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Unhuman

«Unhuman»

2013

1. Chaotic Equilibrium
2. Douces Pensées…
3. Mutant Wars
4. Hallucinogenic Symphonia Delirium
5. Sécheresse
6. Once Again
7. [in]Human Being
8. État d’Contrôle
9. Psychotic Afterlife
10. Individual Timeless Reality

D’abord et avant tout, ce qui retient l’attention chez un consommateur de musique est l’art visuel présenté sur la pochette d’un album. De façon générale, ce dernier est très caractéristique et révélateur de ce qui attend l’oreille qui lui prêtera son écoute. Il est juste de dire que c’est bel et bien le cas pour l’album éponyme d’Unhuman, sorti à la fin du mois d’octobre 2013. La créature imagée sur le dessus de l’enregistrement, œuvre fièrement dessinée par l’artiste Xueguo Yang, laisse présager des passages qui sortent des conventions. Avis aux amateurs de sensations auditives; vous serez servis.

Ayant déjà produit deux démos, respectivement «Too Drunk For Nothing» en 1999 et «Individual Timeless Reality» en 2001, la formation québécoise relâche finalement leur premier album complet en 2013, titre partageant le même nom que le groupe. Fondateur et toujours à la tête de la formation, Youri Raymond (Guitare/Chant) est le principal intéressé quant à la composition musicale et l’écriture des paroles. En collaboration avec lui, on retrouve aussi Kevin Chartré (Guitare), Mathieu Bérubé (Basse) et Alexandre Dupras (Batterie).

L’album commence en force avec le titre «Chaotic Equilibrium», qui lève la barre assez haute en combinant une technique précise et des mélodies déchirantes, propres à leur style death métal unique. On parle ici d’un cinq minutes trente de pur orgasme tympanique alors que le déluge de riffs de guitares inhumains fait rage à travers les hauts-parleurs, maintenant utilisés à leur capacité maximum. Eh oui, dès la première piste, il est possible de comprendre l’origine du nom du groupe.

Suite à cette première chanson, il est naturel de se demander comment le reste l’album sera à la hauteur de ce qu’a laissé présager son introduction. Cependant, le vase débordant de talent qu’est Unhuman sait livrer la marchandise. Avec des titres introduits dans les premiers projets de la formation, comme «Mutants War», «Hallucinogenic Delirium Symphonia» (premièrement apparue comme «La Symphonie du Délire») ou encore «Sécheresse», les collectionneurs avides de nouvelles expériences auditives plus qu’hallucinantes seront d’autant plus charmés. Les cris puissants et viscéraux s’harmonisent à merveille avec les partitions de guitares, s’engageant à travers l’incomprise cacophonie musicale et dans le monde merveilleux du métal technique. Rythmes effrénés, précision exceptionnelle; bref, des musiciens extrêmement talentueux propriétaires d’instruments qui ne se voient pas ménagés.

Courte pause, peu après avoir franchi la piste médiane, offerte en introduction de «[in]Human Being», donnant un peu de repos aux oreilles tout en les gardant réchauffées pour le reste à suivre. Très courte pause effectivement, puisque les riffs lourds et les harmoniques reviennent assez rapidement prendre d’assaut les bandes audio. Concluant avec «Psychotic Afterlife» et «Individual Timeless Reality», l’énergie émise connaît un sommet. C’est un voyage hors de la stratosphère; si vous n’êtes pas encore tombés en bas de votre chaise, rien ne le fera! Une quantité d’informations auditives incroyable se bouscule, et une fois décortiquée, laisse place à un chef d’œuvre pour ce genre musical.

S’il n’est pas possible de décerner une note parfaite à un album de musique, celui décrit ci-haut s’en rapproche drôlement. C’est entre autre dû à la belle progression offerte tout au long de l’écoute, à la rapidité et l’efficacité de l’enchaînement des notes et pour l’assurance des instrumentistes qui se fait ressentir du début à la fin. Chapeau aux musiciens pour ce bel ouvrage. Leur prochain enregistrement sera un split en coopération avec le groupe ontarien Killitorous. Aucune date précise n’est évoquée à ce jour, mais il devrait faire surface au courant de l’année 2015. C’est un rendez-vous à ne pas manquer!

Charles-Olivier Giguère

Unhuman est un groupe non seulement délirant, hallucinant, psychotique – vous aurez compris que j’emprunte aux titres des pièces de l’album pour décrire le groupe 😉 – mais c’est aussi des musiciens dans la catégorie de l’élite, qui font de la musique à la fois mélodique, psychédélique, et tout à fait mémorable. L’album éponyme d’Unhuman est selon moi tout simplement un des meilleurs opus de cette décennie et c’est peu dire. C’est probablement l’un des ouvrages les plus remarquables à l’échelle de plusieurs décennies.

Malgré le côté extrême et déjanté, on retrouve derrière les paroles de Youri Raymond, bien sûr un côté engagé venant des frustrations vécues face à la société, mais également l’aspiration pour un monde meilleur pour tous les êtres vivants. Pour moi, l’image du terme Unhuman telle que je la perçois est une antithèse de l’humain corrompu d’aujourd’hui, un cri de rage pour dénoncer son inhumanité. Je crois qu’on peut le voir comme ceci en faisant travailler l’imaginaire: À une époque où l’humain est corrompu par le pouvoir, le capital et toutes les valeurs artificielles de notre quotidien qui nous éloignent des vraies richesses comme la fraternité avec les autres formes de vie qui nous entourent, c’est peut-être dans l’inhumanité que réside la clé des problèmes humains actuels.

Une chose est sûre à propos de la musique de ce groupe. Malgré son véhicule enragé et complètement brutal, une énergie positive émane de leur esprit de composition. On a droit durant cet album à des grooves très palpables et de quoi fendre jusqu’aux oreilles le sourire du mélomane, une orgie de mélodies minitieusement superposées dans une architecture qui fait ressentir l’euphorie. Le quatuor est tout aussi envoûtant dans chacun de ses quatre coins, alors que d’un coté, Mathieu Bérubé martèle la basse à 7 cordes avec une énergie frénétique, Alex Dupras bûche son drum avec une de ces palettes de grooves que vous ne retrouverez pas chez les grands détaillants, Kevin Chartré ajoute à tout cela son bagage de guitariste rempli de technique et Youri se déchaîne en double sur ses riffs de guitare sans ménagement et ses cordes vocales à la portée déstabilisante (n’ont-elles donc pas de limites?).

Avec au total trois titres en français sur l’album, le groupe ne néglige pas ses origines. Les titres «Mutants War», «Hallucinogenic Delirium Symphonia», «Once Again» et «Individual Timeless Reality» sont absolument mémorables, sans rien enlever au reste de l’album qui est tout autant de calibre de la première à la dernière pièce. Un album recommandé à tous les fans de death metal mais surtout a ceux qui cherchent quelque chose de rafraîchissant, car ce n’est pas n’importe quel death metal.

Francis LaBadie