première fois, je fus ravi par leur habileté, en tant que quatuor sur scène, à transposer des compositions hautement complexes et comprenant plusieurs étages de claviers et d’orchestrations superposées avec efficacité et aisance. Malgré des difficultés sonores semblables à celles éprouvées par Necronomicon pendant la première pièce de leur prestation, le son fut très bien ajusté dès la seconde, ce qui aida grandement le public à apprécier le spectacle. Seregor exécuta son rôle de frontman avec un brio impressionnant et une théâtralité convenant bien à leur musique très imagée. En somme, je fus très surpris et impressionné par Carach Angren, même si mon amour pour le Black Metal à tendance symphonique est très loin de ce qu’il a déjà été.
La salle était maintenant presque complète et le moment était déjà venu d’accueillir les vétérans de Rotting Christ, formation séminale du Black Metal grec existant depuis près de 30 ans et qui ne passe que très rarement par nos latitudes nordiques. Avec une présence hiératique, un cérémonial convenant particulièrement à l’atmosphère ritualiste de ses trois derniers albums et un charisme impressionnant, les Athéniens livrèrent une performance qui arriva même à dépasser mes attentes élevées. N’hésitant pas à remonter le temps jusqu’à ses deux premiers long-jeux avec l’excellente «The Sign of Evil Existence» de l’album «Thy Mighty Contract» (1993) et la superbe «Non Serviam» de l’effort éponyme publié en 1994, leur prestation rallongée visita avec précision plusieurs recoins de leur discographie de onze galettes pleine longueur et une multitude de sorties connexes. De surcroît, la formation pouvait compter sur son propre technicien de son qui leur livra le son le plus imposant et clair de la soirée. Ce fut donc un moment particulièrement épique pour moi en tant que fanatique de la scène Black Metal grecque, souvent oubliée au profit des omniprésentes formations norvégiennes, suédoises et finlandaises qui dominent le mouvement. Pourtant, la Grèce a été un berceau de ce courant dès la fin des années 1980 avec des formations, outre Rotting Christ, comme Necromantia, Varathron et Kawir.
En somme, malgré la déplaisante annulation de Marduk, Rotting Christ et Carach Angren auront su tirer partie d’un jeudi soir à Montréal de la meilleure des façons qu’il soit, c’est-à-dire en livrant des performances époustouflantes devant une salle malgré tout presque pleine. Les vétérans locaux de Necronomicon auront malheureusement fait les frais d’un son beaucoup trop brouillon, en dépit d’une prestation énergique et dense. Enfin, il aurait été apprécié que les promoteurs précisent la situation de Marduk plus à l’avance afin d’éviter des inconvénients aux détenteurs de billets et aux fanatiques de la troupe. En terminant, un gros merci à Jon Asher de Asher Media Relations pour l’accès au concert.
Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas





