Conjuring The Dead-North American Raid 2016: Belphegor, Origin, Shining, Abigail Williams et Hak-Ed Damm à la Salle Multi de Québec le mardi 30 août 2016, une présentation de District 7 Production.
Il y avait plusieurs années que je n’avais pas eu la chance de revoir les légendes autrichiennes du Blackened Death Metal Belphegor dans mon patelin, environ 6 ans si je ne m’abuse, quand j’appris que la troupe suédoise Shining serait de leur nouvelle tournée nord-américaine et que ladite tournée s’arrêterait à Québec, sans même passer par Montréal. L’excitation monta bien sûr en moi à cette annonce, d’autant plus que le reste de l’affiche ne serait pas à négliger, malgré le choix étonnant du groupe de Death technique Origin en support direct à Belphegor sur la tournée, avec les «Black metallers» américains de Abigail Williams et la bande locale de Black Brutal Hak-Ed Damm en ouverture de soirée. C’est donc avec enthousiasme que nous fîmes garder notre progéniture satanique et que ma lionne d’acier et moi prîmes le chemin du carnage annoncé.
Les hostilités s’ouvrirent peu après l’ouverture des portes, vers 19 h 30 environ avec les brutes locales de Hak-Ed Damm et je fus heureux pour eux de constater que la salle était déjà assez bien garnie pour un concert du mardi soir, d’autant plus que Prophets of Rage se produisait le même soir au Centre Vidéotron. Sur scène, Hak-Ed Damm nous livra une demi-heure bien tassée de son Black Brutal qui rappelle inévitablement le Marduk de l’ère «Panzer Division», fortement appuyé sur la batterie guerrière et infatigable de Vincent Trépanier. Le chanteur, attifé de sa tenue de général sadomasochiste en képi et chaînes nous attaqua de ses hurlements aigus et grognements occasionnels, mais ses interventions entre les pièces souffrirent d’être un peu trop marmonnées et d’un manque d’intensité et de conviction. La formation nous livra un mélange de pièces anciennes et nouvelles qui ne sont pas encore parues et réussirent à aller chercher l’approbation mouvementée de plusieurs spectateurs. Cependant, le son brouillon pendant leur prestation, principalement en ce qui à trait aux guitares, leur nuisit passablement. En somme, ce fut une belle introduction, mais le travail brouillon à la sonorisation handicapa quelque peu ces vétérans de la scène Black Metal de Québec.
Après une courte pause, Abigail Williams s’installa sur scène pour poursuivre le massacre. Assez dure à cerner pour certains, car elle change de style à chaque album au gré des envies de son leader Ken Sorceron, ayant passé du Death mélodique/Metalcore, au Black Metal symphonique, puis au Black atmosphérique pour se replier sur un genre de Black N’ Roll avec des influences gothiques sur son dernier opus «The Accuser» (2016), la formation américaine s’amena à Québec cette fois sous forme d’un trio sans bassiste et sans claviériste (remplacés par des séquences). Cette fois cependant, le son fut de très grande qualité et me permit même de mieux apprécier les pièces du dernier effort qui me semblaient un peu minces sur album, mais prennent du grain en concert. Malgré une formation réduite, Abigail Williams trouva donc le moyen de nous présenter ses dernières œuvres avec aplomb et énergie, terminant sa performance avec la magnifique «Beyond The Veil», certainement leur meilleure pièce en carrière, de l’album «Becoming» (2012).
C’était donc maintenant le grand moment où la troupe de Niklas Kvarforth, les damnés de Shining, formation séminale du courant Black Metal dépressif/suicidaire allaient se produire pour la toute première fois à Québec après leur passage très remarqué à la Messe des Morts IV en avril 2015, à Montréal. En grande forme, le quintette suédois fut encore aussi époustouflant qu’il y a un an et demi tant au point de vue musical, notamment en raison des prouesses magiques des guitaristes Euge Valovirta et Peter Huss, qu’au point de vue du caractère charismatique de leurs prestations. De plus, cette fois le son fut tout simplement parfait. Passant avec une aisance déconcertante par tous les styles qui font que Shining est unique: Metal, Black Metal, Progresssif, Jazz, Rock, ceux-ci confirmèrent leur statut de groupe-culte et nous livrèrent une performance tout simplement captivante et haute en émotions de toutes sortes.
Après le passage sublime de Shining, c’était maintenant au groupe «étrange» de l’affiche de se produire. Effectivement, comme je le mentionnais d’entrée de jeu, Origin qui œuvre dans le Death Brutal technique, faisait figure de mouton noir sur une affiche dédiée à des formations penchant vers le côté Black Metal des choses. Qu’à cela ne tienne, j’avais déjà vu Origin en compagnie de Gorguts et je savais qu’on pouvait s’attendre à une prestation de virtuoses menée avec charisme et avec une énergie débordante. D’ailleurs, ce fut exactement ce qui se produisit sur la scène de la Salle Multi. Le groupe livra ses compositions au rythme inhumain et à la virtuosité complètement hors de ce monde, s’attirant les réactions les plus violentes de la soirée dans la fosse. Le batteur John Longstreth se mérita le titre de métronome humain, le chanteur Jason Keyser rugissait comme un lion, alors que le bassiste Mark Flores possédait deux tarentules hyperactives à la place des mains. Ma seule déception provint du son de guitare bourrin et indéfini de Paul Ryan que j’aurais préféré plus incisif. En somme, ce fut donc un pari risqué, mais réussi haut la main pour Origin.
Après une pause relativement longue, vers 23h, Belphegor entama enfin sa prestation. Formation cumulant près de 25 ans de Blackened Death Metal, Belphegor a toujours su comment livrer des performances aussi puissantes musicalement que théâtralement sataniques. Se présentant à nous enveloppés de volutes d’encens, avec des têtes de chèvres comme décoration et des maquillages démoniaques rehaussés de sang, la troupe autrichienne nous lança ses hymnes au mal, aux plaisirs de la chair, ainsi qu’à la dépravation avec précision et charisme. Malgré une sélection assez équilibrée ne versant pas dans un excès de promotion de son dernier effort intitulé «Conjuring The Dead» (2014) et qui est probablement le moins bon album de leur discographie, la formation oublia malheureusement certains de ses meilleurs opus, notamment les excellents «Blutsabbath» et «Necrodaemon Terrorsathan». Toutefois, on eut tout de même droit à de superbes classiques comme «Lucifer Incestus», «Belphegor-Hell’s Ambassador» et «Bondage Goat Zombie». Enfin, leur son fut certainement le plus puissant de la soirée, bénéficiant de leur propre technicien de son. Ce fut donc un excellent moment de Blackened Death Metal et j’appréciai beaucoup l’atmosphère théâtrale donnée à leur prestation.
En somme, ce fut une autre très belle soirée métallique dans la vieille capitale. En effet, tous les groupes de l’affiche auront réussi à tirer leur épingle du jeu devant une foule bien garnie pour un mardi soir. De plus, la formation locale Hak-Ed Damm aura pu bénéficier d’une belle vitrine, malgré des problèmes de sonorisation. En terminant, je désire remercier Karl-Emmanuel Picard de District 7 Production pour l’accès au concert.
Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas





