La Messe Des Morts V: Genèse avec Bölzer/Kall/Gevurah/Garotting Deep/Basalte, à la Coop Katacombes à Montréal, le jeudi 26 novembre 2015, une présentation de Sepulchral Productions.

 

26-28 novembre - Messe des Morts V - Affiche

Telles des chauves-souris sortant de leurs sombres tanières seulement la pénombre venue, les âmes perverses, mélancoliques et perdues, affluaient petit à petit dans les Katacombes, suite à la promesse renouvelée pour une cinquième fois par Sepulchral Productions, d’une triple célébration de la Messe Des Morts. En cette soirée glauque et froide aurait lieu la sombre Genèse de cette cérémonie marquée par des incantations d’une quinte d’entités maléfiques. Bölzer, Kall, Gevurah, Garotting Deep et Basalte sont leurs noms. Bientôt, l’obscurité envahit le temple peuplé de cadavres possédés par la flamme noire et la première entité se manifesta.

Basalte, de Montréal, avait la lourde tâche d’entamer la grande cérémonie des arts noirs et s’employa à présenter son sermon métal noir atmosphérique avec une ferveur pleine de concentration. Malgré son style musical éthéré et contemplatif plutôt qu’agressif, la troupe parvint à capter l’attention d’une bonne part des nombreux spectateurs. Toutefois, un groupe plus intransigeant pratiquant une forme plus violente de Black Metal aurait sans doute eu un peu plus d’impact en début de soirée. Basalte s’en tira par contre très bien en livrant une performance concise et précise dont le seul point faible, quant à votre humble serviteur, fut les répétitions parfois excessives de certains motifs musicaux quelque peu monotones. En somme, il s’agit d’une entrée en matière réussie bien que j’aurais personnellement préféré recevoir un coup de poing au visage plutôt qu’une caresse de mélancolie pour commencer trois jours d’arts noirs.

C’était maintenant au tour de Garotting Deep de Vancouver de venir nous donner le second sermon de la soirée et cette fois nous naviguerions dans les eaux d’un Death Metal bien gras et méchant de la vieille école interprété avec des atmosphères occultes dignes du Black Metal. Alternants passages rapides et brutaux et introspection douloureuse, Garotting Deep fit fort belle impression aux morts-vivants nombreux qui occupaient la salle. Le trio interpréta effectivement avec précision et intransigeance ses hymnes, quoiqu’il aurait parfois pu en donner un peu plus côté énergie et mouvement. Toutefois, pour votre scribe, leur musique fut une très belle découverte et leur prestation amena déjà un peu plus d’agression et de violence à une soirée jusqu’ici plutôt calme. Après leur courte et excellente prière maléfique, la troupe se retira sous les acclamations de la foule pour laisser place à Gevurah.

Gevurah, de Montréal, est un duo de Black Metal occulte s’incarnant sous la forme d’un quatuor sur scène. Leur musique est d’une lourdeur extrême, assemblant à merveille influences Black et Death. Sur scène, Gevurah prit tout son sens avec une prestation extrêmement solide et visuellement impeccable. Dans la noirceur totale à l’exception, de la lumière de chandelles sur des candélabres de part et d’autre de la batterie, les membres du groupe nous livrèrent avec aplomb leurs odes mystiques à Satan. Hypnotisant, notamment grâce à des volutes insistantes d’encens, leur sermon fut sans doute le premier moment de communion totale de la soirée, soit où la musique, le visuel et l’olfactif se combinèrent dans une symbiose parfaite. Convaincu, votre humble scribe fut incapable de trouver une faiblesse objective à cette prestation de maîtres. Trop vite, leur sermon prit fin et ce fut autour des suédois de Kall d’entrer en scène.

La formation censée être la continuation spirituelle de Lifelover faisait face à de grandes attentes de certains membres du public. Effectivement, le fait que Kall ait été fondé par Kim Carlsson (chant) et Fix (guitare) et H (guitare) suite à la fin tragique de leur illustre projet précédent, ainsi que le fait que Lifelover venait commémorer le dixième anniversaire de leur fondation le lendemain au Théâtre Plaza pour leur tout premier spectacle à Montréal étaient deux raisons suffisantes pour être au moins intrigué par la prestation de la bande complétée par Phil A. Cirone (basse) et AQC (batterie). Malheureusement, après un départ de prestation quand même réussi notamment au point de vue de l’énergie déployée sur scène, Kall sembla s’engluer dans ses excès de drogue et d’alcool. En effet, certains membres, notamment le bassiste, semblaient totalement perdus sur scène et multiplièrent les imprécisions évidentes et les erreurs. De plus, la musique du groupe me laissa plutôt sur ma faim, ressemblant à une pâle copie de ce que Lifelover faisait avec beaucoup plus d’aplomb jusqu’en 2011, soit un Black Metal dépressif teinté d’une forte dose de rock alternatif. En somme, ce fut le moment le plus ennuyant de la soirée pour moi et le public sembla largement perdre son attention, profitant de ce creux de soirée pour parler ou sortir dehors.

Suite au passage à vide de Kall, nous nous préparions pour le Black/Death abrasif et lourd de Bölzer. Bölzer est un duo originaire de Suisse et formé par l’imposant KzR à la guitare et au chant et le brutal HzR à la batterie. Malgré le fait que la formation n’ait que deux EP et un Demo à son actif en sept ans d’existence, elle s’est taillée une solide réputation en raison de sa musique d’une lourdeur et d’une puissance extrême malgré son minimalisme instrumental. J’avais beaucoup entendu parler de Bölzer suite à leur passage à Montréal au festival «Wings of Metal 2014» et j’étais donc impatient de les voir pour la première fois sur scène de mes propres yeux. Avec un talent qui me rappela inévitablement les géants de Inquisition, ceux-ci parvinrent effectivement à transporter la foule qui remplissait les Katacombes à pleine capacité dans son univers païen et occulte avec seulement trois éléments: des motifs de guitare superbes et complets, une batterie puissante et sans compromis et des incantations vocales hurlées et parfois claires. Pour la première fois de la soirée, les cadavres s’entrechoquèrent inlassablement dans un maelström décadent tout au long de la performance où l’on put apercevoir un certain bassiste de Kall qui semblait se battre avec un ennemi intérieur. Après une prestation extrêmement solide et mouvementée, Bölzer acheva donc son sermon devant une salle comblée, mettant ainsi fin à Genèse de la Messe des Morts V

Le cerveau rempli d’images de mort et de destruction, les âmes perdues poursuivirent leur infernal festin de destruction ou encore rentrèrent, momentanément apaisées, dans l’abysse de leur existence habituelle. La Genèse passée, ils se préparaient au premier Psaume…À suivre pour les Psaumes I et II!

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas